L’Algérie debout : Trente ans de prophéties médiatiques ratées

Au-delà de l'agitation médiatique, la réalité géopolitique impose ses propres règles. L'Algérie ne survit pas : elle s'impose comme le pivot sécuritaire incontournable de la bande sahélo-saharienne.

OPINION. Depuis plus de trois décennies, une certaine presse hexagonale s’est installée dans un confort rhétorique immuable : prédire, avec une régularité de métronome, l’effondrement imminent de l’Algérie. Dès qu’Alger opère un ajustement stratégique, déplace un pion sur l’échiquier de sa sécurité nationale ou remanie ses appareils d’État, les gros titres s’enflamment. « Crise », « chaos », « valse des généraux »… Le lexique du catastrophisme est usé jusqu’à la corde. Pourtant, le constat factuel est implacable : le pays est toujours là, et sa trajectoire dément systématiquement les oracles de salon.

La géométrie variable du commentaire politique

Récemment encore, le cas du traitement des services de renseignements algériens par des magazines comme Le Point illustre parfaitement ce prisme déformant. Un changement de leadership au sein des appareils de sécurité — pratique pourtant banale et saine dans n’importe quel État moderne — est immédiatement théâtralisé comme le signe avant-coureur d’une implosion systémique.

C’est ici que le double standard devient criant. Si l’on applique la même grille de lecture de l’autre côté de la Méditerranée, quel diagnostic devrions-nous poser sur la France ?

Instabilité chronique ? Combien de ministres de l’Intérieur, de la Défense ou de chefs de corps ont été limogés ou remplacés ces dernières années au gré des crises politiques ?

Crise de régime ? Comment qualifier les vagues successives d’émeutes urbaines, les crises sécuritaires dans les prisons, les contestations sociales d’une violence inédite et les scandales politiques qui secouent régulièrement les institutions françaises ?

Pourtant, lorsque ces événements surviennent à Paris, la sémantique journalistique change du tout au tout : on parle alors de « vitalité démocratique », de « débats nécessaires » ou de « résilience des institutions ». Un traitement de faveur qui s’arrête brusquement aux frontières de l’Afrique du Nord.

La réalité du terrain contre le fantasme éditorial

Au-delà de l’agitation médiatique, la réalité géopolitique impose ses propres règles. L’Algérie ne survit pas : elle s’impose comme le pivot sécuritaire incontournable de la bande sahélo-saharienne.

« Un changement dans un service de renseignement ne signifie pas l’effondrement d’un Édifice ; il en marque la modernisation et l’adaptation aux menaces contemporaines. »

L’ANP (Armée Nationale Populaire) figure invariablement parmi les forces militaires les plus puissantes et les mieux équipées du continent africain. Forte d’une expérience unique au monde en matière de lutte antiterroriste — acquise de haute lutte à une époque où le pays faisait face à l’hydre extrémiste dans l’indifférence internationale générale —, l’Algérie sécurise des milliers de kilomètres de frontières hyper-instables (Mali, Libye, Niger) sans jamais vaciller.

Pourquoi une Algérie stable dérange-t-elle ?

Ce besoin maladif de dramatiser, de salir ou de prophétiser la chute d’Alger répond à des logiques bien précises :

1 Le sensationnalisme vendeur : La peur et le dénigrement de l’ancien colonisé restent des leviers d’audience efficaces pour une certaine frange du lectorat occidental.

2 L’inconfort face à une souveraineté jalouse : Une Algérie forte, maîtresse de ses choix diplomatiques, qui refuse d’aligner sa politique étrangère sur les agendas occidentaux et qui diversifie ses alliances stratégiques, bouscule les vieilles habitudes hégémoniques.

Pendant que les rédactions parisiennes rédigent leurs éternels requiems, Alger avance. Le pays modernise ses infrastructures, consolide sa profondeur stratégique en Afrique et s’affirme comme un fournisseur énergétique et sécuritaire fiable et incontournable.

Le plus ironique dans cette mise en scène qui dure depuis trente ans reste la mémoire courte des prévisionnistes : à force d’annoncer la chute d’une nation qui refuse de plier, ce sont ces mêmes médias qui finissent par perdre le peu de crédibilité qu’il leur restait. L’Algérie, quant à elle, n’écoute plus les bruits de couloir ; elle trace sa route.

MH

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