Restitutions culturelles, impact limité pour l’Algérie

Le canon La Consulaire, Baba Merzoug (Photo : IA)

Adoptée en France après de longues années de débats et de promesses politiques, la loi-cadre sur la restitution des biens culturels pillés durant la période coloniale se présente comme une étape symbolique dans la gestion du passé colonial. Mais pour l’Algérie, son impact réel demeure limité, voire marginal, tant le périmètre juridique du texte exclut des pièces à forte charge historique et mémorielle.

Derrière l’annonce d’un «nouveau cadre pour accélérer les restitutions», le dispositif reste étroitement encadré. Sont concernés principalement les biens acquis entre 1815 et 1972, à condition qu’ils soient reconnus comme issus d’une appropriation illicite. Une définition restrictive qui laisse en dehors du champ plusieurs objets majeurs réclamés par Alger, notamment des pièces d’artillerie saisies lors de la conquête de 1830, comme le canon Baba Merzoug, ou encore certains objets liés à l’Emir Abdelkader.

En France, les autorités défendent une approche «juridique et équilibrée», insistant sur la nécessité de préserver l’inaliénabilité des collections publiques et d’éviter toute remise en cause globale des fonds muséaux. Mais cette lecture se heurte à une critique récurrente : celle d’une définition sélective du patrimoine. Car pour de nombreux experts, l’artillerie, les canons historiques et les objets militaires saisis en contexte colonial relèvent pleinement du patrimoine culturel des nations d’origine, au même titre que les sculptures ou manuscrits exposés dans les musées européens. «Tout dépend de la définition du culturel», soulignent plusieurs spécialistes du patrimoine. Une ambiguïté qui nourrit les tensions mémorielles.

À Alger, ces exclusions sont perçues comme une limitation politique déguisée, réduisant la portée d’une loi censée répondre à une demande historique de restitution. Les autorités françaises, de leur côté, mettent en avant une démarche progressive et encadrée par des commissions scientifiques, tout en promettant davantage de fluidité dans les procédures. Mais dans les faits, les restitutions restent rares et sélectives.

Ainsi, malgré son affichage diplomatique, la loi apparaît davantage comme un geste d’ouverture que comme une rupture. Pour l’Algérie, les pièces symboliques du passé colonial restent largement hors de portée, tandis que le débat sur la nature même des biens culturels continue de structurer les incompréhensions entre les deux rives de la Méditerranée.

Source : Le Courrier d’Algérie, 15/04/2025

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