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Les tunnels, la stratégie qui a permis aux faibles de gagner la guerre contre les Etats-Unis et Israël

Admin 10 mai 2026
tunnels

Les stratégies fondées sur les tunnels ont fourni à l’Iran, au Hamas, au Vietnam, au Hezbollah et aux Houthis un moyen puissant de contrebalancer la force conventionnelle.

Combattre depuis l’ombre : l’importance stratégique et tactique des réseaux souterrains dans la guerre moderne

Dr Kristian Alexander*

Le champ de bataille contemporain ne se limite plus à la surface. Il s’est étendu au domaine souterrain complexe, où les adversaires exploitent habilement ces espaces cachés pour neutraliser les avantages technologiques généralement détenus par des forces plus conventionnelles. De l’Antiquité à nos jours, les stratégies souterraines ont offert aux acteurs militairement inférieurs un moyen puissant de contrebalancer la force conventionnelle.[1]

Nulle part cette tendance n’est plus visible qu’au Moyen-Orient, où les réseaux de tunnels souterrains sont devenus un élément indispensable des tactiques de guerre hybride employées par des acteurs non étatiques tels que le Hamas, le Hezbollah et les Houthis. Loin d’être de simples vestiges de la guerre de siège, ces réseaux sont des actifs militaires multifonctionnels conçus pour la dissimulation, la résilience et la tromperie stratégique. Bien qu’ils ne constituent qu’un volet de doctrines hybrides plus larges, les infrastructures souterraines permettent aujourd’hui aux forces asymétriques de projeter leur puissance, de survivre aux assauts de haute technologie et de perturber le rythme des campagnes militaires conventionnelles.[2]

L’histoire de la guerre souterraine : du Viet Cong au Hamas, au Hezbollah et aux Houthis

Des tactiques de siège romaines et ottomanes aux spectaculaires explosions de mines lors de la bataille de Messines pendant la Première Guerre mondiale, en passant par les systèmes de tunnels de guérilla du Viet Cong, la guerre souterraine a historiquement rempli des fonctions offensives et défensives. Les tunnels de Cu Chi du Viet Cong s’étendaient sur près de 320 kilomètres et remplissaient de multiples fonctions pendant les combats. Ils servaient de cachettes, de voies de communication et d’approvisionnement, d’hôpitaux clandestins, de dépôts de nourriture et d’armes, ainsi que de quartiers de vie pour de nombreux combattants nord-vietnamiens. Ces tunnels furent déterminants pour permettre aux guérilleros du Front national de libération (FNL) de maintenir une présence importante près de Saïgon, jouant un rôle crucial dans leur résistance face aux forces américaines et à l’Armée de la République du Vietnam (ARVN).[3]

Sa pertinence actuelle met en lumière un point essentiel : la guerre souterraine n’est pas définie par une technologie particulière, mais par sa capacité à neutraliser une force supérieure grâce à la dissimulation, la surprise et l’adaptabilité. Le réseau de plus de 720 kilomètres de tunnels du Hamas, surnommé le « métro de Gaza », constitue le meilleur exemple contemporain de guerre souterraine. Le Hamas utilise ses tunnels pour le commandement et le contrôle, mais aussi pour la contrebande, le lancement d’embuscades et la détention d’otages. Ces tunnels sont souvent renforcés, piégés et délibérément construits sous des infrastructures civiles, non seulement pour protéger les opérateurs des frappes aériennes israéliennes, mais aussi pour compliquer les règles d’engagement de l’ennemi.[4] Lors du conflit d’octobre 2023, malgré la supériorité aérienne israélienne et l’emploi de munitions guidées de précision, les tunnels ont permis aux combattants du Hamas de poursuivre leurs opérations jusque profondément en territoire israélien, démontrant la capacité des réseaux souterrains à remodeler la dynamique du champ de bataille.

Les systèmes de tunnels du Hezbollah le long de la frontière libano-israélienne sont moins médiatisés mais tout aussi stratégiques. Inspirés en partie par l’ingénierie nord-coréenne, ces bunkers creusés dans la roche et ces tunnels transfrontaliers offrent résilience et mobilité. L’opération Northern Shield, qui a révélé et détruit plusieurs tunnels du Hezbollah en 2018, a montré combien longtemps une telle infrastructure peut rester indétectée, même pour un État comme Israël disposant de capacités avancées de renseignement, surveillance et reconnaissance (ISR).[5]

Au Yémen, les Houthis ont transformé le relief montagneux du pays en forteresse souterraine. Depuis 2022, ils ont étendu des « villes militaires souterraines » abritant des complexes de commandement, des usines de missiles, des unités radar et des installations de production de drones. Ces sites sont souvent situés à 7 à 10 étages sous terre et dissimulés sous des structures anodines. Avec l’aide d’experts iraniens et du Hezbollah, les Houthis ont construit des systèmes souterrains qui leur ont permis de résister à des années de frappes aériennes de la coalition, tout en menant des attaques de plus en plus sophistiquées, notamment contre la navigation commerciale en mer Rouge.[6]

Vision souterraine : avantages tactiques et implications stratégiques de la guerre souterraine

Les réseaux souterrains modifient profondément l’environnement opérationnel. Ils limitent l’efficacité des outils ISR tels que les drones et les satellites, réduisent l’utilité des frappes aériennes et contraignent les forces conventionnelles à mener des opérations terrestres lentes et d’usure. Les installations souterraines assurent la continuité du commandement et du contrôle, permettent les embuscades et la retraite par des itinéraires cachés, et neutralisent plusieurs avantages clés — rapidité, précision et conscience situationnelle — dont dépendent les armées modernes.[7]

Ces réseaux constituent également un fondement des stratégies hybrides. Le Hamas, par exemple, utilise les tunnels pour protéger ses lance-roquettes et ses combattants qui émergent brièvement pour frapper avant de disparaître. La mobilité souterraine du Hezbollah permet un redéploiement rapide et exerce une pression psychologique sur les communautés israéliennes frontalières. Pour les Houthis, les tunnels servent à la fois de sanctuaire et de ligne logistique, leur permettant de poursuivre leurs opérations sous le feu et de déplacer armes et approvisionnements.[8]

Contrairement aux installations fixes en surface, les tunnels sont difficiles à localiser, cartographier et détruire. Cela oblige les armées conventionnelles soit à entreprendre des opérations terrestres risquées, soit à accepter un certain degré d’opacité stratégique — deux situations favorables à l’acteur souterrain. La guerre des tunnels permet aussi aux groupes insurgés de « façonner » le champ de bataille depuis le sous-sol, en contrôlant le moment et le lieu des affrontements tout en privant l’ennemi de victoires décisives.

Combattre sous terre présente des défis uniques que même les armées les plus technologiquement avancées peinent à surmonter. Les opérations souterraines impliquent des combats rapprochés dans des environnements sombres, pauvres en oxygène et piégés. Les communications sont limitées, le GPS devient inefficace et les tactiques standard s’effondrent dans des couloirs étroits où l’on progresse en file indienne. La pression psychologique — claustrophobie, privation sensorielle et menace d’engins explosifs improvisés dissimulés — est éprouvante même pour des troupes d’élite.[9]

À Gaza, Mossoul et Raqqa, il est apparu clairement que les réseaux de tunnels prolongent les campagnes, compliquent la stabilisation post-conflit et obligent les armées à subir davantage de pertes. Ils produisent un effet de « rupture doctrinale ». Les forces conventionnelles doivent abandonner leurs méthodes privilégiées et adopter des approches plus lentes et plus dangereuses, souvent pour un gain opérationnel limité.[10]

Les « Tunnel Rats » et la technologie : comment les armées traditionnelles contrent les opérations souterraines

Répondre à la menace des tunnels exige une approche multidimensionnelle. L’une des principales solutions technologiques repose sur les systèmes de détection de tunnels, tels que les radars à pénétration de sol (GPR), les capteurs sismiques et les dispositifs d’induction électromagnétique. Bien que ces technologies aient considérablement progressé, leur déploiement reste souvent limité par le terrain, le coût et la difficulté d’interpréter des environnements souterrains complexes.[11]

L’entraînement au combat urbain doit également être repensé pour intégrer les opérations souterraines. Cela inclut la formation au nettoyage de tunnels, au combat rapproché en espace confiné, ainsi qu’à l’endurance psychologique nécessaire pour opérer sous terre. Des unités spécialisées comme les « Tunnel Rats » de l’armée américaine au Vietnam, ou plus récemment l’unité Yahalom d’Israël, constituent des modèles de développement de compétences de combat souterrain.[12]

L’emploi de robots et de drones apparaît comme une piste prometteuse. Des robots terrestres équipés d’imagerie thermique, de LIDAR (détection et télémétrie par la lumière) et de capteurs chimiques peuvent pénétrer dans des tunnels jugés trop dangereux pour les humains. De petits drones peuvent cartographier les passages souterrains et détecter les explosifs, même si l’absence de GPS limite leur efficacité. Des plateformes robotiques et des drones, comme les quadricoptères Lanius israéliens ou les throwbots américains, sont désormais utilisés pour la cartographie, la surveillance et même la neutralisation d’explosifs dans les tunnels. Ces outils réduisent l’exposition des soldats et améliorent la connaissance de la situation dans des environnements privés de GPS.[13]

D’autres stratégies de lutte contre les tunnels sont également explorées. Historiquement, l’inondation des tunnels ennemis a parfois été employée comme tactique, mais les tentatives récentes de l’armée israélienne d’inonder les tunnels du Hamas avec de l’eau de mer ont eu un impact limité. Il a fallu des semaines pour remplir même de petits tunnels, l’eau s’écoulant souvent à travers des revêtements poreux et des systèmes de drainage intégrés. L’inondation s’est révélée trop lente et largement inefficace comme méthode principale de neutralisation de vastes réseaux de tunnels.[14]

Le défi persistant posé par les tunnels résulte souvent non pas d’un déficit technologique, mais d’une sous-estimation stratégique. Avant l’opération Bordure protectrice d’Israël en 2014, d’importants décideurs sécuritaires semblaient ignorer l’ampleur de la menace représentée par les tunnels du Hamas. De même, l’armée américaine en Irak et en Syrie ne disposait pas d’une doctrine souterraine intégrée, permettant aux réseaux de tunnels de l’État islamique de prospérer sous de grandes villes. Les dirigeants politiques, eux aussi, négligent souvent d’allouer ressources et attention à des menaces perçues comme périphériques — jusqu’à ce qu’elles se transforment en surprises stratégiques.[15]

La guerre des tunnels ne se limite ni à Gaza ni au sud du Liban. Elle s’étend à de nouveaux théâtres. Un investissement insuffisant dans la détection, la formation et l’analyse des menaces hybrides risque d’entraîner une stagnation stratégique. Les décideurs doivent intégrer la dimension souterraine dans une planification de défense plus large, en particulier dans les zones urbaines, montagneuses ou propices à l’insurrection.

Repenser le champ de bataille

La guerre des tunnels n’est pas une tactique marginale. C’est un domaine dynamique d’importance stratégique. Les réseaux souterrains permettent à des acteurs non étatiques d’endurer, de frapper de manière imprévisible et de défier les armées étatiques sur leur propre terrain. Ils représentent à la fois une menace physique et un facteur de rupture doctrinale, rendant obsolètes de nombreux atouts militaires traditionnels.

Contrer cette menace exige plus que la force brute : cela requiert des réponses guidées par le renseignement, intégrées technologiquement et doctrinalement flexibles. À mesure que les conflits hybrides s’intensifient au Moyen-Orient et au-delà, la ligne de front ne se définit plus seulement par la terre, l’air et la mer. Elle inclut désormais la terre sous nos pieds.

Avertissement :

Les points de vue et opinions exprimés dans la série de publications INSIGHTS sont ceux des contributeurs individuels et ne reflètent pas nécessairement la politique officielle ou la position du Rabdan Security & Defense Institute, de ses organisations affiliées ou de toute entité gouvernementale. Le contenu publié est destiné à des fins d’information et reflète les perspectives personnelles des auteurs sur divers sujets liés à la sécurité et à la défense.

* Senior Fellow et chercheur principal au Rabdan Security and Defense Institute (RSDI)

Source : RSDI (Emirats Arabes Unis)

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