EL GUERGUERAT — 2 septembre 2026. Le Maroc, qui revendique depuis plusieurs années le statut de puissance régionale et cherche à consolider son influence diplomatique en Afrique, se retrouve au centre d’une nouvelle polémique autour de la liberté de la presse et du Sahara occidental.
Mohamed Mahamud Embarec, directeur du site Maghreb Online, affirme avoir été refoulé, le 2 septembre, au poste frontalier d’El Guerguerat alors qu’il tentait d’entrer dans la partie du Sahara occidental contrôlée par Rabat. L’information a également été rapportée par le média mauritanien Rapide Info.
L’épisode prend une dimension particulière en raison du profil du journaliste. Mohamed Mahamud Embarec est depuis longtemps une voix particulièrement critique de la politique marocaine au Sahara occidental. Ses publications portent notamment sur les stratégies diplomatiques de Rabat, les relations algéro-marocaines et le conflit du Sahara occidental. Des archives montrent que ses textes sur ces questions remontent à plusieurs années.
Quand un journaliste devient un problème politique
Le refus d’accès, s’il est confirmé dans les circonstances rapportées, pose une question simple : pourquoi l’entrée d’un directeur de média constitue-t-elle un problème pour un État qui affirme avoir consolidé sa position sur le Sahara occidental ?
El Guerguerat n’est évidemment pas un poste frontalier ordinaire. Le passage est devenu l’un des points les plus symboliques du dispositif marocain dans la région. Il relie le territoire contrôlé par Rabat à la Mauritanie et constitue un axe commercial stratégique vers l’Afrique de l’Ouest.
C’est également un espace où la question du contrôle territorial se double d’une bataille pour le contrôle du récit.
Depuis plusieurs années, le Maroc déploie une importante offensive diplomatique afin de faire reconnaître sa position sur le Sahara occidental. Le royaume cherche à multiplier les soutiens internationaux à son initiative d’autonomie et à présenter la présence marocaine dans le territoire comme une réalité politique et économique irréversible.
Mais une diplomatie qui se veut victorieuse peut difficilement ignorer la bataille de l’information.
Le paradoxe d’une puissance régionale
Le cas Embarec met ainsi en lumière un paradoxe.
Rabat veut apparaître comme une puissance régionale capable de peser sur les équilibres du Maghreb, du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest. Mais lorsqu’un journaliste critique tente d’accéder à un territoire que le Maroc présente comme faisant partie intégrante de son espace national, son refoulement éventuel peut donner l’impression inverse : celle d’un pouvoir qui demeure particulièrement sensible à la présence de regards indépendants.
L’incident peut être analysé comme un révélateur de la sensibilité extrême du dossier saharien pour les autorités marocaines.
La bataille du Sahara se joue aussi dans les médias
Le conflit du Sahara occidental ne se résume plus à la confrontation entre diplomates ou aux négociations sous l’égide des Nations unies. Il se joue également dans les médias, les réseaux sociaux, les images et les récits produits depuis le territoire.
Dans ce contexte, l’accès des journalistes constitue un enjeu politique en soi.
L’affaire Embarec intervient d’ailleurs dans un environnement médiatique déjà tendu. Le classement 2026 de Reporters sans frontières place le Maroc et le Sahara occidental au 105e rang sur 180 pays et territoires, tandis que les organisations de défense des libertés soulignent depuis plusieurs années les difficultés rencontrées par les journalistes travaillant sur la question sahraouie.
Le lobbying marocain face à ses contradicteurs
Pour Rabat, la question du Sahara occidental représente l’une des priorités absolues de sa politique étrangère. Le royaume a investi des moyens considérables dans son lobbying international, en particulier en Afrique, en Europe et auprès de plusieurs puissances occidentales.
Cette offensive a obtenu des résultats diplomatiques importants, mais elle n’a pas supprimé les contestations autour du statut du territoire.
C’est précisément dans cet espace que les médias critiques conservent une importance particulière.
Un journaliste comme Mohamed Mahamud Embarec, dont les écrits contestent frontalement le récit marocain, peut ainsi devenir un acteur gênant dans une bataille où la maîtrise de l’image du territoire est presque aussi importante que le contrôle du territoire lui-même.
Une interdiction qui soulève davantage de questions qu’elle n’en résout
Pour l’heure, plusieurs questions restent sans réponse : quelle justification a été donnée à Mohamed Mahamud Embarec ? S’agit-il d’une décision administrative ponctuelle ? Existe-t-il une interdiction préalable visant le journaliste ? Les autorités marocaines considèrent-elles son activité médiatique comme un motif de restriction d’accès ?
Une réponse officielle de Rabat permettrait de clarifier les circonstances.
En attendant, le refoulement rapporté du directeur de Maghreb Online apparaît comme un nouvel épisode révélateur de la tension qui entoure le Sahara occidental.
Si le Maroc est aussi sûr de la solidité de son dossier saharien qu’il le proclame, la présence d’un blogueur critique à El Guerguerat ne devrait théoriquement pas représenter une menace.
C’est précisément ce paradoxe qui donne à l’affaire du 2 septembre 2026 une portée politique : dans la bataille pour le Sahara occidental, le contrôle du territoire ne suffit pas toujours ; il faut également contrôler le récit qui en est donné.
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