Selon un organe de presse proche du palais royal, la Mission des Nations Unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO) a annoncé la fermeture de son centre médical. Une vingtaine de professionnels de santé – médecins, infirmiers et personnels soignants – ont quitté définitivement les quartiers généraux de la mission Dans un contexte de restrictions budgétaires.
Cette décision, présentée comme une « rationalisation des dépenses » et un « redéploiement stratégique », s’inscrit dans une vaste réorganisation interne. Selon des sources onusiennes, l’objectif est double : recentrer les capacités sur les priorités opérationnelles absolues et optimiser les ressources humaines et logistiques.
Jusqu’alors, ces équipes assuraient les soins dans plusieurs bases militaires et veillaient au bien-être des observateurs chargés de surveiller le cessez-le-feu. Ce retrait médical intervient alors que la MINURSO subit d’intenses pressions financières, poussant l’ONU à adopter une approche plus sobre et ciblée pour préserver ses missions fondamentales sur le terrain, indique la source marocaine.
Une mission créée pour régulariser l’occupation
Cette initiative fait partie d’un feuilleton de plus de 25 ans visant à vider cette mission de son principa objectif : l’organisation du référendum. Une politique de sabotage dénoncé par plusieurs responsables de l’ONU, dont l’irlandais Joseph Alfred Grinblat, un économiste-démocrate irlandais qui est passé depuis 30 ans dans la Division de la population de l’ONU, à l’exception des missions de maintien de la paix dans le Sahara occidental. Il faisait partie du premier contingent de la MINURSO à descendre sur le sol de l’ancienne colonie espagnole.
Selon lui, l’opération de sabotage a commencé dès leur arrivée au Maroc. « Notre président, Macaire Pedanou, a présenté notre rapport à Pérez de Cuéllar (secrétaire général de l’ONU à l’époque, ndlr), qui lui a demandé de le modifier afin de le rendre plus favorable au Maroc. Macaire a rétorqué qu’il ne s’agissait pas de son rapport, mais de celui de la Commission, et qu’il transmettrait la demande aux autres membres de l’organe. Nous nous sommes réunis et avons tous convenu de ne pas modifier notre rapport ».
« Néanmoins, soiligne-t-il, le secrétaire général a fait modifier le rapport avant sa présentation au Conseil de sécurité. Le principal changement consistait à affirmer que l’ONU organiserait le référendum « après accord des parties » (Maroc et Polisario), au lieu de « après consultation des parties ». Cela revenait à donner au Maroc le pouvoir d’empêcher l’ONU d’organiser le référendum ». Ainsi, la messe est dite.
La tension entre la MINURSO et Rabat est arrivé à son comble lorsque le coréen Ban Ki-moon, encouragé par l’Envoyé Personnel des Nations Unies pour le Sahara Occidental, Christopher Ross, a décidé en avril 2012 de renverser la table sur son audience au Conseil de Sécurité. Dans son rapport annuel, il pose en effet des questions de fond liées à la liberté d’action de la mission onusienne : « J’ai présenté dans mon rapport une série de défis qui démontrent que la Minurso n’est ni dans la capacité d’exercer pleinement ses fonctions de surveillance, de maintien de la paix et d’observation, ni ne dispose de toute l’autorité pour contrecarrer l’effritement. »
En matière d’ambiguïté entre le Maroc et le Sahara le rapport mentionne aussi l’obligation de faire porter aux véhicules de la Minurso des plaques d’immatriculation diplomatiques marocaines. Jusqu’à présent, ces véhicules roulent, bien surveillés, sans plaques onusiennes.
Mais le Maroc se défend de ces accusations, considérant que les activités de la Mission onusienne se déroulent « dans les limites de la pratique établie . » Or précise le rapport, « c’est justement la pratique établie qui est au cœur des difficultés auxquelles se heurtent les activités de la Minurso (…) l’évolution des contraintes au fil des années empêche de plus en plus la Minurso de s’acquitter de son mandat de manière crédible. »
Le rapport de 2012 met aussi en évidence d’autres actes qui font obstacle au bon déroulement de la Mission, que ce soit l’espionnage des casques bleus par le Maroc, la compromission de la confidentialité des communications entre le quartier général de la Minurso à Laayoun et le bâtiment des Nations Unies à New-York, le recours des tribunaux militaires marocains pour juger de civils…
Une mission immorale
Cependant, le Secrétaire général Antonio Guterres, qui répète à chaque fois dans ses rapports annuels avoir une politique de tolérance zéro en matière de harcèlement sexuel, est accusé d’avoir couvert deux anciens responsables de la MINURSO, le canadien Colin Stewart et le russe Alexander Ivanko.
Inner City Press, site spécialisé des questions onusiennes a révélé, à l’époque, que l’officier russe avait noué une relation sexuelle avec une femme marocaine recrutée à la MINURSO par son prédécesseur, Colin Stewart, lui même accusé, según la même source, de harcèlement sexuel lors d’un précédent poste à l’ONU, mais il est sur le point de bénéficier d’une dissimulation par le patron de l’ONU « pour protéger un autre fonctionnaire de l’ONU ».
L’affaire impliquant Stewart, révélée par Inner City Press, repose sur des allégations contre l’ancien politicien canadien qui était directeur politique du bureau de l’ONU à Addis-Abeba, et qui impliquerait plusieurs jeunes membres du personnel éthiopien. Stewart, âgé de 58 ans, y travaillait entre 2011 et 2016. En décembre 2017, Stewart a pris la tête de la mission de l’ONU au Sahara occidental.
Selon des informations obtenues aussi par Inner Press City, « un policier marocain a dû ramasser Ivanko dans la rue à Laâyoune où il était tombé tard dans la nuit en état d’ébriété après avoir essayé de voir cette femme marocaine qui était encore avec son alors « petit ami » (un ancien militaire britannique et maintenant employé de l’UNMAS). La femme se plaint à son ancien client/petit ami que les autorités marocaines font pression sur elle et sa famille pour rester avec Ivanko et « le garder heureux ». L’ex-petit ami est ensuite exfiltré vers une autre mission de l’ONU à Khartoum, au Soudan ».
Documents de la MINURSO subtilisés par le Maroc
En 2014, le hacker de la DGSE Chris Coleman a mis a disposition des sahraouis de nombreux documents confidentiels obtenus par fraude par les services secrets marocains à l’aide des logiciels espions israéliens et italiens. Parmi eux :
– Une demande formulée par des journalistes japonais, invités par le polisario, pour realiser un reportage sur la Minurso à Tifarity, dans les territoires libérés du Sahara Occidental. Le document a été scanné et envoyé par un certain Ottman BADRI le 12/12/2011 à Mohammed Sitri.
– Copie du billet d’avion de Abdelaziz Hany, l’ancien chef de la MINURSO. Envoyé par Mustapha Bouhadda à Sujit Adhikari et Amina Noordin, tous membres de la MINURSO
– Programme des rencontres du Chef de la MINURSO avec des ambassadeurs accrédités à Rabat.
– Lettre envoyée le 25/10/2011 par Omar Manis (du bureau de la MINURSO à Tindouf) à Abdelaziz Hany sur une réunion de la MINURSO avec le Conseul espagnol à Oran et le consul italien à Alger sur le kidnapping des deux ressortissants espagnole et l’italienne et la sécurité du mouvement des membres de la MINURSO.
– Lettre envoyée le 4/10/2011 par le Chef de la MINURSO, Hany Abdelaziz, à toutes les antennes de la MINURSO les informant de la désignation de Hervé Ladsous en tant que vice-secrétaire général pour les forces de maintien de paix à la place de Alain Le Roy.
– Un câble confidentiel envoyé le 3/10/2011 par Hany Abdelaziz sur les événements de Dakhla à sa centrale à New York.




Militaires français de la MINURSO : Le Cheval de Troie
Au départ, ils étaient 30 militaires à opérer dans les premiers contingents de la MINURSO. Maintenant ils sont deux. Leur présence est mise en question, la France étant l’un des principaux soutiens du Maroc.
Les français assurent à leur allié marocain un approvisionnement fluide en matière de renseignement sur les intentions de la MINURSO et, par ricochet, celles des bureaux du Secrétaire Général de l’ONU à New York.
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