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Maroc : Quand un journaliste français parle à Omar Benjelloun « d’amertume envers l’Algérie »

Admin 28 avril 2026
benjelloun dernier interview

#Maroc #Sahara_Occidental #Omar_Benjelloun #UNFP #Algérie #Front_Polisario

La dernière interview d’Omar Benjelloun

« SI NOUS NOUS TROMPONS LES PEUPLES JUGERONT »

L’HISTOIRE DU PEUPLE

Libération : Quelle est la légitimité historique du Maroc sur le Sahara occidental ?

Omar Benjelloun. Il n’y a rien à prouver. Le Sahara, c’est notre identité même. C’est le Maroc-Sud. Il n’y a pas à prouver que l’Occitanie est française.

— C’est presque un argument de Hassan II. Et puis, les Occitans commencent à revendiquer leur autonomie.

— Nous n’en sommes pas à ce stade. Vous, les marxistes européens, vous regardez trop souvent l’histoire des peuples à travers la vitre. Je trouve qu’expliquer une entité nationale en y plaquant automatiquement la notion de territoire, c’est tomber dans la logique du colonialisme. Allal El Fassi de l’Istiqlal revendiquait l’empire soudanais de son XVIIIe siècle. C’est comme revendiquer l’empire napoléonien. Quant à Laroui, notre historien, que vous considérez sûrement comme notre cousin gauche puisqu’il publie chez Maspero, il se noie dans les notions éculées d’allégeance au pouvoir central. Ce n’est pas le problème à mon avis. Nous pourrions alors revendiquer tout le Sahara puisqu’à l’époque le Trône commandait et reconnaissait l’autorité religieuse de sa vallée. À l’époque, l’Algérie et la Tunisie étaient turques et les Sahraouis ne voulaient pas faire allégeance à l’étranger.

C’est la résistance au colonialisme qui a cristallisé chez nous. Au Maghreb, en Afrique, la nationalité date de là. Ce n’est pas un système d’organisation, révolutionnaire de l’Histoire, celle que fait le peuple. Je me moque que les dynasties marocaines soient toutes venues du Sud. Dans ce sens, ce serait plutôt aux Sahraouis à revendiquer le Maroc. Peut-être l’affaiblissement des principales organisations. Puis l’une d’elles l’emportait sur le Maghreb et devenait le Maghreb. Les Sahraouis.

Les Marocains ont commencé à penser Maroc quand ils ont eu à se battre contre les Européens. La résistance a débuté et fut la plus acharnée. Mais les Espagnols et les Français nous ont débarrassés. Précédemment dans le Sahara occidental, avec Ma-al-Aïnin, peu après 1900, puis dans le Rif, avec Abdelkrim. Tous deux s’opposèrent d’ailleurs au sultan parce que c’était un collabo. Je n’ai rien compris. Ma-al-Aïnin, lui, prit même Marrakech. Ce sont nos premiers patriotes. C’est pourquoi Saguia el-Hamra et la ville de Gharsa sont pour nous sacrés.

L’ARMÉE DE LIBÉRATION

Qu’est-ce qui prouve que les Sahraouis, en luttant contre le royaume du Maroc, ne seraient pas marocains ?

— Parce qu’il n’y a pas eu deux révolutions, une marocaine et une sahraouie, mais un seul et unique mouvement populaire de résistance. Il se confondra avec l’Armée de libération nationale, qui naquit en même temps que sa sœur algérienne. Dans cette armée il y avait des Marocains du Nord comme du Sud. Elle se battait de Tanger à Lagouira. C’est de cet instant que des Marocains ont découvert le Sahara. En 1956, il fut nommé chef du soutien des marocains.

Le Sahara passa entièrement sous contrôle de l’A.L.N. Mais le roi, qui la redoutait, manœuvra pour s’en débarrasser. Il fut complice de l’opération « Écouvillon » grâce à laquelle l’Espagne reçut en 1957 le Sahara avec l’aide de l’armée française d’Algérie. En 1959, le palais faisait arrêter les survivants. C’est le tournant. La monarchie reprend son vrai visage. Elle n’a jamais eu qu’une préoccupation : son pouvoir, qu’un moyen : la collaboration avec l’impérialisme. Le drapeau de l’indépendance nationale, c’est à nous qu’il a toujours échu. Du début jusqu’à aujourd’hui.

LA COLLABORATION

À l’heure actuelle, pour le peuple, c’est plutôt Hassan II qui fait figure de libérateur et, pour l’opinion progressive internationale, vous semblez en être les complices.

— C’est encore une chose qu’un Européen ne peut pas comprendre : le processus de notre collaboration actuelle. Ce qu’il faut se mettre dans le crâne, c’est que, pour la première fois dans l’histoire de la gauche, notre tactique n’est pas en contradiction avec nos objectifs et nos principes. Nous n’avons pas à concilier la libération du Sud et la révolution politique et sociale : c’est un seul et même problème, comme il y a vingt ans.

Pendant des années, nous avons été mutilés : un tiers des nôtres en prison, l’autre tiers en exil, le dernier en silence. Le pays croupissait dans un immobilisme total. L’affaire du Sahara a créé une dynamique nouvelle. Nous ne nous battons pas que pour des frontières définitives. Maintenant le peuple se remet à parler, se mobilise. Cela ne lui était pas arrivé depuis l’indépendance. Il y reprend goût. Et depuis qu’Hassan nous a relâchés parce qu’il avait besoin de nous, notre mouvement s’est refait, avec presse, militants, les jeunes nous rejoignent, nous progressons qualitativement aussi bien dans les villes que dans les douars et dans certaines régions rurales. Les partis d’opposition forment maintenant un front qui est en mesure d’exiger une démocratisation réelle du régime, avec élections et participation au pouvoir.

— Bien sûr qu’il en fait son profit, mais nous aussi. C’est un jeu subtil. Nous demandons le maximum, quitte à obtenir provisoirement moins. Quand Hassan a envisagé un référendum au Sahara, nous avons obtenu qu’il change d’avis et parle de libération nationale. Nous avons demandé qu’elle se fasse par un mouvement populaire armé. Il a dévié cela en marche pacifique, mais il a été contraint d’armer l’armée en laquelle il n’avait plus confiance. C’est un atout redoutable contre le régime. C’est le début d’un engrenage.

LA PACIFICATION

D’après des observations étrangères, votre armée aurait établi sa base sur plusieurs champs. C’est un atout durable contre le régime.

— C’est le début d’un engagement.

Alors vous ne préparez pas les conditions d’une transformation au Nord sur le dos des populations sahraouies ? N’as-tu pas peur que la gauche marocaine se sorte discréditée ?

— C’était le risque. Une armée populaire serait entrée au Sahara en faisant une campagne d’explication. Depuis, la participation des forces royales à la guerre du Ramadan, sur le Golfe, on connaît leur réputation de ne pas faire de prisonniers. C’est vrai qu’actuellement l’armée se livre au Sahara à une véritable pacification.

À ses échecs ?

— Il n’y a pas d’autre sens. On ne fait pas d’amélioration sans cesser d’avoir. Au stade où nous sommes, nous ne pouvons plus reculer. Tu ne peux pas savoir l’importance émotionnelle qu’on peut avoir pour le mot « at-tahrir » que l’on traduit très imparfaitement par le mot « libération ». Récupérer le Sahara, c’est une des données de notre raison de vivre. Même si ça devait renforcer provisoirement la féodalité, je dirais, à l’extrême, que je m’en fous. La féodalité passera, le Sahara restera.

Et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ?

— Quoi ? Peuple ? Depuis quand 60 000 personnes forment-elles un peuple ? C’est à peine la population d’une sous-préfecture. Elle se balade de surcroît de part et d’autre de trois frontières.

LE GÂTEAU AFRICAIN

Et le Front Polisario ?

— Nous y voilà. Les dirigeants du Polisario sont les fils de l’ex-A.L.N. Ils ont fait leurs études à Rabat, ils ont milité à l’UNEM et à l’UNFP. À l’époque, ils ne demandaient qu’à s’intégrer. Quand il y a eu la vague d’arrestations de 1973, ils se sont réfugiés en Algérie comme bien d’autres Marocains avant eux. C’est là qu’on leur a montré le coup. Une bourgeoisie bureaucratique qui veut se tailler la meilleure part du gâteau africain au prix du sous-développement maintenu de ses voisins s’est servi d’eux pour contrebalancer une colonie à bon compte. Elle avait commencé en Mauritanie, mais un peu tard. Cette fois-ci elle met elle-même le train en marche.

C’est même plus subtil encore. Le Polisario est une création commune de l’Algérie et de l’Opus Dei ou de ses états partenaires économiques depuis longtemps. Ça remonte à Lopez Bravo. Un État fantoche leur aurait permis d’exploiter le sous-sol en commun impunément. L’Espagne a même encouragé ses harkis à rejoindre les rebelles. L’Algérie l’a équipé en Land Rover et en cadres militaires.

Tu as des preuves pour les cadres ?

— C’est évident. D’où les dirigeants du Polisario tiendraient-ils leur expérience militaire ? Si on avait laissé faire, dans dix ans le Sahara occidental deviendrait la 31ᵉ wilaya algérienne.

Comment expliques-tu que le Maroc soit soutenu dans sa revendication essentiellement par des États réactionnaires ?

— L’Algérie aussi a eu leur appui dans sa lutte de libération.

UN AMOUR DÉÇU

D’où te vient cette amertume envers l’Algérie, alors qu’en 1963 l’UNFP prenait position contre Hassan dans le conflit algéro-marocain ?

— C’est l’histoire d’un amour déçu. Nous avons eu foi dans la révolution algérienne. Nous pensions profondément que le Maghreb des peuples pourrait se faire sous son impulsion. Moi qui suis d’Oujda, je peux te dire qu’en 1962, je me suis senti aussi Algérien que Marocain. Mais depuis, quelle métamorphose ! Leur bourgeoisie n’a plus rien à envier à la nôtre, leur police à la nôtre, leur petit dictateur au mètre. Ils se sont accouplés à l’impérialisme mondial autant que nos représentants. Ils ont fait la paix avec Hassan pour ménager leurs intérêts de classe. Ils ont livré à Oufkir nos militaires réfugiés chez eux. C’est une infamie qu’on ne peut pas pardonner.

La seule manière positive de jeter les bases d’un Maghreb uni, c’était l’exploitation économique des ressources sahariennes : la vieille idée française de l’OCRS, mais au profit du Maghreb. C’est dans cet esprit que nous avons conseillé à Mohamed V de ne pas récupérer Tindouf et le fer de Gare-Djebilet que lui proposait la France avant l’indépendance algérienne. Nous avons proposé une coopération en 1967, deux ans après la découverte du phosphate de Boukra. Ce qui nous revient légitimement. On ne peut donc pas nous excuser de dire comme Djebali : « Ce qui est à moi, ce qui est à moi est à moi ». L’Algérie et le Maroc négocieront régulièrement jusqu’en 1973. Et puis brusquement la position de l’Algérie se figea. Pourquoi ? Ce n’est pas clair encore. Je pense que cela correspond au moment où l’Algérie devint le leader des non-alignés. La prétention de jouer un rôle hégémonique. Mais on ne peut pas faire un Maghreb tout seul avec des partenaires indigents.

— 1973 c’est aussi l’avancée de la guérilla avortée des Barattes. Faille active, vitale de l’UNFP. Ils étaient partis d’Algérie. On peut l’interpréter comme un obstacle de cette dernière à la lutte contre votre réaction.

LE PARI

— S’il y a des gens qui peuvent se prévaloir d’avoir combattu notre réaction, c’est bien nous, pas Boumédiène ni Abdelaziz. Parmi nous il y a en effet nos camarades Barattes. Nous n’étions pas d’accord avec leurs méthodes mais nous sommes solidaires de leurs idéaux. Tu as fait allusion là à une époque très sombre de notre mouvement. Nous étions des boy-scouts, nous avions tout perdu, politiquement et militairement. Parce que nous avions disjoint le politique du militantisme. C’était une erreur stratégique grave.

Aujourd’hui nous retrouvons une chance inespérée de les conjuguer. Une chance, pas une certitude. Peut-être sommes-nous déjà floués. Peut-être apprendra-t-on un de ces jours qu’Hassan et Boumédiène se sont réconciliés sur notre dos et sur celui des Sahraouis. Peut-être qu’au contraire, l’armée et le peuple ont trouvé un moyen de tracer un autre chemin. Rien n’est joué. Je ne sais pas si ça va être possible. Il faut que nous continuions à travailler ensemble pour que nous puissions réussir. Mais je ne comprends pas pourquoi ils ont choisi de nous abandonner. Alors si nous nous trompons, les peuples jugeront.

Propos recueillis par Jean-Louis HURST

Source : Maroc Réalités

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