Guerre de renseignement entre le Maroc et l’Espagne (El País)

Le Centro Nacional de Inteligencia (CNI) a licencié en 2023 un agent d’origine marocaine en raison de doutes sur sa loyauté, une décision validée à trois reprises par la justice espagnole, dont la Audiencia Nacional.

Selon un rapport interne, son comportement, son non-respect des règles et ses liens personnels avec le Maroc constituaient un risque de sécurité, notamment face à une possible tentative de recrutement par les services marocains, comme la Direction Générale des Études et de la Documentation (DGED).

L’ex-agent, qui dénonçait une discrimination liée à ses origines, a vu ses recours rejetés. Il peut encore saisir le Tribunal Supremo.

Le CNI espagnol licencie un agent d’origine marocaine par crainte d’une infiltration par Rabat

La décision, confirmée par l’Audience nationale, s’appuie sur un rapport interne qui juge « incertaine » la loyauté de l’agent envers l’Espagne et les services secrets.

À l’été 2023, le Centre national de renseignement espagnol (CNI) a licencié un agent de nationalité d’origine marocaine, estimant que sa loyauté envers l’Espagne et l’institution était « pour le moins incertaine ». Un rapport interne, daté du 22 août 2023, souligne que ses comportements, son non-respect des règles, son intérêt personnel et son manque d’estime pour ses supérieurs et collègues – conjugués à sa nationalité d’origine et au fait que sa famille réside encore au Maroc – constituent « un risque grave pour la sécurité ». Les auteurs du rapport craignent que ces fragilités soient « détectées et utilisées par les services de renseignement marocains ».

L’agent, recruté cinq ans plus tôt, a été informé de son licenciement huit jours après le rapport par la directrice du CNI, Esperanza Casteleiro, pour « non-idonéité ». Cette affaire intervient deux ans après que le CNI a alerté le gouvernement espagnol sur les tentatives de la DGED marocaine (services extérieurs) de recruter des collaborateurs en Espagne, en utilisant « d’importants moyens, y compris financiers ». Ces treize dernières années, le CNI a d’ailleurs empêché l’obtention de la nationalité espagnole à au moins six Marocains soupçonnés de liens avec l’espionnage de Rabat.

L’agent licencié a contesté son éviction, dénonçant une discrimination liée à ses origines, et non à son rendement. Il a produit des messages WhatsApp et le témoignage de sa compagne, elle-même agent du CNI. Ses recours ont été rejetés à trois reprises : par la direction du CNI, par un juge de l’Audience nationale en décembre 2024, et enfin par la chambre contentieuse-administrative de l’Audience nationale le 4 mars dernier. Les magistrats estiment que le rapport interne touche à « la sécurité même du CNI ». L’ex-agent peut encore se pourvoir en cassation devant le Tribunal suprême.

Avec El País

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