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Par Mohamed Tahar Aissani
Qu’on se le dise : Emmanuel Macron n’est pas content. Non, pas du tout. Et quand Jupiter fronce les sourcils, c’est toute la République qui grimace.
Cette fois, l’objet de sa fureur n’est autre que l’Algérie, encore elle, toujours elle, cette vieille colonie décidément trop indocile pour les nerfs fragiles de la diplomatie française.
En cause ? Deux citoyens français détenus à Alger : l’écrivain Boalem Sansal et le journaliste Christophe Glez. Et voilà que Paris menace, tape du pied, et surtout… menace encore.
Dans une lettre adressée à son Premier ministre François Bayrou – pardon, à sa dernière trouvaille institutionnelle sortie du placard centriste –, Macron s’emporte, exige, et en appelle au « retour de la fermeté ».
L’Hexagone, nous dit-il, « n’a plus le choix » : l’Algérie n’a pas répondu aux appels à coopérer, alors finie la récré. Paris veut hausser le ton, suspendre des accords, revoir les privilèges, tordre les bras diplomatiques. Bref, nous voilà revenus à la diplomatie du bon vieux temps : quand l’Algérie désobéit, on punit.
Sous couvert de “droits de l’Homme”
Qu’on ne s’y trompe pas : l’affaire est enveloppée dans les plus nobles intentions. Paris s’alarme du « sort difficile » de ses deux ressortissants. Soit. Mais derrière l’alibi des droits humains, c’est un bras de fer politique à peine déguisé qui se joue. Parce que Christophe Glez, ce n’est pas un touriste paumé ou un étudiant Erasmus. C’est un journaliste – un mot devenu synonyme d’agent d’influence aux yeux de bien des chancelleries. Et Boualem Sansal, malgré ses talents littéraires, est un habitué des discours abrasifs, bien utiles pour agiter les plaies encore vives de la mémoire coloniale.
Mais la vraie blessure de l’Élysée, c’est ailleurs qu’elle se niche : dans le silence glacial d’Alger, qui n’a pas daigné répondre aux “appels répétés” de Paris. Une gifle feutrée, mais ressentie comme une humiliation.Macron, qui aime tant jouer au médiateur global, du Liban à l’Ukraine en passant par le Sahel, voit soudain l’Algérie lui tourner le dos. Intolérable.
Quand la France découvre que l’Algérie n’est plus un protectorat
L’idée même que l’Algérie puisse mener sa propre politique, en dehors du logiciel parisien, semble choquer les hautes sphères françaises. Suspendre un accord de 2013 sur les visas pour passeports diplomatiques ? Une “sanction” symbolique, certes, mais hautement révélatrice. Il ne s’agit plus de négocier, encore moins de comprendre, mais de rappeler à l’ordre. À croire que certains à Paris n’ont jamais digéré que l’Algérie, un jour, ait dit non.
Et comme souvent dans ces accès de fièvre hexagonaux, le timing n’est pas innocent. Car pendant que la presse française s’indigne du “traitement réservé aux Français en Algérie”, d’autres dossiers brûlants se multiplient entre les deux pays : désaccords mémoriels, tensions migratoires, coopération sécuritaire en panne sèche, soupçons d’ingérence… Et surtout, une France qui peine à s’imposer dans le nouveau jeu d’échecs géopolitique au Maghreb, où la Russie, la Chine et la Turquie avancent leurs pions sans demander l’avis de Paris.
Une crise pour quoi faire ?
Macron le sait, ses leviers sont rouillés. L’Algérie ne tremble plus devant les remontrances françaises. La menace de suspendre quelques facilités diplomatiques ressemble davantage à un coup d’épée dans l’eau qu’à une stratégie de pression efficace. Pire : ce genre de gestes ne fait que raviver un ressentiment populaire profond, alimenté par des décennies d’arrogance post-coloniale jamais vraiment digérée.
Alors, que reste-t-il ? Le coup de menton. L’envolée martiale. Le vernis républicain sur une politique de vexation. Macron se cabre, griffe le vide, en espérant que l’Algérie cède. Mais à Alger, le message semble clair : ce n’est plus Paris qui dicte les règles du jeu. Et cela, pour le chef de l’État français, est sans doute la pire des offenses.
Post-scriptum ironique : En 1830, la France débarquait à Alger pour une histoire d’éventail. En 2025, elle grince des dents pour deux passeports. L’Histoire bégaie, dit-on – encore faut-il savoir l’écouter.
Source: Forum des libertés Algérie
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