Contrairement au Mondial 2022, l’équipe du Maroc n’a pas brandi le drapeau palestinien en 2026

Alors que la cause palestinienne avait été portée par les joueurs eux-mêmes sur la pelouse au Qatar en 2022, l’édition 2026 en Amérique du Nord marque un tournant : la mobilisation est désormais portée exclusivement par les supporters dans les tribunes et les espaces publics.

La Coupe du monde de la FIFA 2026, coorganisée par les États-Unis, le Canada et le Mexique, restera gravée comme un tournoi de fortes expressions géopolitiques dans les tribunes. Tout au long de la compétition, les travées des stades nord-américains ont vibré au rythme des revendications politiques, des appels à la paix et des manifestations de solidarité envers le peuple palestinien. Cependant, une rupture majeure s’est opérée par rapport à l’édition précédente : contrairement au Mondial 2022 au Qatar, où les joueurs de certaines équipes nationales – à l’instar des Lions de l’Atlas marocains – avaient fièrement brandi le drapeau palestinien sur la pelouse après leurs victoires, les sélections nationales sont restées cette fois-ci en retrait, laissant le monopole de la contestation et du soutien à leurs supporters.

Le contraste saisissant entre Doha 2022 et le Mondial nord-américain 2026

Il y a quatre ans, le Mondial 2022 au Qatar avait été qualifié par de nombreux observateurs de « Coupe du monde de la Palestine ». Scène mémorable parmi tant d’autres, les joueurs de l’équipe nationale du Maroc, après leurs exploits historiques contre l’Espagne ou le Portugal, s’étaient photographiés au centre du terrain en déployant l’étendard palestinien. Cet acte fort, émanant directement des acteurs du jeu, symbolisait une communion politique inédite sur la plus grande scène sportive du monde.

En 2026, la configuration a radicalement changé. Si la dépêche de l’Agence Anadolu souligne que de nombreuses sélections nationales (comme la Türkiye, l’Espagne, l’Écosse, la Bosnie-Herzégovine, le Maroc, le Sénégal, l’Algérie, l’Égypte ou l’Iran) ont « affiché publiquement leur soutien à la Palestine », ce soutien s’est exprimé par des canaux institutionnels, des déclarations ou des positions de fédérations, et non plus par des gestes directs des joueurs sur le terrain. L’équipe nationale n’a pas réitéré l’image forte de 2022 : aucun drapeau palestinien n’a été brandi par les athlètes sur la pelouse à l’issue des rencontres.

Cette absence d’activisme direct des joueurs sur le terrain peut s’expliquer par le contexte géopolitique strict des pays hôtes (États-Unis en tête) et le durcissement des directives de la FIFA concernant les messages politiques sur les équipements et les pelouses. Face aux risques de sanctions sportives ou financières, le rectangle vert est resté neutre, déplaçant toute l’intensité du message politique vers les tribunes et les places publiques.

Les supporters reprennent le flambeau dans les stades et dans la rue

Si le terrain s’est tu, les tribunes, elles, ont parlé d’une voix forte. De New York à Los Angeles, en passant par Seattle, les supporters du monde entier ont transformé les espaces de la Coupe du monde en tribunes politiques.

Au New York New Jersey Stadium, le soutien marocain s’est manifesté de manière spectaculaire. Dès le premier match du groupe C face au Brésil (1-1), puis lors du seizième de finale contre les Pays-Bas, les supporters des Lions de l’Atlas ont déployé un immense drapeau palestinien derrière l’un des buts. Avant même les rencontres, les places publiques américaines, notamment le célèbre Times Square à New York, s’étaient transformées en rassemblements de solidarité où résonnaient des slogans tels que « Free Palestine ».

Ce phénomène ne s’est pas cantonné aux supporters des pays arabes ou musulmans :

  • En Türkiye : Lors de la victoire de la sélection turque face aux États-Unis (3-2) dans le groupe D, un supporter a agité le drapeau palestinien derrière le but pendant les 90 minutes de jeu, apparaissant de manière répétée sur les écrans de retransmission mondiaux.
  • En Allemagne : Durant le seizième de finale opposant la Mannschaft au Paraguay, une famille palestino-américaine a fièrement arboré les couleurs de la Palestine, déclarant : « Nous célébrons la Palestine tout au long de cette Coupe du monde. Ils ne nous arrêteront jamais. »
  • En Bosnie-Herzégovine : Profondément marqués par le génocide subi entre 1991 et 1995, les supporters bosniens ont déployé à Los Angeles une banderole explicite : « Soutien à la Palestine depuis Sarajevo », traçant un parallèle mémoriel entre leur histoire et la situation actuelle dans la bande de Gaza.
  • En France et au Brésil : Qu’il s’agisse du match France–Sénégal ou du cortège brésilien avant le match contre le Japon, des supporters isolés mais visibles ont brandi l’étendard palestinien, prouvant l’universalité de la mobilisation au-delà des frontières confessionnelles ou régionales.

Un contexte alourdi par plus de deux ans de conflit

Cette omniprésence du débat palestinien dans les coulisses du Mondial 2026 s’inscrit dans un contexte humanitaire et politique extrêmement lourd. Contrairement à 2022, le tournoi s’est déroulé alors que le conflit à Gaza dure depuis plus de deux ans, marqué par des accusations de génocide et une situation de famine généralisée.

La campagne internationale visant à « montrer un carton rouge à Israël » a trouvé un écho retentissant auprès des clubs de football et des supporters durant le tournoi. Les militants rappellent qu’en deux ans, plus de 1 000 sportifs, majoritairement des footballeurs, ont perdu la vie sous les bombardements israéliens, et près de 300 infrastructures sportives ont été détruites. Plusieurs nations engagées, menées par la Türkiye, ont d’ailleurs profité de la vitrine du Mondial pour accentuer la pression internationale en réclamant l’exclusion pure et simple d’Israël de toutes les instances sportives internationales.

Sur le plan strictement sportif, ni la Palestine (éliminée en qualifications de la zone Asie après avoir dû jouer ses matchs à domicile sur terrain neutre) ni Israël n’ont réussi à se qualifier pour la phase finale. Mais à défaut d’une présence athlétique, l’ombre du Proche-Orient aura plané sur l’intégralité du Mondial américain.

En définitive, le Mondial 2026 consacre une externalisation de la politique hors du jeu : là où les joueurs du Mondial 2022 avaient brisé les codes en s’appropriant la cause palestinienne short aux cuisses, l’édition 2026 montre des équipes nationales disciplinées sur le terrain, tandis que le public, souverain dans les tribunes, s’est chargé de rappeler au monde entier que le football ne peut totalement s’abstraire des tragédies humaines.

Avec Anadolu

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