Relations France-Algérie : La « DZ Mafia » au cœur d’une polémique diplomatique et d’un débat sur le narcobanditisme
Sous-titre : Les critiques fusent après la visite du ministre français de la Justice à Alger, accusé de faire de l’Algérie un bouc-émissaire des problèmes de criminalité française.
La visite du ministre français de la Justice, Gérald Darmanin, à Alger le 18 mai 2026, devait relancer la coopération judiciaire entre les deux pays. Elle a plutôt cristallisé les tensions, certains observateurs et analystes dénonçant une tentative de la France d’externaliser la responsabilité de ses crises internes.
Au cœur de la polémique, la question de la « DZ Mafia ». Ce groupe criminel, créé à Marseille début 2023, est une coalition de gangs locaux. Si son nom fait explicitement référence à l’Algérie par l’acronyme « DZ », les critiques soulignent qu’il est le produit de dynamiques criminelles, sociales et institutionnelles proprement françaises.
Lors de son déplacement, M. Darmanin a concentré son discours sur la nécessité de lutter contre ce qu’il a présenté comme une menace commune, tout en évoquant également des dossiers sensibles comme la libération du journaliste Christophe Gleizes, détenu en Algérie. Ses interlocuteurs algériens, de leur côté, ont réaffirmé une diplomatie fondée sur la réciprocité et l’équilibre, rejetant toute forme de paternalisme.
Le principal point de friction :
L’argumentaire de M. Darmanin est perçu comme une tentative de « bouc-émissairisation » de l’Algérie. En mettant en avant un groupe criminel arborant le sigle « DZ », il occulte, selon ses détracteurs, les causes endogènes du narcobanditisme en France, notamment à Marseille. L’historique criminel de la cité phocéenne, bien antérieur à l’indépendance de l’Algérie, ainsi que les failles des politiques de prévention et de répression françaises sont pointés du doigt.
Les analystes rappellent que la « DZ Mafia » est composée de Français d’origines diverses. De plus, ses chefs et commanditaires présumés ont été arrêtés ou sont localisés dans divers pays (France, Espagne, Émirats arabes unis, Maroc), contredisant l’idée d’un sanctuaire algérien. L’usage des termes « cartel » ou « mafia » pour qualifier ce groupe est également jugé exagéré par des spécialistes qui y voient plutôt un « narco-banditisme » urbain, relevant d’une « coalition de gangs » plutôt que d’une organisation criminelle structurée et internationale.
Une stratégie diplomatique ambiguë :
La visite de M. Darmanin s’inscrit dans une stratégie plus large dite d’ « ambiguïté stratégique ». Entre la pression sur l’Algérie et la signature simultanée, les 19 et 20 mai, de deux accords avec le Maroc (sur la lutte contre le blanchiment et un traité d’amitié), Paris semble instrumentaliser les rivalités régionales pour obtenir des avantages. Cette approche est jugée risquée, car elle pourrait, à long terme, éroder la crédibilité de la France au Maghreb.
Par ailleurs, le texte dénonce une forme de duplicité des autorités françaises. Alors qu’elles se présentent comme garantes de l’État de droit et de l’indépendance de la justice, elles sont critiquées pour des pratiques opaques dans la lutte antidrogue. Certaines méthodes (laisser-passer tactique, « fishing »), parfois justifiées par la « raison d’État », sont dénoncées comme créant des zones grises où les liens entre services de renseignement et milieux criminels, historiquement documentés, perdurent.
Conclusion :
L’affaire de la « DZ Mafia » révèle un malaise profond dans les relations franco-algériennes. Elle illustre la tentation française d’attribuer à un acteur extérieur la responsabilité de problèmes internes complexes. Selon les critiques, cette approche, en plus d’être inefficace, ne fait que masquer l’impasse politique, économique et sociale que traverse la France, et sape durablement les bases d’une coopération sereine et équilibrée avec son ancienne colonie.
Avec Dr. Benali dans Algérie54
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