Au Maroc, les appels au changement se multiplient : Lettre ouverte au roi Mohammed VI

La lettre ouverte, signée par des personnalités telles que les journalistes Ahmed Benchemsi, Yassin Akouh et Omar Radi, et des artistes comme Houda Abouz (Khtek) et Omar Souhaili (Dizzy Dros), exhorte les dirigeants marocains à prendre des mesures décisives et transparentes.

GenZ212 : Plus de 60 intellectuels, artistes et activistes adressent une lettre ouverte au Roi du Maroc

Alors que le Maroc attend le discours royal de vendredi, la lettre ouverte a intensifié le débat politique et social autour des manifestations GenZ212.

Alors que le mouvement GenZ212 a temporairement suspendu ses manifestations de mardi à mercredi, une coalition de plus de 60 intellectuels, artistes et activistes marocains a publié une lettre ouverte adressée au Roi Mohammed VI.

Rendue publique aujourd’hui, cette lettre intervient seulement deux jours avant le discours très attendu du Roi Mohammed VI, qui marquera l’ouverture de l’année parlementaire ce vendredi.

L’initiative est accompagnée d’une pétition publique adressée à la société marocaine, appelant à une réflexion collective et à des réformes. Elle marque le dernier développement d’une vague nationale de mobilisation menée par la jeunesse, qui domine le discours public depuis le 27 septembre, date à laquelle les protestations GenZ212 ont commencé à prendre forme.

Mouvement de jeunesse contre silence du gouvernement

Depuis son émergence, GenZ212, un collectif de plus de 185 000 jeunes Marocains s’organisant via Discord, a organisé des sit-ins pacifiques dans les grandes villes pour exiger la dignité, la liberté, la justice sociale et des réformes dans les domaines de la santé et de l’éducation.

Malgré la nature non-violente du mouvement, les premières protestations ont été confrontées à des interventions policières, des arrestations et des dispersions. Pendant près d’une semaine, le gouvernement est resté largement silencieux, ne réagissant qu’après la persistance des manifestations à l’échelle nationale.

Les ministres et les chefs de parti ont fini par faire des déclarations, bien que de nombreux jeunes manifestants les aient jugées insuffisantes et déconnectées de leurs réalités. Les protestations se sont poursuivies pendant dix jours consécutifs jusqu’à ce que le collectif annonce une pause de deux jours « pour se réorganiser et planifier stratégiquement » avant l’ouverture de la session parlementaire.

Un appel à la reddition de comptes et à la réforme

La lettre ouverte, signée par des personnalités telles que les journalistes Ahmed Benchemsi, Yassin Akouh et Omar Radi, et des artistes comme Houda Abouz (Khtek) et Omar Souhaili (Dizzy Dros), exhorte les dirigeants marocains à prendre des mesures décisives et transparentes.

« Le peuple marocain souffre, et sa jeunesse crie dans la rue depuis dix jours », peut-on lire dans la lettre. « Jusqu’à présent, la réponse a été la répression et des centaines d’arrestations. »

Les signataires font état d’incidents violents survenus lors des protestations qui ont entraîné au moins trois décès, avertissant que la situation risque d’entrer dans « une spirale fatale » si l’État n’intervient pas de manière constructive.

Des revendications légitimes

Selon les auteurs, les revendications du mouvement – notamment l’éradication de la corruption – sont légitimes et nécessitent « une réponse concrète, profonde et politique ». Ils affirment que seule une telle réponse « peut apaiser les tensions, restaurer la raison et raviver l’espoir ».

La lettre fait écho aux appels répétés des manifestants en faveur de la dissolution du gouvernement, déclarant : « Nous ne pouvons que soutenir cette demande, qui doit être menée par des moyens constitutionnels. La gravité de la situation appelle un geste fort de cette nature. »

Cependant, le texte va plus loin, affirmant que les actes symboliques ne suffiront pas. « Pour ceux qui connaissent la véritable source du pouvoir exécutif au Maroc, même un tel geste resterait symbolique, et les symboles seuls ne suffisent pas », dit-il, appelant à une refonte des pratiques et des priorités de gouvernance.

Trois piliers pour le renouveau

Les signataires décrivent le renouveau du pays comme reposant sur trois fondements principaux :

Premièrement, la moralisation du pouvoir par une lutte authentique et efficace contre la corruption.

Deuxièmement, la réévaluation des priorités de l’État, qui, selon eux, devraient être centrées sur les besoins essentiels des citoyens.

Troisièmement, le rétablissement de la crédibilité institutionnelle, qui, selon eux, ne peut être atteint qu’en liant l’exercice de l’autorité à une véritable responsabilité politique devant le peuple. « Beaucoup de nos jeunes ont perdu tout espoir ; les violences récentes le démontrent », poursuit la lettre. « Pour les convaincre, il faudra plus que des discours. Il faudra des actions concrètes. »

Appel au monarque

Dans leurs remarques finales, les signataires expriment leur conviction que seul le monarque peut guider le Maroc vers la réconciliation et le renouveau.

« Notre espoir est immense qu’en prenant ces mesures, vous ouvrirez, après vingt-six ans de règne et à l’heure où une nouvelle génération émerge, la voie vers une véritable réconciliation nationale, une réconciliation qui garantisse ce que notre jeunesse scande depuis dix jours : la dignité, la liberté et la justice sociale ».

Ils appellent le Roi à présenter ses condoléances aux familles des victimes et à lancer des enquêtes transparentes sur les décès liés aux manifestations.

Ils demandent également la libération de tous les détenus GenZ212 et des prisonniers politiques, y compris ceux du mouvement Hirak Rif, ainsi que la garantie de la liberté de la presse et la réforme du code pénal pour lever les obstacles à l’expression. La lettre appelle en outre à un véritable processus de réforme constitutionnelle pour consacrer la souveraineté démocratique et la séparation des pouvoirs, ainsi qu’à un dialogue national sur les priorités économiques et sociales afin de réorienter les ressources de l’État vers la santé publique et l’éducation.

Alors que le Maroc attend le discours royal de vendredi, la lettre ouverte a intensifié le débat politique et social autour des manifestations GenZ212.

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