La mort d’un rêve : Une nouvelle analyse déclare que l’Union du Maghreb arabe est « structurellement effondrée », et non pas simplement bloquée

Trente ans après le dernier sommet de l’Union du Maghreb arabe (UMA), une vaste analyse du Stimson Center bouleverse l’idée reçue selon laquelle la paralysie régionale n’est qu’une impasse politique entre l’Algérie et le Maroc. Selon ce rapport, l’UMA ne s’est pas enlisée – elle s’est effondrée – et une future réconciliation entre Rabat et Alger ne la fera pas revivre.

Dans l’analyse intitulée « L’Union du Maghreb arabe ne s’est pas enlisée, elle s’est effondrée », l’autrice Safae El Yaaqoubi soutient que l’échec de l’intégration maghrébine n’est pas un accident diplomatique mais une fatalité structurelle. Le traité de Marrakech (1989), explique-t-elle, a été délibérément conçu sans amortisseurs institutionnels, privant l’organisation de toute capacité à fonctionner une fois les hostilités politiques apparues.

Un système construit pour échouer

Pendant des décennies, les observateurs ont incriminé le conflit gelé autour du Sahara occidental et le manque de volonté politique. Pourtant, le rapport établit une distinction cruciale entre un enlisement (réversible) et un effondrement (irréversible). Lorsque la rivalité algéro-marocaine a éclaté au début des années 1990, l’UMA n’a pas réduit ses activités ; elle a cessé complètement. Sommets, réunions ministérielles et commissions techniques se sont arrêtés simultanément.

Contrairement à l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN), qui dispose d’un secrétariat permanent et d’un calendrier de réunions régulières, le traité de l’UMA (article 11) a laissé le mandat et la direction du secrétariat à la merci du Conseil présidentiel. De plus, l’exigence d’unanimité au niveau des chefs d’État a permis à une seule rupture bilatérale de bloquer toute production institutionnelle.

Le rapport établit un parallèle frappant avec l’Association sud-asiatique pour la coopération régionale (SAARC), qui n’a plus tenu de sommet depuis 2014 en raison de défauts structurels identiques.

Le contournement délibéré

L’analyse révèle que l’effondrement de l’UMA n’est pas seulement un échec, mais une caractéristique. Le traité a donné à l’Algérie et au Maroc exactement ce qu’ils voulaient : un cadre affichant une ambition régionale sans créer d’obligations contraignantes.

Depuis le dernier sommet en 1994, les États membres ont systématiquement investi ailleurs :

  • Le Maroc a posé sa candidature à la CEDEAO (2017) et mené un changement stratégique majeur avec Israël (2020) sans consultation régionale.
  • La Tunisie a officiellement adhéré au COMESA (2017).
  • L’Algérie, déclarant l’UMA « dans le coma » selon les termes du ministre des Affaires étrangères Ahmed Attaf, a lancé au printemps 2024 un nouveau groupe trilatéral « G3 » avec la Tunisie et la Libye, contournant explicitement le Maroc.

Les acteurs externes partagent la responsabilité

Le rapport critique également les partenaires internationaux, en particulier les États-Unis et l’UE. Les accords bilatéraux – comme l’accord de libre-échange États-Unis-Maroc de 2004 et le statut avancé accordé par l’UE au Maroc – ont évincé l’intégration régionale. Au lieu d’encourager l’unité maghrébine, les partenariats externes s’y sont substitués.

« La non-intégration est une condition que les deux gouvernements ont séparément trouvée utile, » écrit Safae El Yaaqoubi. « Le Maghreb est une condition structurelle qui a été activement maintenue, non pas un projet régional qui a calé. »

Conclusion : Pas de solution simple

Alors que l’Algérie et le Maroc s’approchent d’un possible rapprochement, le rapport met en garde contre un optimisme mal placé. La réconciliation politique, bien que nécessaire, est insuffisante. Aucun des deux gouvernements n’a actuellement intérêt à construire les mécanismes institutionnels robustes qu’ils ont délibérément omis en 1989, précisément parce que ces mécanismes limiteraient la flexibilité dont ils jouissent aujourd’hui.

Le Stimson Center conclut que l’UMA est morte. Toute tentative de la raviver, selon le rapport, nécessiterait non seulement une poignée de main entre rivaux, mais une refondation complète du traité – une probabilité politique proche de zéro.

Lire l’analyse complète : [Lien vers Stimson.org]

Contact médias :
Stimson Center Communications

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