La Résolution 2797 (2025), une trahison au Sahara Occidental (OUSA)

La Résolution 2797 doit également être contextualisée dans le cadre des alliances régionales plus larges et des efforts de normalisation. Le rôle stratégique du Maroc dans les Accords d'Abraham, le pacte de normalisation négocié par les États-Unis avec Israël, a reconfiguré la carte politique de l'Afrique du Nord. Les liens diplomatiques et de sécurité du Maroc avec Israël renforcent la surveillance, la prolifération des armes, le partage de renseignements et la légitimité internationale perçue.

La résolution du Conseil de sécurité de l’ONU, une trahison du Sahara occidental

Par Zeenat Adam

Fin octobre 2025, le Conseil de sécurité des Nations Unies a adopté la Résolution 2797, renouvelant le mandat de la Mission des Nations Unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO).

Sur le papier, il s’agit d’une continuation du maintien de la paix, tandis qu’en pratique, cela signale un profond changement pour le droit à l’autodétermination du peuple sahraoui, qui a été subordonné à la géopolitique, aux alliances régionales et aux intérêts économiques.

La MINURSO a été initialement créée en 1991 non seulement comme force de maintien de la paix, mais aussi comme mission de l’ONU chargée de superviser et d’organiser un référendum permettant au peuple sahraoui de choisir entre l’indépendance et l’intégration au Maroc.

Ce référendum, l’instrument par lequel les Sahraouis croyaient pouvoir enfin réaliser une décolonisation complète, est désormais éteint.

Avant le vote sur la Résolution, l’Envoyé personnel du Secrétaire général de l’ONU, Staffan de Mistura, a consulté l’Algérie, la Mauritanie, le Maroc et le Front Polisario, en plus d’autres membres du Conseil de sécurité.

Il a rapporté au Conseil que le Maroc réaffirmait que son plan d’autonomie devait servir de base aux négociations sur une solution permanente, tandis que le Front Polisario maintenait que le Plan de Règlement proposé conjointement par l’ONU et l’Organisation de l’unité africaine (OUA) de l’époque, qui appelle à l’autodétermination par un référendum, devait servir de cadre de référence unique pour les pourparlers. La Résolution 2797, cependant, a approuvé le plan marocain de 2007 qui propose une forme d’autonomie pour la région, tout en affirmant que la région reste une partie intégrante du Maroc. Le plan est renforcé par le « plan de paix » des États-Unis, qui garantit une autonomie limitée sous souveraineté marocaine mais exclut l’indépendance.

La fonction de la MINURSO est réduite à celle de surveiller le cessez-le-feu, présidant à une impasse, tandis que son mandat fondamental de permettre une véritable autodétermination a été vidé de sa substance.

En réponse à l’adoption de la Résolution, le Roi du Maroc, Mohammed VI, a annoncé que le Maroc allait « mettre à jour et élargir » le plan d’autonomie, marquant ce qu’il a décrit comme « la phase décisive » du processus mené par l’ONU.

Une paix fracturée et une guerre qui se poursuit

Bien que le cessez-le-feu de 1991 ait nominalement mis fin aux hostilités, le Front Polisario a déclaré la fin de la trêve en novembre 2020, invoquant des « provocations » marocaines après des incursions marocaines dans la zone tampon de Guerguerat.

Depuis lors, le conflit couve comme une guerre de faible intensité, avec des escarmouches intermittentes, notamment des échanges de missiles près de Mahbès en 2024, des attaques près d’Agouint en 2025 et des tirs de roquettes autour d’Esmara en juillet 2025.

Ces incidents soulignent que la lutte sahraouie reste active et que la « paix » dans le cadre de l’ONU est fragile et largement symbolique. La réponse sahraouie à la Résolution 2797 a été sans équivoque. Les camps de réfugiés à Tindouf (Algérie) et les territoires occupés ont été le théâtre de vastes manifestations, notamment de la part des femmes.

Le communiqué du Front Polisario après le vote a dénoncé la résolution comme une « dangereuse déviation de la légalité internationale » et a réaffirmé le « droit irréversible à l’indépendance » du peuple sahraoui. L’Algérie a boycotté le vote, tandis que la Russie, la Chine et le Pakistan se sont abstenus, signalant des fractures dans le consensus mondial et un profond malaise face au récit « d’autonomie » américano-marocain.

Maroc, Israël et la réplication des modèles coloniaux

La Résolution 2797 doit également être contextualisée dans le cadre des alliances régionales plus larges et des efforts de normalisation. Le rôle stratégique du Maroc dans les Accords d’Abraham, le pacte de normalisation négocié par les États-Unis avec Israël, a reconfiguré la carte politique de l’Afrique du Nord. Les liens diplomatiques et de sécurité du Maroc avec Israël renforcent la surveillance, la prolifération des armes, le partage de renseignements et la légitimité internationale perçue.

En échange de la reconnaissance formelle de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, Rabat a normalisé ses relations avec Israël, ouvrant la voie à la coopération en matière de renseignement, au commerce des armes, aux échanges de technologie de drones et aux coentreprises économiques.

Ces alliances, combinées à l’occupation en cours, à l’ingénierie démographique via la migration de colons et à l’intégration économique des ressources du Sahara occidental, reflètent un manuel colonial classique : surveillance, occupation, exploitation économique et déplacement démographique.

Comme en Palestine, les colonisés sont présentés comme des obstacles à la paix ; une inversion discursive qui légitime la dépossession sous couvert de sécurité. Les deux cas exposent la géographie morale sélective du droit international : alors que les mêmes puissances condamnent l’annexion russe de la Crimée, elles restent silencieuses sur l’annexion marocaine du Sahara occidental et l’expansion des colonies israéliennes en Palestine. Cette incohérence juridique érode le fondement même de l’ordre international d’après 1945 et sape l’engagement de la Charte de l’ONU en faveur de l’autodétermination.

La pensée décoloniale africaine et la trahison du projet de libération

À travers le continent, des voix au sein de l’Organisation de l’unité syndicale africaine (OUSA) et de l’Union africaine (UA) ont réaffirmé leur solidarité avec la cause sahraouie, la considérant comme fondamentale pour la libération inachevée de l’Afrique. Le communiqué de l’OUSA a condamné l’exploitation économique des ressources sahraouies et l’utilisation de la main-d’œuvre africaine pour soutenir les économies d’occupation.

Le Conseil de paix et de sécurité de l’UA a réitéré que le Sahara occidental demeure un Territoire non autonome, mettant en garde contre les « pactes externes qui légitiment le contrôle colonial ». L’UA a appelé à plusieurs reprises à des efforts renouvelés pour résoudre le conflit, se conformer aux normes de décolonisation et garantir que la voix du peuple sahraoui soit entendue. En 2016, la commission de l’UA a déclaré que « l’Afrique ne sera pas libre tant que la dernière de ses colonies, le Sahara occidental, ne sera pas libérée, libre et indépendante. »

Cette déclaration est intervenue à un moment où le Maroc était suspendu de l’UA et cherchait à récupérer son siège, au milieu d’une opposition menée en grande partie par l’Afrique du Sud et l’Algérie.

Ces positions s’inspirent directement de la tradition intellectuelle de la pensée décoloniale africaine – de l’avertissement de Nkrumah contre le « néocolonialisme sous son apparence moderne » à l’insistance de Cabral sur le fait que la libération est politique et matérielle. L’impasse du Sahara occidental expose la manière dont l’agenda de la décolonisation a été coopté par le multilatéralisme néolibéral, où le langage de la paix masque la persistance de l’empire.

L’érosion du droit international

En prolongeant le mandat de la MINURSO sans faire avancer son référendum, l’ONU risque de légitimer l’occupation comme statu quo. Le droit international, autrefois le bouclier moral des faibles, est sabordé par une application sélective.

L’avis consultatif de la Cour internationale de Justice de 1975 a affirmé qu’aucun lien de souveraineté n’existait entre le Maroc et le Sahara occidental, pourtant 50 ans plus tard, les actions de l’ONU contredisent ce jugement par une diplomatie procédurale.

La Résolution 2797 rejoint ainsi une liste croissante d’instruments internationaux, des Accords d’Oslo aux Accords d’Abraham, qui remplacent la justice par l’endiguement. Le prix de la « stabilité » est la normalisation du colonialisme.

L’avenir de la décolonisation

La question sahraouie n’est pas simplement un problème nord-africain ; c’est un miroir de la lutte contemporaine du Sud global pour la justice dans un monde où le projet de décolonisation est au point mort. Si l’ONU ne peut pas faire respecter ses propres principes juridiques au Sahara occidental, que reste-t-il de l’ordre juridique international ?

La Résolution 2797 maintient un calme fragile qui masque une injustice systémique, la paix de la soumission, et non de la libération. En fin de compte, la lutte du peuple sahraoui fait écho à celle de la Palestine, toutes deux étant des témoignages durables de l’alliance non tenue du droit international et du rêve différé de l’Afrique d’une décolonisation complète.

Source : Mail & Guardian, 21/11/2025

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