Mystère autour de la mort à Nice d’un chercheur iranien en intelligence artificielle

Pour les responsables iraniens, la mort du Dr Ehsanian s'inscrit dans une campagne de longue date visant à freiner le développement technologique du pays. Les médias d'État rappellent qu'en juin 2025, deux autres chercheurs en IA, les docteurs Majid TajenJari et Muhammad Reza Zakarian, avaient péri à Téhéran dans un bombardement résidentiel.

Le corps du Dr Ali Ehsanian, qualifié par les médias d’État iraniens de « pionnier de l’intelligence artificielle », a été rapatrié en Iran le 11 juin 2026, près de six semaines après son décès survenu dans la ville de Nice, dans le sud de la France, dans des circonstances encore non élucidées.

Alors que les causes exactes de sa mort font officiellement l’objet d’une enquête, les autorités iraniennes et les médias officiels, notamment la chaîne PressTV, pointent explicitement du doigt le Mossad, le service de renseignement extérieur israélien, qu’ils accusent de mener une stratégie délibérée de « décapitation scientifique ». À ce jour, aucune vérification indépendante n’a permis d’étayer ces accusations, au-delà de la confirmation du décès du chercheur et du retour de sa dépouille.

Un profil académique et technologique de haut niveau

Le Dr Ali Ehsanian disposait d’un parcours académique d’excellence. Classé 195e sur 280 000 candidats au concours national d’entrée à l’université en Iran en 2011, il avait obtenu une licence et deux masters à l’Université de technologie Amirkabir. Il a ensuite poursuivi ses études en France, décrochant un doctorat en génie électrique à l’Université de la Sorbonne à Paris, et bénéficiant d’une bourse européenne prestigieuse du programme Horizon 2020 (actions Marie Skłodowska-Curie).

Ses recherches portaient principalement sur l’intelligence artificielle, l’apprentissage automatique (machine learning) et les réseaux sans fil de nouvelle génération. Bien que ses travaux civils n’aient pas de lien direct avec la conception d’armes, les analystes militaires rappellent que ces technologies sont à « double usage », possédant des applications militaires directes dans les communications, les essaims de drones, la guerre électronique ou encore le calcul distribué en périphérie (edge computing). Par ailleurs, le Dr Ehsanian avait collaboré avec le ministère iranien de la Défense dans le cadre de son service militaire entre 2018 et 2020.

Versions contradictoires et silence des autorités françaises

Selon les médias iraniens, le scientifique aurait perdu la vie le 28 mars 2026, une période correspondant à des tensions militaires qualifiées par Téhéran de « troisième guerre imposée » ou « Opération Rising Lion ». Toutefois, une divergence temporelle apparaît au sein même des déclarations officielles : le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaeil Baghaei, a évoqué pour sa part un événement survenu en avril.

La diplomatie iranienne a fait savoir qu’elle suivait de près le dossier. Début mai, Esmaeil Baghaei a qualifié cette mort d’« incident très amer », liant cette affaire à deux autres meurtres présumés de citoyens iraniens sur le sol français, et évoquant des préoccupations liées au « racisme et à des actes terroristes ».

Du côté français, le dossier reste entouré d’une discrétion absolue. La police française n’a publié aucun communiqué officiel citant le nom d’Ehsanian ni confirmé l’ouverture d’une enquête pour homicide. Le parquet n’a annoncé aucune mise en examen ni identifié de suspect, et les principaux quotidiens français n’ont pas publié d’investigations sur le sujet. PressTV soutient de son côté que ce silence médiatique ne saurait exclure la thèse criminelle, affirmant que les services de sécurité européens ont parfois mis des années avant de confirmer publiquement des opérations de sabotage étranger sur leur territoire.

Une campagne de ciblage plus globale selon Téhéran

Pour les responsables iraniens, la mort du Dr Ehsanian s’inscrit dans une campagne de longue date visant à freiner le développement technologique du pays. Les médias d’État rappellent qu’en juin 2025, deux autres chercheurs en IA, les docteurs Majid TajenJari et Muhammad Reza Zakarian, avaient péri à Téhéran dans un bombardement résidentiel.

Cette dynamique de ciblage ferait écho, selon les analystes cités par ces articles, aux assassinats de plusieurs scientifiques du secteur nucléaire iranien survenus depuis 2007 (notamment Masoud Alimuhammadi, Majid Shahriari, Mostafa Ahmadi Roshan et Mohsen Fakhrizadeh). Téhéran estime que la stratégie de ses adversaires s’est élargie au-delà du nucléaire pour englober l’aérospatiale, le développement de missiles et désormais l’intelligence artificielle.

Après le rapatriement de son corps, des milliers de personnes ont assisté aux funérailles publiques de Dr Ali Ehsanian à Omidiyeh, avant son inhumation dans sa ville natale de Jahrom, dans la province de Fars.

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