L’Union Européenne continue d’offrir au monde un spectacle devenu tristement familier : celui d’une puissance qui proclame défendre le droit international, les droits humains et les valeurs universelles, tout en s’avérant incapable d’agir lorsqu’il s’agit d’imposer la moindre contrainte à l’entité israélienne malgré la destruction méthodique de Gaza et la poursuite de violations répétées contre le peuple palestinien.
Les tensions qui viennent d’éclater au sommet des institutions européennes illustrent brutalement cette contradiction devenue structurelle. La crise oppose désormais directement la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, révélant à quel point la question israélienne fracture aujourd’hui l’ensemble du système décisionnel européen.
Au cœur de cette nouvelle crise figure un sujet pourtant élémentaire : faut-il enfin sanctionner l’entité israélienne pour ses violations répétées à Gaza et dans les territoires palestiniens occupés ?
Officiellement, plusieurs États européens réclament depuis des mois des mesures concrètes. La suspension partielle de l’accord d’association liant l’Union européenne à Israël est régulièrement évoquée. La France et la Suède poussent désormais vers des restrictions ciblant les produits provenant directement des colonies israéliennes illégalement implantées en West Bank et sur le Golan Heights.
Mais dès qu’il s’agit de transformer ces intentions en décisions réelles, la machine européenne se grippe instantanément.
L’Allemagne apparaît une nouvelle fois comme le principal verrou politique. Berlin, mue par son complexe de culpabilité lié à la seconde guerre mondiale, maintient un soutien presque automatique à l’entité israélienne, bloquant toute initiative susceptible d’exercer une véritable pression diplomatique sur le gouvernement de Benjamin Netanyahu. Cette position allemande continue d’imposer à l’ensemble de l’Union une forme de paralysie politique qui vide progressivement le discours européen de toute crédibilité internationale.
Le traitement réservé à Kaja Kallas illustre parfaitement cette situation. Selon plusieurs révélations relayées dans la presse européenne, la diplomate estonienne aurait, lors d’échanges confidentiels au Mexique, établi un parallèle entre la politique israélienne et l’ancien régime d’apartheid sud-africain. Que ces propos aient été prononcés exactement ainsi ou non importe finalement peu.
Le ministre israélien des affaires étrangères, Gideon Sa’ar, a annoncé rompre tout contact diplomatique avec Kaja Kallas, imposant de facto une forme de sanction politique directe contre la principale responsable diplomatique européenne.
Et c’est ici que le scandale prend une dimension encore plus révélatrice.
Au lieu de défendre collectivement sa propre responsable diplomatique, Bruxelles s’est une nouvelle fois inclinée. Quelques jours plus tard, Ursula von der Leyen laissait une autre commissaire européenne poursuivre normalement une visite officielle à Jérusalem, envoyant un message désastreux : lorsqu’Israël décide de punir politiquement un responsable européen, l’Union préfère préserver ses relations avec Tel-Aviv plutôt que défendre ses propres institutions.
Cette séquence confirme une réalité que de plus en plus d’observateurs européens commencent eux-mêmes à dénoncer ouvertement.
Sur le dossier palestinien, l’Union européenne n’exerce plus véritablement une politique étrangère autonome.
Elle subit.
Et surtout, elle applique à l’entité israélienne des standards radicalement différents de ceux imposés au reste du monde.
Pendant que Bruxelles multiplie sanctions, embargos et mesures coercitives contre d’autres États au nom du droit international, Israël continue d’échapper à toute véritable sanction malgré des mois de destruction massive à Gaza, la poursuite accélérée de la colonisation en Cisjordanie et des opérations militaires répétées au Liban.
Le débat actuel autour des produits issus des colonies illustre d’ailleurs parfaitement cette hypocrisie institutionnelle.
Pendant longtemps, la Commission européenne a minimisé l’importance économique de ces importations, estimant qu’elles représentaient un volume marginal.
Mais une récente enquête de l’organisation Global Echo vient contredire frontalement cette version officielle : près de 17 % des exportations agricoles israéliennes vers l’Europe proviendraient en réalité directement des colonies installées sur des territoires occupés.
Autrement dit, pendant que l’Europe affirme officiellement ne pas reconnaître la colonisation israélienne, elle continue dans les faits à absorber une partie significative des produits issus précisément de cette occupation illégale.
Le problème dépasse désormais la seule question palestinienne.
À force d’invoquer les principes uniquement lorsque cela n’affecte pas certains alliés stratégiques, Bruxelles envoie au reste du monde un message extrêmement dangereux : le droit international n’est plus un principe universel, mais un instrument appliqué de manière sélective selon les rapports de force politiques.
L’Europe voulait incarner la puissance normative mondiale.
Sur Gaza, elle apparaît surtout comme une puissance paralysée, divisée et incapable d’assumer ses propres valeurs.
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