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Le journal français « Le Monde », dans un long rapport publié hier sur son site Internet, a considéré que la médiation allemande pour la libération de Boualem Sansal revêt des dimensions purement politiques. Elle met clairement en évidence l’incapacité de la France à gérer son différend avec l’Algérie par les canaux bilatéraux traditionnels.
Il est vrai, selon le journal, que la médiation menée par le président allemand Frank-Walter Steinmeier a mis fin à l’un des nombreux dossiers litigieux qui avaient causé une crise aiguë entre Paris et Alger depuis quinze mois. Cependant, elle a démontré l’incapacité de la France à gérer le conflit avec l’Algérie par les canaux bilatéraux traditionnels et l’a contrainte à recourir à une tierce partie de confiance pour le résoudre, en raison de « l’érosion de son influence en Algérie ».
Analysant la situation, le journal affirme que « cette érosion n’est pas récente ni un phénomène nouveau, mais les méthodes adoptées par Bruno Daniel Marie Paul Retailleau au ministère de l’Intérieur ont effectivement paralysé le reste de la coopération fonctionnelle. » Le journal « Le Monde » a reconnu que « le comportement agressif et violent de l’ancien ministre de l’Intérieur envers l’Algérie était justifié, car le résident de la Place Beauvau avait des raisons d’exprimer son mécontentement face à la réalité et à la nouvelle approche algérienne, basée sur le principe du donnant-donnant, concernant la communauté algérienne en France. »
Il est clair, selon l’article, que « ceux qui sont responsables de la diplomatie prudente, qui devrait reposer sur l’efficacité plutôt que sur l’apparat, n’ont repris les rênes qu’après son départ de la Place Beauvau, au centre de Paris. » La preuve irréfutable de ce changement d’approche a été adoptée par son successeur, Laurent Nuñez, qui a manifesté, dès sa prise de fonction, une intention sincère de revoir l’approche actuelle et de réchauffer les relations bilatérales, notamment sur les dossiers de sécurité et d’immigration. Nuñez, qui était l’invité de l’émission politique matinale sur les chaînes « BFMTV » et « RMC » il y a quelques jours seulement, a déclaré que « sa visite potentielle en Algérie pourrait ouvrir une nouvelle page de dialogue », surtout après que « le niveau de détérioration des relations bilatérales ait atteint un seuil inacceptable. »
Lundi dernier, le chef du renseignement extérieur français, Nicolas Lerner, a laissé entendre qu’il existait des « signaux » de la part de l’Algérie indiquant son désir de « reprendre le dialogue » avec Paris, plus d’un an après le déclenchement d’une crise diplomatique profonde entre les deux pays. Lerner a déclaré à France Inter : « Nous avons aujourd’hui des signaux émis par la partie algérienne qui témoignent d’une volonté de renouer le dialogue », précisant qu’il s’agissait de « signaux à la fois publics et non publics. » Il a ajouté : « La France est prête à cela, elle l’a toujours été, tout en rappelant ses exigences, notamment la libération de nos deux concitoyens. »
Le journal « Le Monde » a diagnostiqué avec précision la politique menée par Bruno Retailleau à des fins idéologiques et partisanes, visant à atteindre des objectifs politiques clairs. Il a fait d’une pierre deux coups : cette confrontation lui a permis de remporter la présidence du parti français « Les Républicains » après avoir battu son rival, Laurent Wauquiez, une victoire qui, selon les observateurs, renforcera sa position en tant que candidat potentiel à l’élection présidentielle de 2027. Simultanément, cette politique a accéléré la coupure de toutes les communications avec l’Algérie, laissant divers différends non résolus.
L’attentisme prudent reste de mise, car la crise, selon le journal, « n’est pas encore terminée. » Un ensemble d’obstacles entrave le chemin vers l’entente. Il a cité, par exemple, la question du Sahara occidental. La décision prise par le président français Emmanuel Macron à l’été 2024 concernant cette question et son alignement en faveur du régime marocain a été le véritable déclencheur de la crise grave et profonde avec l’Algérie. C’est ce qu’a reconnu l’ambassadeur de France en Algérie, Stéphane Romatet, il y a deux jours, lors de son passage sur le plateau de « France Info ». Il a déclaré que « la question du Sahara occidental… l’évolution de la position française telle que décidée par le président de la République (française) à l’été 2024, a été effectivement le véritable détonateur de la crise actuelle, qui a conduit à une situation grave et à une crise profonde avec l’Algérie, avant que d’autres facteurs ne viennent s’y ajouter et contribuer à sa prolongation. »
Le journal a également mentionné les dossiers des visas, de la réadmission, de la mémoire historique et des attaques répétées de l’extrême droite française contre l’Algérie actuellement. Le dossier de la mémoire et de l’histoire reste le déterminant principal de la structure et de la nature des relations politiques entre l’Algérie et la France, un dossier extrêmement complexe.
Mais ce qui est certain aujourd’hui, c’est que le nouveau gouvernement cherche à réparer ce que son prédécesseur a gâché, comme l’affirme le professeur Djilali Abdelkader Chékroun. Il dit : « Après la chute du premier gouvernement et le départ de Retailleau, nous constatons que ce gouvernement essaie de réparer ce que le précédent a gâché, car la France a un besoin urgent de l’Algérie. » L’orateur observe actuellement que « l’Union européenne tente d’éviter toute tension avec l’Algérie, surtout si l’on prend en compte la visite attendue du président de la République Abdelmadjid Tebboune en Allemagne, qui pourrait ouvrir de nouvelles perspectives de partenariat. » Cependant, l’intervenant estime que « le retour des relations à leur cours normal dépend du changement des circonstances et d’un ensemble de dossiers, notamment celui de la mémoire et de l’histoire, ainsi que de l’accord de 1968. »
En réponse à une question sur : « Y a-t-il réellement des indicateurs disponibles qui pourraient faire évoluer les relations positivement, ou la situation reste-t-elle négative ? », l’intervenant répond que « l’actuel chef du gouvernement est une personnalité flexible et cherche à normaliser les relations avec l’Algérie. C’est un objectif commun à la plupart des décideurs là-bas, tels que : le ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, et le chef du service de renseignement extérieur, Nicolas Lerner. Tous ont confirmé que le discours de l’ancien ministre français de l’Intérieur avait provoqué une aggravation des relations bilatérales. »
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