Mohammed VI, 62 ans, n’était pas présent au match d’ouverture et ne s’est pas rendu à la finale. Lors de ces deux rencontres, il a été remplacé par son fils, le prince Moulay Hassan, 22 ans, qui a bénéficié d’un protagonisme exceptionnel durant tout le déroulement de la CAN.
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Le monarque alaouite a commencé ses vacances il y a plus de deux mois et demi. Il a visité quatre pays sur trois continents et ne rentrera à Rabat qu’à la veille du Ramadan, qui débute en février.
Par Ignacio Cembrero
Où est le roi Mohammed VI ? Le Maroc accueille son plus grand événement sportif depuis des décennies, la Coupe d’Afrique des Nations (CAN), et la sélection marocaine semble en mesure de remporter la finale face au Sénégal. La CAN est par ailleurs le prélude à la Coupe du Monde que le Maroc organisera en 2030 avec l’Espagne et le Portugal, dont il espère accueillir la finale au Stade Hassan II qui sera, une fois achevé, le plus grand du monde avec une capacité de 115 000 places.
Pourtant, Mohammed VI, 62 ans, n’était pas présent au match d’ouverture et ne s’est pas rendu à la finale. Lors de ces deux rencontres, il a été remplacé par son fils, le prince Moulay Hassan, 22 ans, qui a bénéficié d’un protagonisme exceptionnel durant tout le déroulement de la CAN. À en juger par son comportement, le football a semblé l’enthousiasmer.
Cette absence royale attire l’attention de la presse européenne, notamment française. « Maroc : le roi Mohammed VI, douleurs au dos, absence à la CAN et spéculations sur sa santé », titrait par exemple le quotidien parisien Le Monde. La presse marocaine ignore la disparition du souverain et exalte, au contraire, le rôle du prince héritier. Quelques journaux ont bien mentionné son passage de vacances dans une capitale arabe, mais ils ont reçu des instructions et ont supprimé l’information.
Le 10 janvier, alors que la CAN avait débuté depuis 20 jours, la Maison Royale marocaine a publié un communiqué révélant que le monarque « souffre d’une lumbosciatalgie mécanique, associée à une contracture musculaire, sans signes de gravité », mais nécessitant « un traitement médical adéquat, ainsi qu’une période de repos fonctionnel ». Lahcen Belyamani, le médecin personnel du souverain, signait le texte. La lombo-sciatique mécanique est une douleur lombaire qui se propage vers l’une ou les deux jambes, causée par un problème mécanique de la colonne vertébrale, généralement provoqué par une mauvaise posture ou une surcharge du dos. Elle peut avoir d’autres causes. Elle se soigne avec des analgésiques et des anti-inflammatoires, ainsi qu’en observant un repos relatif, et non total.
Un exil prolongé
Ce que le communiqué n’indique pas, c’est que Mohammed VI a souffert de cette lombo-sciatique alors qu’il était en vacances à l’étranger. Cela lui a offert un prétexte pour ne pas présider la finale de la CAN. Le roi a entamé ses vacances le 5 novembre et s’est rendu successivement à Abou Dhabi, au Caire, à Paris, à Courchevel (Alpes françaises) et à Zanzibar (Tanzanie). Il rentrera au Maroc au plus tard en février, à la veille du Ramadan, le mois de jeûne pour les musulmans. Outre son rôle de chef d’État, il est Commandeur des Croyants, c’est-à-dire le chef spirituel des musulmans marocains. Il ne doit pas s’absenter lors de ces dates empreintes de religiosité.
L’empressement à commencer ses vacances a fait que Mohammed VI s’est absenté du Maroc le 6 novembre, lors de la célébration du 50ème anniversaire de la Marche Verte par laquelle son père, le roi Hassan II, parvint à s’emparer de la majeure partie du Sahara Occidental, qui était alors une colonie espagnole. Juste avant, il avait prononcé un discours pour célébrer l’adoption par le Conseil de sécurité de l’ONU, le 31 octobre, d’une résolution sur le Sahara Occidental très favorable à Rabat. Depuis, il n’a plus été revu.
Ambitions muséales et nouveaux palais
Dans son périple de vacances, on compte deux destinations inhabituelles. La première est le Caire, où il a visité à deux reprises le Grand Musée Égyptien. « Grand amateur d’art et passionné d’égyptologie, le roi nourrit depuis plusieurs années des ambitions muséales pour le royaume, qu’il a affinées au gré de ses voyages et déplacements culturels à l’étranger », souligne la publication française Africa Intelligence. Après avoir inauguré en 2018 le premier train à grande vitesse du continent africain (Tanger-Kénitra) et fait construire à Salé la Tour Mohammed VI, la deuxième plus haute d’Afrique, le monarque souhaiterait disposer d’un grand musée racontant l’histoire de son royaume et exposant certaines de ses plus belles œuvres d’art.
L’autre destination atypique fut Zanzibar, sur l’île principale de laquelle (Unguja) Mohammed VI a acheté en 2016 un palais de style arabe qu’il a récemment fini de réhabiliter. Mohammed VI avait l’habitude de passer de longues périodes dans un autre pays subsaharien, le Gabon, où il possède une résidence à Pointe-Denis. Il a décidé de ne plus y remettre les pieds après le renversement par les militaires, en août 2023, de son ami le président gabonais Omar Bongo.
Rumeurs et santé fragile
Le silence officiel n’empêche pas, une fois de plus, le déchaînement des rumeurs sur la santé délicate du roi, non seulement sur les réseaux sociaux, mais aussi dans les conversations privées. Sa fragilité a été mise en évidence lorsqu’en octobre 2024, il est apparu extrêmement aminci et s’appuyant sur une canne pour marcher. Il s’était déplacé à l’aéroport de Rabat pour recevoir le président Emmanuel Macron. L’explication officielle sur l’usage de la canne n’était pas très convaincante.
Officiellement, Mohammed VI n’a été opéré qu’à quatre reprises. En 2017, on lui a retiré un ptérygion d’une paupière ; en 2018 et 2020, il a subi des interventions par cathéter pour des arythmies cardiaques et, enfin, en décembre 2024, il est retourné au bloc opératoire après s’être fracturé l’humérus en pratiquant du sport. Sa convalescence a duré plusieurs mois.
Dans les cercles de Rabat et les milieux diplomatiques, trois autres maladies dont souffrirait le roi sont évoquées : celle de Hashimoto, qui affecte la thyroïde ; la Bronchopneumopathie Chronique Obstructive (BPCO), qui rend la respiration difficile ; et la sarcoïdose, qui frappe le système immunitaire. La Maison Royale n’a jamais fourni d’informations confirmant ces rumeurs.
Pendant que Mohammed VI était en vacances, lui, son frère et ses trois sœurs ont mis en vente à Neuilly, une banlieue huppée de Paris, deux des propriétés de leur mère, Lalla Latifa Amahzoune, décédée l’année dernière. L’opération a été confiée à l’agence immobilière allemande Engel & Völkers, qui demande 20 millions d’euros pour la plus grande (1 300 mètres carrés) et 7,5 pour la plus petite (500 mètres carrés).
Source : El Confidencial, 18/01/2026
