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Le Mali reconnaît la souveraineté marocaine sur le Sahara : pragmatisme, contradictions et un gendarme à Kayes

Admin 1 mai 2026
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#Mali #Maroc #Sahara_Occidental #Algérie #reconnaissance_de_la_RASD

Un port en construction, une autoroute que personne ne peut protéger et des frontières coloniales qui ne sont sacrées que quand cela arrange.

Il y a quelques années, dans une gendarmerie de la ville de Kayes, dans le sud-ouest du Mali, un gendarme m’a dit quelque chose qui m’est resté gravé : « Un jour, nous aiderons le Maroc à prendre le Sahara occidental. » Il l’a dit naturellement, comme on commente le temps qu’il fait. Et ce n’était pas non plus le commentaire d’un analyste, ni d’un politique ; c’était un policier frontalier qui exprimait une idée qui vit dans une partie de la société malienne et qui, la semaine dernière, est devenue une politique d’État. Le 10 avril, le ministre des Affaires étrangères du Mali, Abdoulaye Diop, a annoncé le retrait de la reconnaissance de la République arabe sahraouie démocratique et le soutien au plan d’autonomie marocain comme « la seule base sérieuse et crédible » pour résoudre le conflit.

La nouvelle, lue depuis l’Europe, ressemble à un mouvement diplomatique mineur. Lue sur le terrain, elle est bien plus que cela.

Ce que gagne le Mali

Le Mali est un pays enclavé. Son commerce international dépend des ports de ses voisins côtiers : Dakar, Abidjan, Lomé et Cotonou. Ou dépendait, car la junte militaire de Bamako a systématiquement dynamité ces trois dernières années les relations avec ces pays. Les coups d’État ont provoqué des sanctions de la CEDEAO, l’expulsion de la France, la rupture avec l’Algérie (dont l’armée a abattu un drone malien à la frontière en 2025, ce qui a entraîné le retrait mutuel des ambassadeurs et une plainte devant la Cour internationale de Justice) et, enfin, la sortie formelle de la CEDEAO en janvier 2025, aux côtés du Burkina Faso et du Niger. Le Mali s’est retrouvé seul. Et un pays sans littoral qui se dispute avec tous ceux qui ont une côte a besoin de trouver un nouveau débouché.

C’est là qu’apparaissent le Maroc et l’Initiative atlantique. Annoncé par Mohammed VI en 2023, le projet propose de relier les pays du Sahel à l’océan par des routes, des chemins de fer et, surtout, le mégaport de Dakhla, en construction au Sahara occidental, avec un investissement de plus de 1,2 milliard d’euros et une capacité prévue de 35 millions de tonnes par an. Pour le Mali, Dakhla est une alternative réelle aux ports de la CEDEAO. Mais Dakhla se trouve sur un territoire administré par le Maroc bien que l’ONU le considère toujours comme en instance de décolonisation. Utiliser ce port implique, de fait, d’accepter la souveraineté marocaine. La reconnaissance formelle que vient de faire le Mali ne fait que mettre en noir sur blanc ce que la dépendance commerciale avait déjà scellé.

Il y a plus. Le Maroc offre au Mali des bourses universitaires via l’Agence marocaine de coopération internationale, qui accueille chaque année des milliers d’étudiants subsahariens. C’est de la coopération réelle : du soft power pur et simple. Et à un moment où la junte de Bamako cherche à se légitimer auprès de sa propre population, avoir un allié qui ne lui demande ni élections ni démocratie en échange d’aide est un luxe que peu offrent.

Et puis il y a l’Algérie. La reconnaissance du Sahara marocain n’est pas seulement un geste envers Rabat, c’est aussi une gifle à Alger, principal soutien du Front Polisario et avec qui le Mali entretient une crise ouverte depuis cet abattage de drone à la frontière. Soutenir le Maroc sur le Sahara est, pour Bamako, une manière de consolider une alliance et de punir un ennemi à la fois.

Quels risques il assume et quelles contradictions il recueille

Le premier risque est évident. L’Initiative atlantique promet des milliers de kilomètres de routes à travers le Sahara et le Sahel. Mais ces voies traverseraient certaines des zones les plus dangereuses de la planète. Ces six derniers mois, la filiale d’Al-Qaïda au Sahel (JNIM) a bloqué des routes et coupé l’approvisionnement en carburant à tel point qu’aujourd’hui, l’approvisionnement des principales villes maliennes dépend en pratique de la tolérance des djihadistes. En février 2025, par exemple, une attaque a visé Zantiguila, le dernier poste de contrôle avant Bamako. Ce même jour, le convoi du ministre de l’Éducation a été pris pour cible entre Bamako et Sikasso. Le Burkina Faso a enregistré 399 morts dus au terrorisme rien qu’en février 2026. Si ces pays ne peuvent pas protéger les routes qu’ils possèdent déjà, qui protégera une autoroute transsaharienne jusqu’à Dakhla ? Le Maroc peut construire le port le plus moderne d’Afrique, mais si les marchandises n’arrivent pas, le projet ne fonctionnera pas.

Le deuxième risque est politique et, peut-être, plus profond. La junte militaire malienne se présente comme une rupture avec l’ordre colonial français. Mais l’intégrité territoriale qu’elle défend contre la sécession touarègue de l’Azawad est précisément un héritage colonial : les frontières qui attachent les Touaregs au Mali ont été tracées par la France sans consuler personne. Les Touaregs réclament depuis les années 1960 un territoire propre qui occuperait 72 % de la superficie actuelle du Mali. Et Bamako leur a toujours répondu la même chose, que les frontières sont sacrées, que l’intégrité territoriale est innegociable. Et pourtant, elle vient d’approuver que le Maroc garde un territoire que l’ONU considère comme en instance de décolonisation. Pourquoi les frontières coloniales sont-elles sacrées quand elles protègent le Mali… mais négociables quand elles avantagent le Maroc ?

Et s’ajoute une ironie supplémentaire que peu mentionnent. Le projet historique du Grand Maroc, formulé par l’idéologue Allal El Fassi (et qui inspire les revendications territoriales marocaines), ne comprend pas seulement le Sahara occidental, mais aussi le nord du Mali, avec Tombouctou comme noyau. Le Mali vient de valider l’expansion territoriale d’un pays dont la carte nationaliste revendique une partie du territoire malien. C’est une hypothèse lointaine et que personne à Bamako ne semble envisager. Mais le précédent est là.

Il est possible que le gendarme de Kayes n’ait jamais pensé à tout cela. Lui voyait le Maroc comme un allié naturel. Il avait peut-être raison. Mais les alliances ont un prix, toujours, et parfois ce prix met du temps à se voir. »

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