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Le Maroc et le CNI se mobilisent contre l’octroi de la nationalité espagnole à un militant islamiste

Admin 3 mai 2026
el confidencial boutarbouch

La Justice refuse la nationalité espagnole à Rachid Boutarbouch. Il a fait l’objet de rapports négatifs du CNI et du ministère de l’Intérieur qui ignorent que les islamistes pacifiques de Justice et Charité freinent Rabat dans sa volonté de contrôler l’immigration.

Par Ignacio Cembrero

Le Centre national de renseignement (CNI) transmet régulièrement des rapports à l’Audience nationale pour qu’elle refuse l’octroi de la nationalité espagnole à des fonctionnaires marocains en poste en Espagne ou à de simples immigrés, car il les considère comme des espions ou des collaborateurs des services secrets marocains. Les juges suivent ses recommandations.

Cette fois-ci, le CNI a changé de cible et s’est associé au ministère de l’Intérieur. Tous deux ont convaincu le ministère de la Justice de ne pas accorder la nationalité espagnole à un intellectuel islamiste marocain résidant à Grenade depuis 1998 et très critique envers la monarchie de droit divin alaouite. Une résolution de la Direction générale de la sécurité juridique du ministère de la Justice du 25 avril, à laquelle ce journal a eu accès, refuse la nationalité espagnole à Rachid Boutarbouch, 54 ans, au motif qu’il est un ‘leader éminent du mouvement islamiste radical « Justice et Charité » en Espagne, dont l’objectif ‘est d’instaurer un régime théocratique régi par la loi islamique’ au Maroc, allègue le CNI.

« La diffusion de son message parmi la communauté musulmane résidant en Espagne représente un risque de radicalisation de cette communauté et entrave l’intégration des musulmans dans la société espagnole’, ajoute de son côté le ministère de l’Intérieur. Il représente ‘une menace potentielle pour la sécurité, l’octroi de la nationalité espagnole à cette personne est déconseillé », conclut le ministère.

Ces observations ‘ont été écrites par Abdellatif Hammouchi’, a commenté Boutarbouch en lisant la résolution inspirée par le CNI et le ministère de l’Intérieur. Il faisait ainsi allusion au chef de la Sûreté nationale au Maroc et également de la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST), police secrète et contre-espionnage marocain. Hammouchi a été décoré à plusieurs reprises par le ministère de l’Intérieur espagnol.

« On m’a enfermé dans une catégorie fabriquée de manière superficielle, sans preuves ni éléments tangibles », ajoute Boutarbouch au téléphone. Il annonce qu’il va contester cette décision devant la justice, bien qu’en 2012, l’Audience nationale ait déjà validé, une première fois, le refus de lui accorder la nationalité.

Justice et Charité (Al Adl wal Ihsane en arabe), l’organisation à laquelle est lié Boutarbouch, est la bête noire de Hammouchi au Maroc. Fondée en 1973 par Abdessalam Yassine, le mouvement est pacifique et incorpore à sa doctrine de fortes doses de spiritualité soufie. Bien que parfois toléré, il n’a jamais été légalisé car il refuse de reconnaître que le roi du Maroc est, en plus d’être le chef de l’État, le Commandeur des croyants, c’est-à-dire le guide spirituel des fidèles marocains.

À ses origines, le modèle de la République islamique à l’iranienne séduisait Justice et Charité, mais le mouvement a beaucoup évolué depuis. Dans un vaste document approuvé en février 2024, il opte clairement pour la démocratie pluraliste, la séparation des pouvoirs et un gouvernement émanant d’un Parlement élu par le peuple, devant lequel il est responsable.

L’unité du CNI dédiée au Maroc a étudié ce texte de fond en comble. Boutarbouch est titulaire d’une licence en Lettres de l’Université de Rabat, a suivi un master en Sciences politiques à l’Université de Grenade et est docteur en Études arabes et islamiques de l’Université autonome de Madrid. Il a fondé la Ligue des imams d’Espagne puis, plus tard, l’Union internationale des érudits musulmans, ce qui fait de lui une référence théologique. Il a publié deux livres en espagnol, ‘Les islamistes marocains et la participation politique’ et ‘Voyage à l’origine du 11-M’, écrit en collaboration avec le journaliste Juan Poyatos.

Justice et Charité est implanté en Espagne même s’il insiste toujours sur le fait qu’il ne dépend pas de sa maison mère au Maroc, qui compte au moins cent mille membres, comme l’a révélé une descente de police dans son siège en 2006. Ses responsables locaux en Espagne assurent avoir empêché la radicalisation de nombreux jeunes musulmans tentés par le salafisme, un courant aux antipodes de Justice et Charité. Le mouvement se présente en Espagne sous le nom d’Organisation nationale du dialogue et de la participation, basée à Villaverde (Madrid), et a ouvert un centre de formation religieuse à Saint-Sébastien qu’il appelle pompeusement ‘université’ car il délivre des diplômes d’une université islamique du Minnesota (États-Unis).

Dans des pays comme l’Espagne, où l’immigration marocaine est forte (un peu plus d’un million de personnes), le mouvement islamiste antimonarchique est également un contrepoids aux tentatives des services secrets marocains d’exercer une influence ou une tutelle sur leurs compatriotes, selon des experts qui ont suivi de près le phénomène migratoire.

Le CNI a une sorte de double âme. D’un côté, il bloque l’octroi de la nationalité à des agents de l’espionnage marocain (il a même promu en 2013 l’expulsion de Noureddin Ziani pour avoir tissé des liens avec le nationalisme catalan), mais, de l’autre, il tente d’empêcher les initiatives qui pourraient irriter ses homologues du Maroc, comme la remise d’un passeport espagnol à Boutarbouch.

En octobre 2024, les agents du CNI, en collaboration avec leurs homologues de la Direction générale des études et de la documentation du Maroc (DGED), ont tenté de convaincre à Madrid l’ex-espion marocain Mehdi Hijaouy de revenir de son plein gré dans son pays, dont la justice avait demandé l’extradition, selon des sources proches de l’agent exilé. Ce dernier a alors choisi de fuir l’Espagne et de chercher refuge dans un autre pays.

Il existe des cas déconcertants d’obtention de la nationalité espagnole où le CNI s’abstient d’intervenir. Début 2021, la journaliste Fatima Zahra Rajmi l’a obtenue, bien qu’elle travaille pour Chouf TV, un média créé par les services de sécurité marocains, selon la publication ‘Raseef 22’. ‘La plateforme Chouf TV reste l’une des plus en vue parmi les médias dédiés à la diffamation et aux fausses informations’, soutient ‘Raseef 22’. La journaliste Fatima Zahra Rajmi s’est rendue à Ceuta en mai 2021, lorsque plus de 10 000 immigrants illégaux poussés par les services secrets marocains sont entrés dans la ville. Elle a informé ‘à base de mensonges sur ce qui se passait ici, doutant du comportement des forces et corps de sécurité de l’État espagnol, lançant des rumeurs comme quoi les agents violaient des femmes marocaines’, a écrit le journal El Faro de Ceuta.

Convoquée en novembre 2022 par la commission du Parlement européen enquêtant sur le ‘piratage’ de milliers de téléphones avec le logiciel malveillant Pegasus, la directrice du CNI, Esperanza Casteleiro, a accepté de témoigner. Elle a fait un discours par voie télématique, mais a refusé de répondre aux questions, peut-être pour ne pas mentionner le Maroc, dont le service de contre-espionnage (DGST) est l’auteur du piratage. Les conclusions de cette commission parlementaire pointent clairement vers le Maroc.

El Confidencial, 02/05/2026

#Maroc #Espagne #DGED #CNI #Rachid_Boutarbouch #Association_Justice_et_Charité

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