« Autoroute Donald Trump » et crise de Ceuta : le Maroc joue tous les tableaux pour débloquer le dossier du Sahara occidental

L’administration Trump ne cache pas son soutien au Maroc. Le secrétaire d’État Marco Rubio a récemment réaffirmé que « les États-Unis reconnaissent la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental » . Donald Trump lui-même a qualifié la proposition d’autonomie marocaine de « seule base pour une solution juste et durable », ajoutant que « toute autre voie prolonge le statu quo et est inacceptable »

Entre l’hommage routier au président américain et la pression migratoire sur l’enclave espagnole, Rabat multiplie les signaux pour obtenir un soutien décisif de Washington sur la question du Sahara occidental. Mais l’autoroute Tiznit-Dakhla, rebaptisée au nom du locataire de la Maison-Blanche, ne traverse pas Ceuta – c’est par une tout autre voie que le Maroc entend forcer la main de l’Espagne.

L’été 2026 restera comme une séquence diplomatique d’une rare intensité entre le Maroc, les États-Unis et l’Espagne. Alors que Donald Trump a regagné la Maison-Blanche, Rabat redouble d’efforts pour verrouiller le soutien américain sur le dossier du Sahara occidental, un territoire disputé que le Maroc considère comme sien depuis le retrait espagnol de 1975 .

Une autoroute nommée Trump

Le geste est hautement symbolique. Sur décision du roi Mohammed VI, l’autoroute Tiznit-Dakhla, longue de 1055 kilomètres, a été baptisée du nom de « Donald J. Trump » . Dans une lettre rendue publique par l’agence MAP, le souverain explique vouloir ainsi remercier le président américain pour sa « reconnaissance historique de la souveraineté du Maroc en 2020 sur son Sahara » .

L’ouvrage, qualifié par le roi de « plus longue infrastructure routière de toute l’Afrique », relie le sud du pays à Dakhla, en passant par Laâyoune, au cœur du Sahara occidental . Un axe stratégique qui, comme le souligne le monarque, « unit le nord et le sud du Maroc et connecte l’Europe au continent africain » .

Donald Trump n’a pas tardé à réagir sur sa plateforme Truth Social : « Quel immense honneur ! J’ai hâte de parcourir un jour cette grande autoroute dans toute sa longueur, j’espère que ce sera bientôt ! » .

Ceuta, l’autre levier de pression

Mais ce n’est pas par l’autoroute que le Maroc entend forcer la main des négociations. L’autre carte, bien plus décisive, est celle de l’immigration. Fin juillet, près de 60 000 migrants ont franchi en quelques heures la frontière de l’enclave espagnole de Ceuta, provoquant une crise humanitaire et diplomatique d’ampleur .

Au moins 57 personnes ont perdu la vie en tentant la traversée, selon les autorités espagnoles, noyées ou victimes de piétinements . Le Maroc, qui a laissé ses gardes-frontières se tenir à l’écart, a reconnu officiellement 11 morts .

L’enclave de Ceuta, l’une des deux seules frontières terrestres de l’Union européenne avec l’Afrique, est un point névralgique des relations hispano-marocaines. Le Maroc n’a jamais reconnu la souveraineté espagnole sur ces territoires, qu’il considère comme des « territoires occupés » .

L’histoire se répète

Ce scénario n’est pas nouveau. En mai 2021, une crise migratoire similaire (8 000 entrants) avait déjà contraint Madrid à revoir sa position sur le Sahara occidental. L’Espagne avait alors abandonné sa neutralité historique pour soutenir le plan d’autonomie marocain, après avoir accueilli pour des soins médicaux Brahim Ghali, le leader du Front Polisario .

« Le Maroc pensait que l’Espagne soutenait son projet d’autonomie pour le Sahara occidental, mais cela ne suffit pas, car le Maroc veut la reconnaissance de sa souveraineté », analyse Carlos Ruiz Miguel, directeur du Centre d’études sur le Sahara occidental de l’université de Saint-Jacques-de-Compostelle .

Cette fois, le contexte est différent. La crise survient dix jours après une visite de Pedro Sánchez à Alger, où l’Espagne a cherché à renouer des liens avec le rival régional du Maroc . Une main tendue qui n’a visiblement pas échappé à Rabat.

Une stratégie en plusieurs volets

Pour les analystes, la corrélation est évidente. « Le Maroc a la prétention de rompre l’espace constitutionnel espagnol », estime Alejandro del Valle, professeur de droit international, considérant que Rabat voit Madrid comme « un adversaire géostratégique » .

La stratégie marocaine repose sur trois leviers :

-Flatter Trump par un geste symbolique fort (l’autoroute), réaffirmant ainsi la reconnaissance américaine de sa souveraineté sur le Sahara occidental.

-Utiliser la pression migratoire sur Ceuta comme moyen de rappeler à l’Espagne sa vulnérabilité et sa dépendance à la coopération marocaine.

-S’assurer le soutien de Washington dans le dossier, alors que les négociations onusiennes sur le Sahara occidental piétinent .

Les États-Unis dans le jeu

L’administration Trump ne cache pas son soutien au Maroc. Le secrétaire d’État Marco Rubio a récemment réaffirmé que « les États-Unis reconnaissent la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental » . Donald Trump lui-même a qualifié la proposition d’autonomie marocaine de « seule base pour une solution juste et durable », ajoutant que « toute autre voie prolonge le statu quo et est inacceptable » .

La Maison-Blanche a également critiqué les politiques migratoires espagnoles, une porte-parole avertissant que l’Espagne risquait de « compromettre sa propre survie » .

L’Europe sous tension

La crise de Ceuta a provoqué des remous au sein de l’Union européenne. L’Italie a suspendu temporairement ses accords Schengen avec l’Espagne, rejoint par la Finlande et le Danemark . Le président du MR belge, Georges-Louis Bouchez, a demandé une suspension partielle de l’Espagne de l’espace Schengen .

Pour Paul Melly, chercheur à Chatham House, cette crise illustre la nouvelle donne géopolitique : « Le Maroc a déjà montré sa volonté de déployer la pression migratoire comme tactique de rétorsion contre l’Espagne, particulièrement vulnérable en raison de ses deux enclaves nord-africaines » .

Conclusion : un message clair

Ce n’est pas l’autoroute Trump qui passe par Ceuta, mais un message tout aussi explicite : Rabat tient entre ses mains les clés de la frontière sud de l’Europe. En combinant hommages symboliques à Washington et pressions migratoires sur Madrid, le Maroc tisse une toile diplomatique où chaque fil semble destiné à renforcer sa position sur le Sahara occidental. Une leçon que les négociateurs espagnols et européens ont désormais pleinement intégrée.

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