Les juifs espagnols du Maroc venant d’Andalousie

LES JUIFS ESPAGNOLS DU MAROC

Nous étions encore il y a 2000 ans, comme le reste des sépharades dans le monde, des juifs expulsés d’Espagne, au nord du Maroc, séparés de notre chère patrie seulement par le Détroit de Gibraltar.

Le 30 mars 1492, Ferdinand d’Espagne et Isabelle la catholique décident que, le 30 juillet suivant, il ne devra plus rester un seul juif dans leur royaume d’Aragon et de Castille ainsi que dans les îles de Sicile et de Sardaigne.

En 1860, nous avons vu débarquer, à Tétouan, Tanger, Ceuta et Melilla, des Espagnols à cheval et en uniforme.qui venaient faire leur guerre d’Afrique…

Ils découvraient, les yeux grands ouverts d’étonnement, de vieux juifs, pour la plupart très pauvres, qui parlaient très peu l’arabe, mais un espagnol archaïque qu’ils écrivaient en lettres hébraïques cursives, pour rédiger les procès-verbaux des comités directeurs de leurs communautés, les sentences des tribunaux rabbiniques et les lettres à leurs banquiers Hassan ou Pariente de Tanger. Manuel Ortéga dans son ouvrage « Los Hebreos de Marruecos » (Les hébreux du Maroc), les décrit très bien, dans le style d’Angel Pulido, le sénateur espagnol qui, au siècle dernier, consacra sa vie à la défense des juifs sépharades :

« Pinhas Asayag, uno de los hebreos tange-rinos mas cullos de la época moderna, expresa el espanolismo de los israelitas marroquies con unas palabras entusiaslas… Somos aqui es-

panoles en todo…en nuestros gustos ,impre-siones, exaltaciones y sentimientos. Somos espanoles par vocacion, par lemperamento y par simpatias; en nueslras venas circula san-gre espanola ; pensâmes en espano! y sentimos de igual modo; algunas de nuestras oraciones las hacemos en espanol…Espana es nueslra patria, es la lierra bendita donde descansan los restas de nueslros antepasados.y es natural que sinlamos par ella carino y veneracion. Hasta en la hora de la muerte resplandece el amor a la patria perdida, pues el cementerio Ilamado de Castilla, en Tetuan, es mostrado con orgullo par los sefardies a los exIran jeros. El Cementerio de Castilla !… En tierra africana se halla ese trozo de tierra bautizado con el nombre legendario de Castilla, pre-gonando el amor de unos espanoles a Espana, amor que no han entibiado las persecuciones ni los desprecios, parque es un amor mas fuerte que la voluntad de los nombres : es el amor del hijo a la madre. »

Nous sommes alors redevenus des Espagnols modernes, et les Espagnols du Maroc se sont, de leur côté, empreints de notre culture et de nos us et coutumes.

Un peu de l’Espagne d’avant 1492 était redevenu une réalité dans le Maroc espagnol. Nous nous sommes mis alors à appeler nos enfants Miguel, Alberto, Fortunato, Estrella, Sol, Alegria.

Nous apprîmes à lire, à écrire, et à vivre, avec nos frères espagnols, dans les écoles espag­noles telles que le « Collegio de la Esperanza » à Tétouan, ou le «Colegio Alfonso XIII » à Tanger.

Nous écoutions «la novela » à la radio, fré­quentions les « circulos récréatives » es-pagnols, la « hipica », les concerts de Machin et de Antonio Molina. Nous apprécions et al­lions massivement voir les spectacles de « zarzuela » et de « cante jonto » qui venaient faire des tournées dans nos villes.

Même les journaux et périodiques des communautés juives étaient rédigés en espagnol moderne. Et puis symbole caricatural de l’intégration totale à l’Espagne, nous sommes même allés jusqu’à avoir un toréador juif : « El Momi – Salomon : Elmomi. »

Il fallait le voir, El Momi, traverser les rues de Ceuta pour se rendre aux arènes, porté par ses « aficionados », et suivi par d’autres, qui brandissaient des pancartes sur lesquelles on pouvait lire : El pueblo judio por fin tiene torero: EL MOMI – (le peuple juif a enfin son toréador: EL MOMI). Il paraît qu’il faisait fureur, à l’époque, aux Arènes de Ceuta.

Nous n’étions plus des « Espagnols sans patrie », comme ceux qu’avait décrit Angel Pulido, car nous étions redevenus des Espagnols à part entière, y compris dans la titularité du passeport, comme ce fut le cas de ma propre grand-mère. Juifs, arabes et Espagnols catholiques vivaient ensemble dans la plus grande tolérance, le respect mutuel et l’harmonie.

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