Dans tous les scénarios possibles, le Maroc perd la bataille du récit. Le simple fait que la République sahraouie participe à cette course électorale face au Maroc change les règles du jeu et dévoile la fragilité de la propagande makhzénienne. La candidature de la République sahraouie au Conseil de paix et de sécurité constitue un droit fondamental garanti par les lois de l’Union africaine à tous les États membres, en vertu de l’égalité de leurs droits et devoirs.
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Par : Reda Chennouf
La présentation par la République arabe sahraouie démocratique de sa candidature à l’adhésion au Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine pour la période 2026-2028 constitue une étape politique d’une importance majeure. Elle transforme la course des pays d’Afrique du Nord pour ce siège en l’un des scrutins politiques les plus sensibles et les plus influents de l’histoire récente de l’Union africaine.
Ces élections doivent se tenir lors de la session ordinaire du Conseil exécutif de l’Union africaine en février 2026, dans la capitale éthiopienne Addis-Abeba. La République sahraouie y affrontera le Royaume du Maroc et l’État de Libye pour le siège réservé à la région Nord, tandis que d’autres pays des quatre régions restantes se disputeront des postes au sein du même Conseil.
Au-delà des résultats procéduraux du vote, diplomates et observateurs s’accordent à dire que la République sahraouie a d’ores et déjà engrangé un gain politique et stratégique du seul fait de son entrée dans cette compétition. Pour la première fois, le Maroc, qui s’est longtemps appliqué à affirmer que la République sahraouie n’existait pas, se trouve contraint de l’affronter directement dans un processus électoral officiel au sein de l’Union africaine. Une démarche qui met à nu les contradictions de son récit propagandiste, longtemps utilisé pour tromper son opinion publique interne — aujourd’hui absorbée par les compétitions de football africain — ou pour désorienter l’opinion internationale, ce qui est le plus grave.
La compétition pour l’adhésion au Conseil de paix et de sécurité africain revêt ainsi un caractère exceptionnel, non seulement par son intensité, mais aussi parce qu’elle oppose frontalement deux parties antagonistes dans l’un des derniers dossiers de décolonisation inachevés du continent africain. La position marocaine, fondée sur la négation de l’existence de la République sahraouie, se heurte aujourd’hui à une réalité institutionnelle incontournable : la République sahraouie est officiellement candidate, reconnue au sein du système de l’Union africaine et traitée sur un pied d’égalité procédurale avec les autres États en lice pour l’un des postes les plus importants de prise de décision sur le continent.
Sur le plan diplomatique, cette candidature sahraouie porte un coup sévère à l’image du Maroc et à la crédibilité de sa propagande au niveau continental. En s’engageant dans une course électorale où il affronte directement la République sahraouie, il l’accepte implicitement comme adversaire et comme pair politique, ce que nombre de diplomates et d’analystes africains considèrent comme une remise en cause dangereuse d’un récit qui a perduré pendant des décennies.
La plupart des analystes estiment que les différents scénarios possibles des résultats électoraux, malgré leurs divergences, convergent vers un dénominateur commun : l’érosion politique de la position marocaine. En cas de victoire du Maroc, soulignent certains analystes, cela ne constituerait en aucun cas une défaite politique pour la République sahraouie, la perte d’un scrutin faisant partie intégrante de la vie institutionnelle normale au sein de l’Union africaine.
Il convient de rappeler à cet égard que le Maroc lui-même a essuyé deux revers notables lors du sommet de l’Union africaine de 2025, face à des candidatures algériennes, tant pour le Conseil de paix et de sécurité que pour le poste de vice-président de la Commission de l’Union.
Plus encore, toute victoire marocaine aurait été obtenue face à une République dont le Maroc affirme qu’elle n’existe pas, ce qui signifie, en pratique, que Rabat ne peut célébrer son succès qu’après avoir reconnu, fût-ce implicitement, la légitimité et la parité de son concurrent — une contradiction flagrante qui démolit des décennies de politique de déni.
Si, en revanche, la République sahraouie parvenait à remporter le siège — un scénario difficile mais nullement impossible — les répercussions seraient plus profondes et plus sévères pour le Maroc. Celui-ci subirait alors une double défaite : une perte électorale au sein de l’Union africaine et une défaite symbolique face à l’État même avec lequel il affirmait ne devoir ni rivaliser ni s’asseoir sur quelque tribune continentale ou internationale que ce soit. Un tel événement aurait un large retentissement au-delà d’Addis-Abeba, renforçant la légitimité de la République sahraouie et révélant les limites de l’influence diplomatique marocaine supposée, dont beaucoup connaissent les méthodes — pressions, chantage et pots-de-vin.
Même dans le troisième scénario possible, où ni le Maroc ni la République sahraouie ne remporteraient le siège en raison de l’obtention par l’un d’eux du tiers de blocage des voix, la symbolique négative persisterait pour Rabat. Dans ce cas, le Maroc pourrait être perçu comme évincé ou neutralisé du fait de la présence sahraouie, ce qui réaffirmerait que la République sahraouie est devenue un acteur décisif au sein des mécanismes de l’Union africaine.
Dans tous les scénarios possibles, le Maroc perd la bataille du récit. Le simple fait que la République sahraouie participe à cette course électorale face au Maroc change les règles du jeu et dévoile la fragilité de la propagande makhzénienne. La candidature de la République sahraouie au Conseil de paix et de sécurité constitue un droit fondamental garanti par les lois de l’Union africaine à tous les États membres, en vertu de l’égalité de leurs droits et devoirs. Dans le cas sahraoui, cette candidature s’appuie également sur un engagement historique profond envers les principes de l’unité africaine, de la paix et de la justice.
Il convient de rappeler dans ce contexte que la République sahraouie est restée un membre fidèle et principiel de l’organisation continentale depuis son adhésion en 1982, sans jamais dévier de son attachement aux valeurs fondatrices de l’Afrique et à sa vision collective. Elle a contribué, au fil des décennies, à la construction du projet africain et a participé à l’édification et au développement de l’Union africaine, de ses institutions, de ses cadres politiques et de ses programmes communs, en défense de la paix, de l’unité et du droit des peuples à l’autodétermination.
À l’inverse, le Maroc s’est retiré de l’organisation africaine en 1984, à l’une des périodes les plus sensibles de l’histoire contemporaine du continent, préférant l’isolement à la solidarité continentale. Durant ses longues années d’absence, il s’est distingué par son opposition régulière aux initiatives africaines et par son action contre les positions communes du continent, allant jusqu’à chercher à lancer des initiatives parallèles et antagonistes au processus africain collectif.
En conclusion, indépendamment des résultats finaux du vote, la candidature de la République sahraouie revêt une portée politique profonde. Elle réaffirme les principes fondamentaux de l’Union africaine — la décolonisation, le droit à l’autodétermination et l’égalité souveraine entre les États — et adresse un message clair : la République sahraouie a d’ores et déjà assuré sa place au cœur du débat africain sur les questions de paix et de sécurité.
Source : El Khabar, 15/01/2026
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