C’est une révélation qui secoue le monde de la philosophie de comptoir et de l’administration pénitentiaire. L’écrivain Boualem Sansal a récemment confié avoir pensé au suicide en prison, avant de réaliser l’évidence : « Dans une salle où on est 100, on ne peut pas. »
Une déclaration qui prouve qu’en Algérie, même pour quitter ce monde, il faut faire la chaîne, ramener un dossier avec un extrait de naissance du grand-père et espérer que le guichet ne ferme pas à midi.
L’embouteillage existentielle
Pour nos sociologues locaux, ce phénomène est typiquement national. C’est le concept du « Gachis » (la foule) appliqué à la métaphysique. Comment voulez-vous rédiger votre dernière lettre d’adieu quand vous avez un voisin qui vous demande si vous avez du café Nescafé, un autre qui hurle parce que le Real Madrid a perdu, et un troisième qui essaie de capter le Wi-Fi du directeur avec une fourchette ?
« J’ai essayé de nouer mon drap, mais Khaled me l’a pris pour faire sécher ses chaussettes, et Amine s’en est servi comme tapis de carte pour la Chkoba », aurait pu confier l’auteur, dépité par ce manque de civisme tragique.
En Algérie, l’intimité est un luxe que même les fantômes ne peuvent pas s’offrir. Si tu essaies de mourir dans une salle de 100 personnes, tu as 50 personnes qui te crient : « Ya khou, meurs pas là, tu caches la télé ! », 40 qui te proposent une tisane de verveine (luiza) pour calmer tes angoisses, et 9 fonctionnaires qui te demandent si tu as payé ton timbre fiscal pour l’utilisation du plafond.
La bureaucratie de l’au-delà
L’administration, quant à elle, se frotte les mains. Un rapport secret suggère d’ailleurs de monter la capacité des cellules à 250 personnes pour éradiquer définitivement toute tentative de dépression. C’est la méthode algérienne : régler les problèmes de santé mentale par la crise du logement.
« C’est mathématique, explique un gardien anonyme en sirotant son thé. À 100 par pièce, si tu bouges le bras pour faire une bêtise, tu donnes un coup de coude à un boxeur de Tiaret. Le choix est vite fait : soit tu restes vivant, soit tu te fais tabasser parce que tu as réveillé la cellule. »
Aux dernières nouvelles, Boualem Sansal aurait abandonné ses projets sombres pour se lancer dans une activité beaucoup plus locale et réaliste : attendre que l’administration lui donne son quota de dignité, ce qui, de l’avis de tous les détenus, prendra beaucoup plus de temps que l’éternité elle-même.
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