Le compte « Jabaroot », d’origine inconnue, n’a pas seulement jeté un pavé dans la mare, il s’est mis à publier des menaces et à dicter des « codes de conduite » aux ministres : Tais-toi, ou je publie d'autres documents, secrets, contrats et scandales…
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Le dimanche matin est lourd, comme d’habitude, alourdi davantage par les documents de “Jabarout”.
Mais laissons de côté les plaintes des employés qui détestent presque tous les jours de la semaine, pas seulement le dimanche…
Ressentez-vous, comme moi, cette odeur qui règne dans l’air marocain ?
Une odeur nauséabonde que tout le monde perçoit, mais que personne n’ose dénoncer, ni même se boucher le nez ou crier : Qu’est-ce qui se passe sur Internet et dans la réalité ?
Des guerres — cachées ou ouvertes — font rage entre les « grands », les « petits », et les intermédiaires : une lutte de chiffres, d’institutions, de services, de documents, de poursuites, de déclarations, d’attaques, et un mélange chaotique inédit dans le Royaume.
Ressentez-vous, comme moi, que l’air est corrompu dans le pays, et que personne ne veut ouvrir les fenêtres pour laisser entrer un vent nouveau, frais et clair après une nuit de vacarme ?
Le compte « Jabaroot », d’origine inconnue, n’a pas seulement jeté un pavé dans la mare, il s’est mis à publier des menaces et à dicter des « codes de conduite » aux ministres : Tais-toi, ou je publie d’autres documents, secrets, contrats et scandales…
« Jabaroot » tyrannise les ministres, les directeurs et les puissants cercles du pouvoir, et eux se murent dans un silence de tombe.
Leur devise : Combien de scandales avons-nous traversé en nous taisant ?
La mémoire du peuple est plus courte que celle d’un poisson rouge.
Demain, l’opinion publique sera distraite par un autre sujet, un autre scandale, relayé par la presse à sensation — la préférée du jeune et « distingué » ministre Bensaïd.
« Jabaroot » s’attaque aux fondements mêmes de la légitimité des décisions publiques, sans qu’aucune voix ne s’élève, sans enquête ni réponse ni réaction. Personne ne vérifie l’authenticité des documents, ni la véracité des contrats, dons, biens, sociétés, crédits ou terrains…
Aucune sanction n’est envisagée contre les élites qui transforment la politique en plus grande bourse du clientélisme au pays.
On s’est totalement habitués à l’impunité, à l’absence d’investigation et de jugement…
Les documents fuités circulent sur les téléphones, sur WhatsApp, et la presse Facebook commente, analyse, et se régale librement, pendant que les médias financés par l’argent public se taisent, enfouissent la tête dans le sable, et pensent que ce dont la télévision, la radio ou la presse officielle ne parle pas… n’existe pas.
En France, on dit : si tu veux enterrer un dossier, crée une commission, nomme-lui un président, un siège et un budget.
Monsieur le Chef du gouvernement, pourquoi ne créeriez-vous pas une commission d’enquête administrative sur les fuites du compte « Jabaroot » ?
- Sont-elles réelles ou non ?
- Légales ou non ?
- Morales ou non ?
D’où provient tout cet argent qui éclipse le soleil ? Et pourquoi maintenant, à la veille d’élections qui ne seront pas comme les précédentes ?
Éclairez-nous, que Dieu vous éclaire.
Le ministre Ouahbi n’a pas tardé à réagir, mais en voulant réparer le vase, il l’a brisé davantage. Il a dit : Je suis prêt à toute vérification fiscale.
Cela signifie que les documents sont vrais, et que ce que publie « Jabaroot » n’est pas faux.
Deuxièmement, cela veut dire que le ministre de la Justice reconnaît qu’il y a un problème réel dans le fait d’avoir caché un milliard de dirhams dans un contrat de donation à son épouse, et d’avoir modifié le chiffre de 11 millions à 1 million de dirhams, ce qui a privé l’administration de l’enregistrement et de la conservation d’une importante somme.
Qu’un ministre fraude le fisc et les droits de l’État mérite une responsabilité politique, avant même fiscale.
Et que fait-on de la déclaration obligatoire du patrimoine à l’entrée et à la sortie du gouvernement, faite sous serment ?
Il était une fois une Constitution adoptée par 98 % du peuple marocain, le 1er juillet 2011.
L’article 36 stipule clairement :
« La loi punit l’abus de pouvoir, les privilèges, les situations de monopole… Elle punit également les conflits d’intérêts et toute infraction financière. »
À ma connaissance, cette Constitution est toujours en vigueur — du moins dans le texte. Quant à l’esprit et à son application, c’est une autre histoire…
En France, pays que nos ministres suivent de près, où certains possèdent appartements et villas, et dont ils admirent la culture, il y a eu Pierre Bérégovoy, ancien Premier ministre.
Il s’est suicidé d’une balle dans la tête en mai 1993, après une campagne de presse acharnée pour avoir contracté un prêt sans intérêt auprès d’un homme d’affaires proche du président Mitterrand.
Le prêt, utilisé pour acheter un appartement à Paris, n’était pas illégal, mais a suffi à briser son image d’homme du peuple intègre.
Il avait 67 ans. On a retrouvé à ses côtés l’arme de son garde du corps. Il a voulu clore le dossier de manière dramatique…
Nous ne voulons pas qu’un de nos ministres imite Bérégovoy.
Mais nous voulons la vérité.
Nous voulons qu’ils prennent leurs responsabilités :
S’excuser, démissionner ou aller en justice.
Ce n’est pas possible qu’un ministre harcèle un journaliste avec 5 procès, et que « Jabarout » tyrannise tous les responsables…
Un peu de sens d’État.
Quand le Maroc a subi les affres du colonialisme après deux défaites humiliantes contre la France (Isly, 1844) et l’Espagne (Tétouan, 1859), peu ont résisté, tandis que la majorité s’est adaptée ou soumise.
C’est ce que nous apprend une histoire absente de nos manuels scolaires.
Cette vérité est utile aujourd’hui pour comprendre la nature de notre peuple :
La majorité s’accommode du désordre. Mais cela ne donne aucune légitimité ni pérennité à la situation actuelle.
Jamais un pays n’a été trop petit pour ses habitants. Ce sont les mœurs des hommes et des femmes qui rétrécissent.
(Pardon au poète pour l’altération de son vers.)
