Ali Lmrabet raconte les circonstances troubles de son arrestation au Maroc

Le journaliste marocain Ali Lmrabet, connu pour ses positions critiques envers le pouvoir au Maroc, a livré un témoignage détaillé sur les conditions de son interpellation, rompant le silence après une période d’isolement carcéral.

Un accueil chaleureux après l’épreuve

Dans un message adressé à ses soutiens, le journaliste a d’abord tenu à remercier l’ensemble des personnes qui lui ont manifesté leur solidarité pendant sa détention. Il explique avoir découvert, une fois libéré, l’ampleur de la mobilisation dont il a fait l’objet, précisant qu’il était resté totalement coupé du monde extérieur durant son incarcération et ignorait tout des réactions suscitées par son arrestation.

Un premier procès-verbal qui aurait disparu

L’élément le plus troublant de son récit concerne ce qu’il décrit comme la falsification d’un premier procès-verbal rédigé à l’aéroport de Tanger. Selon Lmrabet, ce document, établi en bonne et due forme après son interpellation, prévoyait conformément à la loi son transfert vers la police judiciaire de Tanger. Il affirme avoir été effectivement présent lors de la rédaction de cet acte et avoir été conduit sous escorte vers les services compétents de la ville.

C’est en cours de route que la situation aurait basculé : le directeur de la police de l’aéroport aurait ordonné, sans justification apparente, son retour vers l’aéroport. Le journaliste rapporte avoir alors été témoin d’un échange révélateur entre un inspecteur et son supérieur au sujet du sort à réserver au procès-verbal, l’un des officiers ayant reçu pour instruction que la décision venait « d’en haut ». Ce document aurait ensuite disparu du dossier.

Un transfert dans des conditions dénoncées comme inhumaines

Lmrabet décrit ensuite avoir été remis, dans une discrétion quasi totale et à l’écart de l’entrée principale de l’aéroport, à sept hommes armés dont aucun ne se serait présenté. Il affirme avoir été frappé avant d’être placé dans un véhicule utilitaire dépourvu de sièges, de plaque d’immatriculation et de tout signe distinctif.

Le trajet de 350 kilomètres séparant Tanger de Casablanca se serait déroulé, selon son témoignage, dans des conditions qu’il qualifie d’humiliantes : violences physiques répétées, interdiction d’accéder à des toilettes, avec une unique autorisation d’uriner dans une bouteille en plastique coupée en deux.

À son arrivée à Casablanca, il indique avoir été placé en cellule au sein de la Brigade nationale de la police judiciaire pendant soixante-douze heures, période durant laquelle il précise avoir été traité correctement.

Des poursuites centrées sur « l’État profond »

Le journaliste souligne qu’aucune charge classique — diffamation, injure, atteinte à l’honneur, complot, détournement de fonds — ne lui aurait été formellement signifiée lors de son audition, du moins selon les standards habituels du droit de la presse.

Il affirme que l’ensemble du dossier d’accusation, fort de près de 700 pages, se concentrerait en réalité sur ce qu’il appelle la « structure secrète », cet État profond qu’il accuse de gouverner le Maroc en coulisses et dont il se présente lui-même comme une victime directe des événements de Tanger.

Trois exemples cités comme illustration

Pour étayer son propos, Lmrabet cite trois éléments qui lui seraient reprochés :

  • Avoir qualifié de membres de cette « structure secrète » deux hauts responsables sécuritaires marocains, le conseiller royal Fouad Ali El Himma et le directeur général de la Sûreté nationale Abdellatif Hammouchi — propos considérés comme diffamatoires.
  • Avoir décrit le Maroc comme une « zريبة » (une exploitation agricole gérée selon la logique d’un domaine privé), qualifié d’atteinte à l’État.
  • Avoir affirmé, documents comptables officiels à l’appui selon lui, que le ministre des Finances Fouzi Lekjaa allouerait davantage de crédits à la Direction générale de la sûreté nationale qu’à d’autres institutions publiques — propos également retenus comme diffamatoires.

Le journaliste ironise sur ce qu’il qualifie de « mise en scène burlesque », relevant que le parquet aurait lui-même reconnu, dans un communiqué officiel, le caractère journalistique des informations publiées, tout en les considérant néanmoins comme mensongères.

Le parquet, seul plaignant

Point notable de son témoignage : Lmrabet affirme que seul le parquet général du Royaume se serait constitué partie plaignante à son encontre, ayant émis selon lui plus d’une trentaine de mandats d’arrêt. Aucune des personnalités citées dans ses articles n’aurait, quant à elle, déposé de plainte individuelle.

Une détermination inchangée

Le journaliste indique se trouver actuellement au Maroc pour finaliser des démarches administratives, motif initial de son déplacement, et promet de revenir prochainement sur cet épisode avec davantage de détails, notamment en dialecte marocain.

Il conclut son message sur une note de défiance envers les autorités, estimant que cette nouvelle épreuve, qu’il interprète comme le signe d’un système incapable de tolérer la contestation ou la mise au jour de ses pratiques, ne l’incitera pas à modifier sa ligne éditoriale. Il affirme au contraire y puiser une conviction renforcée quant à la nécessité de poursuivre son travail d’enquête et d’information, dans le respect des principes universels du journalisme.

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