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L’Algérie, pionnière oubliée de la reconnaissance d’un état Palestinien : quand Paris rattrape son retard.
Depuis la proclamation historique de l’indépendance Palestinienne à Alger le 15 novembre 1988, l’Algérie s’est positionnée comme un acteur de premier plan dans la défense de la cause Palestinienne. Cette proclamation, portée par Yasser Arafat lors d’un discours solennel, a marqué un tournant international majeur, avec plus de 90 pays reconnaissant aussitôt l’État palestinien.
Trente-sept ans plus tard, la France a annoncé la reconnaissance officielle de la Palestine, sous l’impulsion d’Emmanuel Macron. Cette décision, largement médiatisée, pourrait être perçue comme un geste fort en faveur de la paix au Moyen-Orient. Pourtant, pour beaucoup, elle apparaît davantage comme un rattrapage tardif d’une dynamique initiée bien en amont par l’Algérie, dont l’engagement reste souvent sous-estimé dans les discours occidentaux.
Depuis 1988, Alger n’a cessé de porter la cause palestinienne sur la scène internationale. Ces derniers mois encore, l’ambassadeur Algérien auprès de l’ONU a pris une position ferme au sein du Conseil de sécurité, déposant des résolutions et dénonçant sans détour les violences à Gaza. Contrairement à certaines capitales occidentales, dont Paris, qui ont préféré adopter une posture prudente — parlant d’“appels à la retenue” tout en continuant à entretenir des liens économiques et stratégiques avec Israël de Netanyahou — l’Algérie n’a jamais fait l’impasse sur la dimension politique et morale de ce conflit.
La reconnaissance de la Palestine par la France, bien qu’elle soit un geste diplomatique important, soulève donc la question de son timing et de ses motivations. Certains observateurs y voient une réponse à la pression régionale et internationale, notamment à l’activisme Algérien, plutôt qu’une initiative visionnaire de Paris.
En fin de compte, cette reconnaissance Française ne modifie pas l’histoire ni la chronologie des engagements internationaux. Elle rappelle surtout qu’en matière de diplomatie, la symbolique et le moment comptent autant que l’acte lui-même.
Pour l’Algérie, qui a longtemps tenu le flambeau de la cause Palestinienne malgré les vents contraires, cette initiative Française pourrait apparaître comme un geste bienvenu, mais aussi comme un déplacement opportuniste du crédit diplomatique.
Recap:
5 dates clés de l’engagement pour la Palestine,
1964 – L’Algérie indépendante expulse la mission diplomatique israélienne et reconnaît officiellement l’OLP (Organisation de Libération de la Palestine).
1974 – Alger accueille Yasser Arafat et soutient son intervention historique à l’Assemblée générale de l’ONU, qui accorde à l’OLP un statut d’observateur permanent.
15 novembre 1988 – À Alger, Arafat proclame l’État indépendant de Palestine, reconnu immédiatement par plus de 90 pays. La capitale algérienne devient alors le symbole de la reconnaissance internationale.
2022 – L’Algérie parraine à Alger la réunion de réconciliation inter-palestinienne entre le Hamas et le Fatah.
2023-2024 – Au Conseil de sécurité de l’ONU, l’ambassadeur Algérien mène une campagne active pour dénoncer les crimes à Gaza, déposer des projets de résolution, exiger un cessez-le-feu et protéger les civils palestiniens.
Latifa Kharrat
