Le Président français, Emmanuel Macron, avait exprimé ce qu'il a appelé sa volonté d'entamer un « dialogue sérieux et serein » avec le Président de la République, Abdelmadjid Tebboune.
À un an de la fin de son mandat, Emmanuel Macron n’a pas renoncé à un objectif qu’il s’était fixé dès son arrivée au pouvoir : tenter de refermer, au moins en partie, la fracture mémorielle et politique entre la France et l’Algérie.
Le 3 avril, à bord de l’avion présidentiel qui le ramenait de Corée du Sud, le chef de l’État a donné un aperçu de cette préoccupation persistante. Alors qu’il échangeait avec des membres de la délégation, il s’est tourné vers la députée Sabrina Sebaihi, présidente du groupe d’amitié France–Corée du Sud à l’Assemblée nationale, pour l’interroger directement : « Alors, qu’est-ce qu’on fait avec l’Algérie ? »
Pour l’élue franco-algérienne, la question ne laisse guère de doute : le président souhaite trouver, avant son départ de l’Élysée, une issue à une relation devenue l’une des plus explosives de la diplomatie française contemporaine.
Un pari politique fragilisé
L’enjeu est d’autant plus important que la relation avec Alger occupait une place singulière dans la vision diplomatique d’Emmanuel Macron. Dès son premier quinquennat, il avait fait de l’apaisement mémoriel un axe fort de sa présidence.
En 2020, il confiait à l’historien Benjamin Stora une mission sur la mémoire de la colonisation et de la guerre d’Algérie. Le rapport remis en janvier 2021 devait servir de feuille de route à une politique de réconciliation historique.
Le symbole était puissant. D’autant que, lors d’un déplacement à Alger en 2017, avant son élection, Emmanuel Macron avait qualifié la colonisation de « crime contre l’humanité », marquant une rupture rare dans le discours politique français.
Pourtant, l’ambition initiale s’est heurtée à une réalité diplomatique de plus en plus rugueuse.
La crise la plus grave depuis 1962
Quatre ans après les promesses d’apaisement, Paris et Alger traversent la crise la plus profonde depuis l’indépendance de l’Algérie.
Le point de rupture est intervenu à l’été 2024, lorsque la France a reconnu la « marocanité » du Sahara occidental, provoquant une vive réaction algérienne. Les deux pays ont rappelé leurs ambassadeurs respectifs — un fait sans précédent depuis plus de soixante ans.
Mais cette séquence n’a fait qu’exacerber des tensions plus anciennes.
D’un côté, le pouvoir algérien, fragilisé depuis le Hirak de 2019, a régulièrement ravivé le ressentiment anti-français pour consolider sa légitimité intérieure.
De l’autre, en France, une partie du débat politique, notamment à droite, a fait de l’Algérie un sujet de confrontation identitaire et migratoire. Emmanuel Macron lui-même a contribué à cette crispation lorsqu’il s’était interrogé, en 2021, sur l’existence d’une « nation algérienne » avant la colonisation.
Le pari du « en même temps » a, sur ce dossier, montré ses limites.
Des signaux timides de reprise
Malgré l’ampleur de la crise, quelques signes de détente apparaissent depuis le début de l’année.
La visite à Alger du ministre de l’intérieur Laurent Nuñez, en février, a permis une reprise partielle de la coopération migratoire. L’Algérie accepte désormais chaque semaine entre quinze et vingt ressortissants en situation irrégulière refoulés de France, alors que ce chiffre était tombé à zéro en 2025.
Sur le terrain économique, Patrick Martin, président du Medef, s’est rendu à Alger fin avril afin de renouer le dialogue avec les milieux d’affaires algériens.
Sur le plan humanitaire et symbolique, Ségolène Royal a rendu visite, le 1er mai, au journaliste français Christophe Gleizes, détenu près d’Alger.
Autant d’initiatives modestes, mais qui marquent la fin d’une période de gel presque total.
Une dernière chance diplomatique
Le temps presse désormais pour Emmanuel Macron.
Lui qui voulait inscrire son nom dans l’histoire franco-algérienne par une réconciliation mémorielle pourrait quitter le pouvoir sur un constat d’échec. Mais l’Élysée semble encore croire à l’ouverture d’un passage, aussi étroit soit-il.
Après des mois de silence, les deux capitales recommencent à se parler.
Pour le président français, ce mince espace diplomatique représente peut-être la dernière occasion de laisser une trace durable sur l’un des dossiers les plus sensibles de son quinquennat.
Source : Le Monde, 05/05/2026
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