Comment Netanyahou a poussé Trump à reconnaître la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental

Les informations de Channel 13 s'inscrivent dans un contexte où plusieurs analystes évoquaient déjà un rapprochement progressif entre le Maroc et Israël, susceptible d'être facilité par une évolution de la position américaine sur le Sahara occidental.

Selon des révélations de la chaîne israélienne Channel 13, le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou aurait tenté, dès 2019, de convaincre l’administration américaine de reconnaître la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental dans le cadre d’un accord diplomatique tripartite associant Israël, les États-Unis et le Royaume du Maroc.

D’après les informations rapportées par Channel 13, Benyamin Netanyahou aurait multiplié les initiatives diplomatiques afin de faire aboutir un compromis stratégique : en échange d’une reconnaissance par Washington de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, Rabat accepterait de normaliser ses relations avec Israël.

Les discussions auraient débuté à la suite du discours prononcé par le chef du gouvernement israélien devant l’Assemblée générale des Nations unies en septembre 2018. Au cours de l’année 2019, des contacts auraient été établis avec des responsables marocains et américains afin d’explorer les contours d’un tel accord.

Une rencontre confidentielle avec Nasser Bourita

Selon la chaîne israélienne, Benyamin Netanyahou aurait notamment rencontré discrètement le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, afin d’évoquer cette proposition.

À cette période, le Maroc ne disposait plus de relations diplomatiques officielles avec Israël. Après l’établissement de liens en 1993 dans le sillage des accords d’Oslo, Rabat avait suspendu ces relations en 2000 au début de la seconde Intifada.

Le roi Mohammed VI s’était par ailleurs montré très critique à l’égard de la politique israélienne à Jérusalem. Dans une lettre adressée en 2017 au secrétaire général des Nations unies, António Guterres, le souverain marocain dénonçait une politique jugée « inacceptable » et contraire au droit international.

Un intermédiaire proche de Jared Kushner

Channel 13 affirme que l’organisation de cette rencontre aurait été facilitée par Yariv Elbaz, homme d’affaires israélo-marocain actif dans le secteur agroalimentaire et présenté comme proche de Jared Kushner, gendre et conseiller du président américain Donald Trump. Les deux hommes s’étaient rencontrés lors de la visite de Kushner à Casablanca en mai 2019.

Selon plusieurs responsables israéliens cités par la chaîne, cet accord aurait présenté des avantages pour l’ensemble des parties concernées. Israël aurait obtenu une nouvelle normalisation avec un pays arabe, tandis que le Maroc aurait bénéficié du soutien américain sur la question du Sahara occidental. Quant à Donald Trump, il aurait renforcé son image d’artisan du rapprochement entre Israël et plusieurs États arabes.

Des résistances au sein de l’administration américaine

Le projet se serait toutefois heurté à des réticences au sein de la Maison-Blanche. Toujours selon Channel 13, John Bolton, alors conseiller à la sécurité nationale, se serait opposé à cette initiative.

Après le départ de Bolton en septembre 2019, Benyamin Netanyahou aurait relancé le dossier auprès du secrétaire d’État Mike Pompeo. Malgré ces démarches, l’administration américaine n’aurait pas donné son aval à ce compromis à cette période.

Le gouvernement israélien n’a jamais confirmé officiellement l’existence de ces discussions. La chaîne israélienne rapporte également que le roi Mohammed VI aurait refusé, en décembre 2019, une visite de Benyamin Netanyahou à Rabat.

Le Sahara occidental, priorité diplomatique du Maroc

Les informations de Channel 13 s’inscrivent dans un contexte où plusieurs analystes évoquaient déjà un rapprochement progressif entre Rabat et Israël, susceptible d’être facilité par une évolution de la position américaine sur le Sahara occidental.

Dans une analyse publiée en décembre 2019, le politologue Aziz Chahir estimait que le souverain marocain considérait le soutien américain sur le dossier saharien comme un enjeu stratégique majeur. Il soulignait également les références régulières du roi Mohammed VI à l’héritage juif du Maroc dans le cadre des relations historiques entre le royaume et Israël.

Cette priorité diplomatique a également été rappelée publiquement par le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita. Interrogé par des parlementaires du Parti de la justice et du développement (PJD) sur le plan de paix américain pour le Moyen-Orient, il déclarait : « Le Sahara reste la première cause du Maroc et non la Palestine. »

La position du Front Polisario

Du côté du Front Polisario, les déclarations demeuraient fermes. Dans un entretien accordé au quotidien italien Il Manifesto, son secrétaire général, Brahim Ghali, affirmait que le peuple sahraoui utiliserait « tous les moyens légitimes » pour défendre son droit à l’autodétermination, sans exclure le recours à la lutte armée.

Le média Middle East Eye indiquait avoir sollicité une réaction officielle du Front Polisario, sans avoir obtenu de réponse avant la publication de son article.

Source : Article adapté d’après une enquête de Middle East Eye fondée sur des informations rapportées par la chaîne israélienne Channel 13.

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