Ayant voté contre la résolution du Parlement européen condamnant le Maroc pour agression contre des civils sahraouis au Sahara Occidental, Rachida Dati a tenté de justifier sa position plutôt pro-marocaine. Lors d’un point de presse tenu à Alger, l’ancienne Garde des sceaux du gouvernement français et actuelle eurodéputée, estime que la décision du Parlement européen était «précipitée».
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Dans une correspondance révélée par le hacker Chris Coleman datée du 13 novembre 2011, Rachida Dati transmettait à l’ancien ministre marocain des Affaires étrangères, Taïeb Driss-Fihri, par le biais de son attaché parlementaire, une copie du projet de question écrite que la parlementaire projetait de transmettre à la Commission européenne qui s’apprêtait à voter pour ou contre un accord de partenariat liant le Maroc et l’Union européenne ; en réalité, un deal pour piller les richesses halieutiques du Sahara Occidental. «Je vous prie de trouver ci-joint de la part de Rachida Dati un projet de question écrite qu’elle adressera à la Commission européenne en début de semaine prochaine concernant l’accord de pêche entre l’Union européenne et le Maroc», lit-on dans le courrier électronique signé par Philip Kyle, l’attaché parlementaire de Rachida Dati. «Elle continuera, par ailleurs, cette semaine à Strasbourg, à rencontrer ses collègues députés européens pour les convaincre de voter contre la recommandation de rejet du protocole d’accord 2011-2012 en Commission parlementaire de la pêche la semaine suivante», précise encore le courriel, pièce à conviction formelle du caractère d’agent du Makhzen de l’ancienne protégée de Nicolas Sarkozy.
L’assistant de la députée rassure les autorités marocaines qu’elles seront mises au courant de l’évolution de la situation au sein du Parlement européen en temps réel pour permettre ainsi à Rabat de réagir en fonction de la suite qui serait donnée au projet d’accord. «Rachida Dati ne manquera pas de vous tenir informé de l’évolution de ce dossier au Parlement européen et de la réponse obtenue de la Commission européenne», écrivait-elle à ses employeurs à Rabat.
TEXTE DE LA LETTRE
Accord de pêche UE – Maroc DATI Rachida Date d’envoi : dimanche 13 novembre 2011 07:42 À : taibfassi Pièces jointes : QE-Accord-Pêche-UEMaroc.doc? (21 Ko?) [Ouvrir sous forme de page Web]
Monsieur le Ministre,
Je vous prie de trouver ci-joint de la part de Rachida Dati un projet de question écrite qu’elle adressera à la Commission européenne en début de semaine prochaine, concernant l’accord de pêche entre l’Union européenne et le Maroc.
Elle continuera par ailleurs, cette semaine à Strasbourg, à rencontrer ses collègues Députés européens pour les convaincre de voter contre la recommandation de rejet du Protocole d’accord 2011-2012 en commission parlementaire de la pêche la semaine suivante.
Rachida Dati ne manquera pas de vous tenir informé de l’évolution de ce dossier au Parlement européen et de la réponse obtenue de la Commission européenne.
Je vous prie de croire, Monsieur le Ministre, à l’expression de mes salutations respectueuses.
Philip Kyle
Attaché Parlementaire de Rachida Dati Député européen Ancien Ministre
Tel : +33 667283606 Fax : +32 22 84 98 96
Une autre lettre datée du 21 septembre 2011, Rachida Dati présente ses excuses pour son absence au Forum international de Rabat, retenue à Paris par ses obligations de Maire et l’organisation d’une conférence sur la sécurité énergétique.Elle réaffirme son soutien de longue date, en tant que députée européenne, aux réformes structurelles engagées par le Roi du Maroc et suggère l’organisation conjointe d’une conférence de haut niveau (incluant ministres, experts et société civile) avant les prochaines législatives dans le but de rassembler les acteurs européens et arabes favorables à la dynamique de réforme marocaine dans le cadre de l’Union pour la Méditerranée.

En-tête : MAIRIE DE PARIS Rachida Dati Ancien Ministre Député Européen Maire du VIIe Arrondissement Paris, le 21 septembre 2011
Corps de la lettre : Monsieur le Ministre, Cher Taïeb,
Invitée à me rendre au Forum international de Rabat sur les transitions démocratiques et les processus constitutionnels dans le monde arabe le week-end dernier, j’ai été malheureusement contrainte de rester à Paris.
Outre mes activités de Maire du 7ème arrondissement de Paris auxquelles je n’ai pas pu me soustraire, j’organisais vendredi et samedi dernier à Paris, avec S.E. Madame Mehriban Aliyeva, Première Dame de la République d’Azerbaïdjan, des ministres français ainsi que des autorités européennes, une conférence sur « la sécurité énergétique en Europe ».
Croyez bien que j’ai regretté de ne pas pouvoir participer à ce Forum, d’autant plus que, comme vous le savez peut-être, j’ai pris position très tôt en tant que Député européen pour soutenir les réformes historiques voulues par Sa Majesté et adoptées par le Peuple marocain.
Je voulais toutefois vous proposer d’organiser ensemble, avant les prochaines élections législatives, à Paris ou au Maroc, une conférence de haut niveau réunissant des Ministres, parlementaires, spécialistes, journalistes et représentants de la société civile, venus des pays membres de l’Union pour la Méditerranée.
Cette conférence serait un excellent moyen de réunir toutes celles et ceux qui en Europe, comme dans le monde arabe, ont soutenu l’élan réformateur exceptionnel impulsé par Sa Majesté.
Je me tiens à votre disposition pour tout complément d’information, et je vous prie de croire, Monsieur le Ministre, à l’expression de mes salutations distinguées.
Signature : Amitiés Rachida Dati
Destinataire : Monsieur Taïb Fassi-Fihri Ministre des Affaires étrangères et de la Coopération du Royaume du Maroc
Le vote au Parlement Européen contre l’enquête sur Gdeim Izik
Ayant voté contre la résolution du Parlement européen condamnant le Maroc pour agression contre des civils au Sahara Occidental, Rachida Dati a tenté de justifier sa position plutôt pro-marocaine.
Lors d’un point de presse tenu à Alger, l’ancienne Garde des sceaux du gouvernement français et actuelle eurodéputée, estime que la décision du Parlement européen était «précipitée». «Nous n’avons pas assez d’informations et nous n’avons pas débattu de ce sujet», a-t-elle expliqué. Ajoutant que son opposition à cette résolution se justifie notamment par «cette image diffusée par un média espagnol concernant le conflit israélo-palestinien et qui a été attribuée aux forces marocaines». «Ce qui n’augure pas d’avoir toutes les vérités», a-t-elle relevé.
Rachida Dati a soutenu également qu’elle a un mandat à respecter, et en votant contre cette résolution adoptée à la majorité elle n’a pas «d’intérêt personnel à défendre» et qu’elle œuvre pour «l’intérêt général». Visiblement mal à l’aise sur ce dossier, Mme Dati a essayé d’occulter sa partialité en faveur du Maroc en puisant dans ses origines maghrébines. Un discours qu’elle a d’ailleurs entretenu, même en évoquant les relations algéro-marocaines. Elle a dit être «bien et mal placée pour en parler». Dans ce conflit, «je dois choisir entre mon père et ma mère», a-t-elle avancé, rappelant qu’elle est de père marocain et de mère algérienne. Toutefois, elle a révélé bien connaître le Maroc et a comblé d’éloges ses dirigeants. A une question sur une éventuelle guerre entre l’Algérie et le Maroc, elle dira ne «pas pouvoir imaginé un conflit armé entre les deux pays» et souligné «avoir confiance en le sens de responsabilité de leurs dirigeants».
Dati bloque le mandat d’arrêt
Le 23 juin 2009, Dati bloque la diffusion du mandat d’arrêt lancé en 2007 par le juge Ramaël dans le cadre de son enquête sur l’assassinat de l’opposant marocain Mehdi Ben Barka.
En 2010, Rachida Dati crée une société de conseil appelée la « Bourdonnais consultants », alors qu’elle est députée européenne, et devient une lobbyiste active du royaume. Elle est décorée la même année par le roi du Ouissam alaouite.
En juin 2011, elle qualifie les réformes constitutionnelles lancées par le monarque, pour faire face au Printemps arabe, de « pionnières et révolutionnaires ». Mais avec le temps, sa proximité avec l’entourage royal évolue au-delà de la simple promotion.
