Sahara occidental : L’Algérie accepterait un référendum, mais ne « tendrait pas l’autre joue » (Bouteflika à Washington).

Le câble révèle que Bouteflika a présenté la question comme relevant du droit international, rappelant que le Sahara occidental figurait à l'ordre du jour des Nations unies depuis les années 1970. Il a tracé une ligne rouge concernant les négociations, insistant sur le fait que l'Algérie n'agirait pas comme partenaire négociateur au nom des Sahraouis avec la France, l'Espagne, les États-Unis, ni même avec le Maroc directement, mais qu'elle continuerait de défendre le droit à l'autodétermination.

Lors d’une rencontre marquée par une franchise diplomatique brutale et des références bibliques, le défunt président algérien Abdelaziz Bouteflika a exposé sans ambages la position inflexible de son gouvernement sur le Sahara occidental à une délégation américaine de haut rang en août 2005. Les discussions, révélées par un câble diplomatique publié en 2005, ont eu lieu à la veille de la libération humanitaire des 404 derniers prisonniers de guerre marocains, une mission menée par le sénateur Richard Lugar, alors président de la Commission des relations étrangères du Sénat américain.

Selon le câble confidentiel, le président Bouteflika a assuré sans équivoque au sénateur Lugar, le 18 août, que le conflit du Sahara occidental ne serait « jamais un casus belli pour l’Algérie ». Il a toutefois simultanément précisé que si le Front Polisario choisissait de reprendre les armes, il en aurait le droit, à condition que ce soit « sur son propre territoire » — une réserve qui les empêcherait d’utiliser l’Algérie comme base arrière pour des opérations militaires. La source ajoute que si l’Algérie ne se laisserait pas entraîner dans une guerre, le droit du Polisario à l’autodétermination n’était pas négociable.

Les échanges ont été largement dominés par la frustration de Bouteflika face à l’enlisement du processus de paix. Il a rappelé son engagement pris en 2001 auprès du président George W. Bush de coopérer avec l’ancien secrétaire d’État américain James Baker. Bouteflika a souligné que l’Algérie avait effectivement accepté le Plan Baker, mais que le processus s’était effondré après la démission de ce dernier, laissant, selon les termes du président algérien, un « vide qui n’a jamais été comblé ».

L’échange le plus saisissant, cependant, a porté sur les relations bilatérales avec le Maroc. Bouteflika a vivement critiqué le gouvernement marocain pour l’annulation de dernière minute d’une réunion prévue entre son Premier ministre et le roi Mohammed VI à Rabat plus tôt dans l’année. Selon la source, le président algérien a jugé inacceptable de « traiter les relations diplomatiques de manière aussi irresponsable ». Dans une remarque particulièrement incisive, Bouteflika a balayé les conseils des présidents Bush et Chirac, qui l’encourageaient à faire preuve de clémence envers le jeune roi, déclarant : « Je ne suis pas Jésus-Christ et ne tends pas l’autre joue ». Il a insisté sur le fait que, si l’Algérie était prête à discuter d’« intérêts objectifs » avec le Maroc, Rabat devait faire preuve de « sérieux » et que « l’Algérie accepterait les résultats d’un référendum » sur le statut du territoire.

Le sénateur Lugar, dépêché dans le cadre d’une mission présidentielle pour superviser la libération des prisonniers de guerre, a exhorté les deux pays à rouvrir la frontière terrestre et à renouer le dialogue au plus haut niveau. La délégation, qui comprenait le commandant suprême des forces alliées en Europe, le général James Jones, a plaidé pour une relance du processus de paix afin de sortir de l’impasse de ce conflit vieux de plusieurs décennies.

Le câble révèle que Bouteflika a présenté la question comme relevant du droit international, rappelant que le Sahara occidental figurait à l’ordre du jour des Nations unies depuis les années 1970. Il a tracé une ligne rouge concernant les négociations, insistant sur le fait que l’Algérie n’agirait pas comme partenaire négociateur au nom des Sahraouis avec la France, l’Espagne, les États-Unis, ni même avec le Maroc directement, mais qu’elle continuerait de défendre le droit à l’autodétermination.

Contexte historique

Le conflit du Sahara occidental, né du retrait de l’Espagne du territoire en 1975, est depuis longtemps une source de tension entre le Maroc et l’Algérie. Rabat considère la région comme faisant partie intégrante de sa souveraineté, tandis qu’Alger soutient la quête d’indépendance du Front Polisario. La libération des prisonniers de guerre a constitué une rare victoire humanitaire, mais l’impasse politique est restée profonde, Alger refusant de s’engager dans des négociations directes avec Rabat tant que le « cadre onusien » n’est pas pleinement respecté.

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