Sahara Occidental : Quand le Maroc met tous ses œufs dans le panier d’un président fou

Le Maroc hésite : officialiser une telle dénomination alors que le conflit du Sahara Occidental n'est pas définitivement clos sur le plan international s'apparente à une surenchère risquée. Pour la diplomatie marocaine, il aurait été plus judicieux de réserver un tel honneur pour l'après-conflit, une fois le dossier scellé de manière irréversible. L'initiative s'apparente ainsi davantage à un nouvel épisode de flatterie destiné à s'assurer les faveurs d'un homme imprévisible qu'à une décision mûrement mûrie.

Tiznit-Dakhla aux couleurs de Trump : le silence embarrassé de Rabat

Alors que Donald Trump et son ambassadeur s’enthousiasment pour le baptême de la voie express Tiznit-Dakhla au nom du président américain, Rabat s’enferme dans un muet absolu. Derrière ce silence médiatique, c’est l’embarras d’un Royaume qui réalise les risques de tout miser sur un dirigeant controversé pour le dossier du Sahara Occidental.

C’est une séquence diplomatique aussi bruyante d’un côté de l’Atlantique que silencieuse de l’autre. Sur son réseau social, Donald Trump s’est empressé de remercier le roi Mohammed VI pour l’attribution de son nom à la route express reliant Tiznit à Dakhla — le plus long axe routier à deux voies du Maroc. Dans la foulée, l’ambassadeur américain à Rabat s’est félicité publiquement de cet hommage.

Pourtant, au Maroc, aucune confirmation officielle n’a vu le jour.

Un mutisme médiatique révélateur d’une gêne diplomatique

Ce black-out total frappe par son caractère inhabituel. L’agence de presse officielle (MAP), habituellement prompte à relayer le moindre compliment international envers le Royaume — fût-il anecdotique ou purement flatteur —, n’a pas consacré une seule ligne à l’événement. Même constat sur l’ensemble des chaînes publiques sous la direction de Fayçal Laâraichi, de Rabat à Laâyoune.

Ce silence radio n’est pas un simple retard de communication ; il traduit un profond malaise. En acceptant de lier un axe routier hautement symbolique traversant les provinces du Sud au nom de Donald Trump, Rabat s’expose au reproche d’avoir placé tous ses œufs dans le même panier sur la question stratégique du Sahara Occidental. Un pari diplomatique audacieux, mais de plus en plus lourd à assumer.

Gonfler l’ego de Trump : la stratégie du retardement

En réalité, l’annonce prématurée de Trump illustre une fois de plus son goût immodéré pour la mise en scène et son incapacité à garder une information confidentielle dès lors qu’elle flatte son ego démesuré. Le président américain et son diplomate ont devancé l’agenda marocain, qui aurait probablement préféré garder cette carte pour une cérémonie officielle ou un discours royal.

Mais sur le fond, Rabat hésite : officialiser une telle dénomination alors que le conflit du Sahara Occidental n’est pas définitivement clos sur le plan international s’apparente à une surenchère risquée. Pour la diplomatie marocaine, il aurait été plus judicieux de réserver un tel honneur pour l’après-conflit, une fois le dossier scellé de manière irréversible. L’initiative s’apparente ainsi davantage à un nouvel épisode de flatterie destiné à s’assurer les faveurs d’un homme imprévisible qu’à une décision mûrement mûrie.

Le risque d’un président « grillé »

L’embarras marocain s’explique enfin par l’image profondément détériorée de Donald Trump sur la scène internationale. Alors que la figure du président américain est désormais associée aux scandales et que beaucoup anticipent une fin de mandat entachée par de lourdes condamnations politiques, voire judiciaires pour des atteintes aux droits humains et crimes contre l’humanité, l’associer durablement aux grandes infrastructures nationales devient un handicap lourd à porter.

En refusant de relayer l’annonce, le pouvoir marocain tente de prendre ses distances avec un dirigeant au crépuscule politique contesté, rappelant en coulisses qu’en diplomatie, l’excès de dépendance envers un seul homme — particulièrement lorsqu’il est contesté et imprévisible — finit toujours par se payer au prix fort.

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