Rachida Dati et d’autres figures ancrées à Paris ont également participé à cette diplomatie de proximité, sans rupture apparente ni conflit public.
Les Epstein Files n’avaient pas encore livré toute leur crasse que le Maroc et sa classe politique se retrouvent au cœur de la scène politique Française. Le limogeage de Jack Lang et le départ annoncé de Rachida Dati marquent ainsi la fin d’un cycle, celui des diplomaties de connivence entre Paris et Rabat.
Ce n’est plus un jeu discret de salons et de réseaux mais la relation est exposée, visible, voire analysée sous tous ses angles.
Pendant des décennies, la relation Franco-Marocaine s’est construite dans les salons feutrés, les institutions culturelles et les réseaux d’influence silencieux et Jack Lang en fut l’icône.
À Paris, Audrey Azoulay a régné en maître sur l’UNESCO et y a exercé une influence considérable, tandis que son père, l’indéboulonnable André Azoulay, a consolidé son rôle de conseiller du roi Mohammed VI à Rabat. Ensemble, père et fille incarnent la continuité d’un réseau qui lie durablement la France et le Maroc dans le domaine culturel et diplomatique. Par ailleurs, Rachida Dati et d’autres figures ancrées à Paris ont également participé à cette diplomatie de proximité, sans rupture apparente ni conflit public.
Faut il souligner que ce monde n’a pas disparu. Il résiste encore, mais il n’est plus structurant, ni central, ni protégé. Les États investissent désormais moins dans l’influence douce et davantage dans la clarté des positions, la fermeté des alliances et la lisibilité des rapports de force. Ainsi, la diplomatie des réseaux cède progressivement face à la diplomatie des lignes rouges, et la relation France–Maroc n’échappera pas à cette reconfiguration.
L’alignement d’Emmanuel Macron sur la position marocaine concernant la guerre au Sahara occidental illustre parfaitement cette transformation. Ce choix n’est pas seulement technique. Il est politique et stratégique, car il engage la France dans un conflit asymétrique où le droit international, les résolutions de l’ONU et le principe d’autodétermination sont marginalisés au profit d’un partenariat bilatéral.
Cette décision coûte particulièrement cher aux Sahraouis, car elle légitime le contrôle Marocain sur leur territoire, fragilise leur droit à l’autodétermination, limite toute médiation internationale et affaiblit leur position face à un royaume fortement soutenu par Paris. Elle compromet ainsi leur sécurité, leur autonomie politique et leur capacité à défendre leurs intérêts sur la scène internationale.
Cette relation pèse également sur la France dans l’interne car elle nourrit un climat politique où les Franco-Algériens sont ciblés et stigmatisés. Cette hostilité est désormais assumée publiquement par des figures comme Bruno Retailleau et par les courants lepénistes. Elle s’inscrit egalement dans un contexte où le trafic de stupéfiants en provenance du Maroc et le tourisme sexuel ne sont plus de simples rumeurs mais des dossiers que l’Élysée ne pourra plus continuer à ignorer après les révélations des Epstein Files. La frontière entre influence étrangère, politique intérieure et criminalité organisée devient ainsi de plus en plus ténue et la France doit en mesurer les conséquences.
Car ce qui était présenté comme un partenariat stratégique ressemble de plus en plus à une dépendance toxique. Ce que la France pensait contenir à l’extérieur produit désormais ses effets les plus corrosifs à l’intérieur. La vraie question n’est pas de savoir qui est « le plus marocain » à Paris, mais de savoir combien de temps la France pourra t-elle assumer un alignement qui affaiblit sa position diplomatique, fracture son espace politique et compromet sa cohérence morale.
Décidément, il ne s’agit plus d’une affaire de connivence mais c’est impérativement une affaire de responsabilité.
Par Latifa Kharrat
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