Arrestation d’Ali Lmrabet : Le silence assourdissant de l’Europe face à la chape de plomb marocaine

Par une analyse incisive, Jan Keulen, membre du groupe de travail sur la liberté de la presse de la NVJ, dénonce l’arrestation du journaliste Ali Lmrabet. Pour Keulen, cette détention, couplée à l’indifférence diplomatique de Paris et Madrid, illustre le dévoiement de la justice marocaine et la lâcheté politique européenne.

L’arrestation d’Ali Lmrabet, figure emblématique du journalisme indépendant au Maroc, n’est pas un simple fait divers judiciaire. Pour Jan Keulen, elle marque une nouvelle étape dans la répression méthodique de toute voix discordante au sein du royaume. Interpellé le 12 juillet à l’aéroport de Tanger, Lmrabet est aujourd’hui dans le viseur du ministère public pour « diffusion de fausses informations » et « diffamation ». Des chefs d’accusation que Keulen qualifie de paravent commode pour masquer une réalité plus sombre : la volonté du régime d’éteindre un « conscience journalistique » devenue insupportable.

Le crime de la liberté

Pour Keulen, Lmrabet paie le prix de son courage. Depuis des décennies, celui qui vit en exil à Barcelone use de la satire et du journalisme d’investigation pour briser les tabous marocains : de la corruption des élites à la gestion des tensions dans le Sahara occidental, en passant par les relations avec Israël. « Pour un vrai journaliste, il n’existe pas de sujets interdits », rappelle Keulen, soulignant que cette exigence déontologique est perçue par Rabat comme une attaque directe contre la stabilité de l’État.

L’acharnement ne se limite pas à la cellule de prison. Keulen dénonce une stratégie de diabolisation orchestrée par des médias affiliés aux services de renseignement, où Lmrabet est traîné dans la boue sous les étiquettes de « menteur » ou de « traître ».

La « lâcheté » diplomatique de l’Europe

Ce qui indigne particulièrement Jan Keulen, c’est le silence « assourdissant » des capitales européennes. Alors que Lmrabet possède la nationalité française et que ses attaches familiales et professionnelles sont profondément ancrées en Espagne, ni Paris ni Madrid n’ont affiché la fermeté attendue.

Keulen épingle particulièrement le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, dont la réponse — « je ne connais pas ce dossier » — est qualifiée d’« incroyable » au regard de la couverture médiatique du cas. Pour le membre de la NVJ, cette posture n’est pas le fruit du hasard, mais celui d’un calcul cynique : ni la France ni l’Espagne ne souhaitent froisser un partenaire marocain jugé stratégique, sacrifiant ainsi les droits humains et la liberté de la presse sur l’autel de la realpolitik.

Une répression généralisée

L’affaire Lmrabet, selon Keulen, est symptomatique d’une atmosphère délétère. Il rappelle l’arrestation concomitante du rappeur Mehdi Black Wind, lui aussi exilé, illustrant la volonté du régime de faire payer aux voix critiques leur liberté de parole, où qu’elles se trouvent.

« Pour les journalistes et les artistes consciencieux, l’audace est la seule option, même avec la peur au cœur », conclut Jan Keulen. Face à cette répression qui normalise la criminalisation de l’opinion, le silence de l’Europe, pour l’expert de la NVJ, n’est pas seulement une faute diplomatique : c’est un abandon coupable de ses propres valeurs.

Avec BNNVARA

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