Algérie : Le jour le plus long

Cette journée du 12 décembre 2019 restera à jamais gravée dans les mémoires et dans la jeune histoire de l’Algérie indépendante. Pour tous les acteurs majeurs de ce grand moment d’histoire né le 22 février, et qui a vu des millions d’Algériens investir les rues et se mobiliser pour faire barrage au 5ème mandat et à la prolongation du 4ème mandat de l’ancien président jusqu’à arracher la démission de Bouteflika, pour tous, ces moments auront façonné l’Algérie de demain.

Les Algériens ont voté, et à entendre les témoignages ici et là, ils n’ont pas voté que pour tel ou tel candidat, mais ils ont voté pour l’Algérie. Ils ont refusé de voir leur Révolution se perdre dans la division et les rancœurs. Au delà du taux de participation, au-delà du refus de certains, le plus important à retenir pour le nouveau président, est de saisir qu’il ne peut y avoir d’autre issue pour réussir que d’ancrer encore davantage la démocratie dans notre pays.

Que ce président se doit d’être le président de tous les Algériens. Ceux qui ont voté pour lui, ceux qui ont voté contre lui, mais aussi ceux qui n’ont pas voté du tout et qui ont refusé ces élections.

Il s’agit aujourd’hui en premier lieu de réconcilier l’Algérie et les Algériens. C’est là, la première urgence pour relancer tout un pays, qui doit aujourd’hui se référer à la seule légalité de la pratique politique. Car, ceux qui ont dit non à tout, se doivent de s’organiser en associations politiques et à mettre en musique une nouvelle opposition. Une opposition autre que celle que nous avons connue jusque-là.

Et au président élu de faire avec cette opposition, car, quoi que l’on dise, elle exprime une tendance de cette nouvelle Algérie qui a sa place et son mot à dire. Mais plus que cela, l’Algérie a besoin d’un climat apaisé et de sortir de cette logique d’affrontement à tout rompre, pour exprimer sa différence dans une pratique politique et des représentations populaires qui doivent s’exprimer à travers les prochaines élections qui attendent le pays dans un très proche avenir.

Ce 12 décembre a été certes, le jour le plus long qu’aura eu à vivre le peuple algérien, car, jusqu’au dernier moment, personne ne pouvait jurer que tel ou tel candidat a eu la majorité. Une situation jamais vécue dans nos élections passées et qui est déjà une nouveauté plutôt rassurante pour les prochains rendez-vous électoraux. Mais quoi qu’il en soit, cette élection n’est pas une fin en soi, mais le début d’un nouveau processus qui dessinera cette nouvelle République à laquelle aspirent les Algériens.

Par Abdelmadjid Blidi

Ouest Tribune, 13 déc 2019

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