Le royaume, qui considère avoir investi massivement dans le football africain (infrastructures, accueil d’équipes « à domicile »), s’attendait à une bienveillance totale. Les sanctions, même mineures, et surtout le rejet de sa demande de voir le Sénégal sévèrement puni, constituent un camouflet.
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Le jury disciplinaire de la CAF a rendu ses verdicts, sanctionnant le Sénégal et, dans une moindre mesure, le Maroc, après les incidents de la finale à Rabat. Une décision qui clôt un premier chapitre tumultueux mais révélateur des tensions et des jeux d’influence au sein du football africain.
Dakar, 29 jan 2026 – L’épilogue disciplinaire de la CAN 2025 organisée au Maroc est tombé. Comme attendu, le jury de la Confédération Africaine de Football (CAF) a infligé des sanctions lourdes à la Fédération sénégalaise (FSF) pour le retour sur le terrain de ses joueurs après la finale, ainsi que des sanctions plus légères à la Fédération royale marocaine de football (FRMF). Si les deux parties peuvent encore faire appel, cette décision marque un tournant symbolique fort dans l’analyse des rapports de force continentaux.
Des sanctions obligatoires, mais un bilan contrasté
Personne ne s’y trompait : des sanctions étaient inévitables après les scènes chaotiques qui ont suivi la finale, remportée par le Sénégal (2-1). Le retrait puis le retour des Lions sur la pelouse du Stade Moulay Abdallah, dans une « atmosphère kafkaïenne », contrevenaient aux règlements. La lourdeur des peines (amende, matches à huis clos) pourra être contestée, mais leur principe ne l’est pas. Pour beaucoup d’observateurs, la sagesse voudrait que le Sénégal tourne la page et se concentre sur la Coupe du Monde.
Pourtant, au-delà des verdicts, une lecture plus froide des événements dessine un bilan surprenant. En refusant de se plier à ce qu’ils ont perçu comme une injustice flagrante – des décisions arbitrales controversées en faveur du Maroc en fin de match –, le sélectionneur Pape Thiaw, ses joueurs et les supporters sénégalais ont sauvé l’honneur. « On nous tue mais on ne nous déshonore pas », semblent-ils avoir clamé. Sans cette réaction, le scénario rêvé par les organisateurs se serait déroulé sans accroc.
Le Maroc, grand perdant en crédibilité
Ironie du sort, c’est peut-être le Maroc, pays hôte et grand favori, qui sort le plus affaibli de cette affaire. Le royaume, qui considère avoir investi massivement dans le football africain (infrastructures, accueil d’équipes « à domicile »), s’attendait à une bienveillance totale. Les sanctions, même mineures, et surtout le rejet de sa demande de voir le Sénégal sévèrement puni, constituent un camouflet.
La réaction de Fouzi Lekjaa, président de la FRMF et puissant vice-président de la CAF, devrait être véhémente. On peut s’attendre à une offensive médiatique dénonçant « l’ingratitude » de l’instance continentale. Ce sentiment trahit une vision où l’investissement devrait garantir l’impunité et la réussite sportive. Une logique déjà observée lors des CAN féminines, organisées également au Maroc, où la pression sur l’arbitrage en faveur des Lionnes de l’Atlas avait été critiquée.
En misant tout sur cette deuxième étoile, 50 ans après sa première victoire, le Maroc a en effet beaucoup perdu. Sa crédibilité est entachée, en Afrique et au-delà, par les polémiques entourant l’arbitrage de cette finale et une organisation perçue comme visant à couronner l’hôte coûte que coûte.
La CAF et la FIFA, des autorités affaiblies
L’épisode de Rabat a aussi sévèrement ébranlé la crédibilité des instances dirigeantes. La CAF donne une fois de plus l’image d’une organisation « mal pilotée », sous influence marocaine et docile face aux exigences de la FIFA. La décision controversée d’une CAN tous les deux ans, contre l’avis de nombreux acteurs du développement footballistique africain, en est un exemple.
Quant à la FIFA, son président Gianni Infantino s’est gravement discrédité par sa sortie précipitée, appelant immédiatement après la finale à de « lourdes sanctions » contre le Sénégal, avant de devoir rétropédaler. Une maladresse interprétée comme la colère d’un homme déçu de ne pouvoir célébrer la victoire du Maroc, pays ayant construit le somptueux siège africain de la FIFA à Rabat. Ce faisant, il a jeté une lumière crue sur les conflits d’intérêts et l’ingérence politique.
Le Sénégal, vainqueur moral et sportif
Malgré les sanctions et la clameur, l’histoire retiendra que le Sénégal est devenu « multi-étoilé » sur la terre marocaine. Plus encore, le football sénégalais sort grandi de cette épreuve. Il a présenté la meilleure équipe du tournoi et a eu le courage de dire non, un courage salué à travers le continent. Sa victoire est donc double : sur le terrain, et sur celui, tout aussi crucial, de la dignité et du respect.
Alors que le recours se profile, l’Afrique footballistique reste avec une question essentielle : veut-elle d’une compétition où la raison d’État et les investissements l’emportent sur l’équité sportive, ou saura-t-elle se réformer pour retrouver sa crédibilité ? La finale de Rabat aura au moins eu le mérite de poser ce débat avec une acuité sans précédent.
Source : Dakar Actu
