Au moins dix-sept passagers, dont un Français, ont été victimes l’an dernier de cette escroquerie sophistiquée. Les autorités appellent à la vigilance.
Imaginez la scène : vous vous apprêtez à embarquer ou venez de poser le pied hors de l’avion, quand des officiers de police vous interpellent et vous accusent de trafic de drogue. Votre seul tort ? Avoir déposé vos bagages comme des millions de voyageurs. Ce cauchemar est pourtant bien réel. L’an dernier, au moins dix-sept passagers aériens en provenance du Canada ont été victimes d’un procédé aussi simple qu’effrayant : l’échange d’étiquettes de bagages, ou « tag switching ».
Un stratagème de l’ombre en quelques secondes
Cette technique, utilisée par des malfaiteurs – parfois des employés d’aéroport – consiste à intervertir l’étiquette d’un bagage contenant des produits illicites avec celle d’une valise appartenant à un passager innocent, à son insu. Quelques secondes hors du champ des caméras de surveillance suffisent pour commettre l’échange.
Comme l’a révélé la chaîne canadienne « CTV News » après enquête, ce stratagème a été employé à plusieurs reprises par des agents de manutention au Canada. L’objectif : faire voyager des valises remplies de drogue sous l’identité d’un voyageur sans aucun lien avec le trafic. « L’étiquette qui se trouvait initialement sur votre bagage se retrouve sur un bagage tiers rempli de drogue. Votre valise, elle, ne porte alors pas d’étiquette ou se retrouve avec une étiquette “endommagée” », explique la journaliste canadienne Avery Haines.
Si le plan frauduleux réussit, un complice à destination récupère le bagage contenant la drogue. Si le plan échoue, c’est la victime innocente qui se retrouve en possession de stupéfiants, sans rien comprendre à ce qui lui arrive.
Un Français accusé de trafic de cannabis à 147 000 dollars
L’été dernier, selon le « National Post », un citoyen français a fait les frais de cette méthode. « Dans ce cas précis, l’étiquette de la valise contenant le cannabis avait été échangée pour faire croire que celle-ci appartenait au voyageur innocent », précise le quotidien canadien. À son arrivée à Paris, l’homme a été interpellé par les douanes françaises pour suspicion de trafic de cannabis.
Après enquête, les autorités françaises l’ont libéré et ont transmis le dossier à Toronto. La Gendarmerie royale du Canada (GRC) a ensuite arrêté deux agents de manutention de la société Swissport. Ils sont poursuivis pour tentative de trafic de cannabis d’une valeur de plus de 147 000 dollars à destination de la France.
Comment éviter de devenir une victime ?
Interrogé par le « National Post », Mitesh Shah, PDG de l’entreprise de sécurité Empire Protection (Ontario), livre plusieurs conseils pratiques :
- Photographiez vos bagages avant de les enregistrer, au moment de la pesée et lors du dépôt. « Lorsque je voyage avec ma famille, je prends nos valises en photo à chaque étape », dit-il. En cas d’accusation, ces images prouvent l’aspect d’origine de votre bien.
- Personnalisez vos valises de façon visible. « Ma famille décore nos bagages avec un ruban ou un élément unique pour les reconnaître en un clin d’œil », ajoute Mitesh Shah. Une valise banale ou un sac à dos trop commun (le fameux modèle à 5 000 avis sur Amazon) est plus susceptible d’être ciblé.
- Restez attentif lors de l’enregistrement et privilégiez, si possible, les comptoirs équipés de caméras orientées vers le passager.
Une menace en plein essor
Si le phénomène reste encore marginal, les autorités aéroportuaires et les compagnies aériennes commencent à alerter le public. En attendant, la prudence est de mise : un simple coup d’œil sur votre étiquette avant de laisser votre valise pourrait vous éviter un très long malentendu avec la justice.
Avec 20 minutes
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