De la diplomatie à la stratégie : ce que l’Algérie gagne à renforcer son influence au sein de l’Union africaine

Cette vague de victoires institutionnelles sert de contrepoids puissant à la stratégie marocaine d'expansion d'influence au sein de l'UA depuis son retour en 2016. En sécurisant des sièges vitaux dans la gestion des conflits et l'administration, l'Algérie veille à ce que sa vision stratégique reste au cœur de l'avenir du continent.

L’Algérie connaît un retour diplomatique majeur sur la scène continentale, après avoir décroché plusieurs postes de direction très en vue au sein de l’Union africaine (UA). De la victoire stratégique pour le poste de vice-présidente de la Commission de l’UA en février 2025 (remporté par la diplomate Selma Malika Haddadi) à son élection au sein du puissant Conseil de paix et de sécurité pour le mandat 2025-2028, l’empreinte de l’Algérie en Afrique s’accentue rapidement.

Mais au-delà des gros titres et de l’intense compétition diplomatique, que signifient réellement ces postes pour l’Algérie ?

Selon le Dr Toufik Bougaada, professeur de sciences politiques à l’Université d’Alger 3, bien que ces fonctions ne génèrent pas de gains financiers immédiats, elles offrent un levier politique, diplomatique et économique massif dans un contexte de transition mondiale.

Voici le décryptage de ce que l’Algérie a à y gagner :

1. Façonner l’agenda africain

Occuper des postes clés — comme la présidence du comité des représentants permanents sur les droits de l’homme, la démocratie et la gouvernance — permet à l’Algérie de participer directement à l’écriture de l’avenir du continent. Cela donne au pays le pouvoir d’orienter les priorités de l’UA, de pousser la mise en œuvre de l’Agenda 2063 et de peser de tout son poids sur les discussions de sécurité régionale, en particulier dans le Sahel.

2. Amplifier la stature internationale

Une voix forte au sein de l’UA rehausse la visibilité de l’Algérie auprès des grands blocs de pouvoir mondiaux, notamment les Nations Unies, l’Union européenne et les BRICS. Cela conforte sa réputation de leader régional stable, capable de piloter des initiatives continentales majeures.

3. Stimuler les liens économiques et les infrastructures

L’influence diplomatique facilite grandement les partenariats économiques. L’Algérie peut s’appuyer sur sa présence institutionnelle pour accélérer de grands projets d’interconnexion, tels que :

La route transsaharienne

Les réseaux énergétiques régionaux communs

Les infrastructures de communication transfrontalières

4. Projeter son « Soft Power » et son expertise sécuritaire

L’Algérie possède une longue tradition de soutien aux mouvements de libération africains. Reconquérir ces postes de direction permet au pays de déployer sa vaste expertise en matière de lutte contre le terrorisme et de médiation, de reconstruire d’anciens réseaux de confiance et d’inverser l’effacement diplomatique des deux décennies précédentes.

L’équilibre géopolitique

En fin de compte, cette vague de victoires institutionnelles sert de contrepoids puissant à la stratégie marocaine d’expansion d’influence au sein de l’UA depuis son retour en 2016. En sécurisant des sièges vitaux dans la gestion des conflits et l’administration, l’Algérie veille à ce que sa vision stratégique reste au cœur de l’avenir du continent.

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