Dans le royaume mondial de la bière qu’est la Belgique, une création pas comme les autres a réussi à trouver sa place : La Marlouf, une bière blonde triple d’inspiration marocaine, brassée en Belgique et parfumée à la fleur d’oranger. Derrière cette boisson originale se cache l’histoire d’un parcours migratoire, d’un clin d’œil culturel et d’une volonté de rapprocher deux univers souvent présentés comme éloignés.
De Meknès à Bruxelles, le parcours d’un entrepreneur
L’histoire commence en 1998. Alors âgé de 19 ans, Yassine Kouysse, originaire de Meknès au Maroc, arrive à Bruxelles après un long voyage en bus de deux jours pour y étudier l’architecture. Plusieurs années plus tard, installé dans la capitale belge, il cherche une idée capable de créer un pont entre les cultures belge et marocaine.
Fatigué des clichés entourant les Marocains et leur culture, il imagine un projet symbolique autour d’un produit profondément associé à la Belgique : la bière. Son ambition est de montrer qu’une tradition belge peut aussi devenir un espace de rencontre avec d’autres héritages culturels.
Une bière au nom provocateur devenu symbole d’autodérision
Le nom choisi pour cette création n’est pas anodin. « Marlouf » est un terme péjoratif utilisé en Belgique pour désigner les Marocains. En reprenant ce mot pour baptiser sa bière, Yassine Kouysse joue volontairement avec les stéréotypes et détourne une expression négative en symbole d’humour et de fierté.
Ce choix relève de la « zwanze » bruxelloise, cet art local de l’autodérision et du second degré. Loin de provoquer une polémique, le nom a plutôt suscité la curiosité des amateurs de bière en Belgique, au Maroc et ailleurs.
Une triple blonde aux accents marocains
La Marlouf se distingue par son profil original : une bière triple blonde titrant 8 degrés, enrichie d’arômes de fleur d’oranger. Elle combine la puissance et la tradition des bières triples belges avec une touche parfumée rappelant les saveurs marocaines.
Décrite comme douce, florale et savoureuse, avec une longue finale et un caractère légèrement épicé, elle peut être dégustée aussi bien à l’apéritif qu’en accompagnement de plats mijotés ou épicés.
Son originalité a même séduit la gastronomie belge : selon Focus on Belgium, un restaurant étoilé l’a intégrée à sa carte, signe que cette création a dépassé le simple effet de curiosité pour entrer dans l’univers des produits artisanaux reconnus.
Quand la bière devient un langage commun
Au-delà de la recette, La Marlouf raconte une histoire d’identité et de mélange. Elle illustre une Belgique où les influences venues d’ailleurs participent aussi à la création culturelle locale.
Pour Yassine Kouysse, la bière devient un outil de dialogue : un produit associé à la culture belge qui porte en même temps une signature marocaine. Une manière de rappeler que les identités ne sont pas figées, mais peuvent se transformer par les échanges et les rencontres.
Fort des retours positifs reçus après son lancement, l’entrepreneur a même envisagé de poursuivre l’aventure avec une brasserie spécialisée dans des bières triples aux noms audacieux, dans la continuité de l’esprit décalé de La Marlouf.
La Marlouf est ainsi devenue plus qu’une bière : un symbole liquide du lien belgo-marocain, une blonde née en Belgique avec un parfum venu de l’autre rive de la Méditerranée.
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