L’ultime cran

En quelques jours à peine, la ville d’Oujda se vida de tous les Algériens. Les semaines passèrent, puis les mois et rien ne changea pour les Oujdis bien au contraire. Les clients se firent rares, les hôtels se dépeuplèrent et le commerce s’arrêta net.
Ce que les Marocains n’arrivent pas à admettre et encore moins à assimiler c’est que le secteur du tourisme est sensible à la moindre fluctuation politique et bien souvent économique qui secoue le monde. Et lorsqu’on gère un pareil secteur et que l’on manque de perspicacité et de projection sur l’avenir il est clair qu’on va droit dans le mur.
L’attentat de Marrakech de 1996 qui a fait de nombreuses victimes parmi les Espagnols a tout de suite été attribué aux Algériens, sans la moindre preuve. 
Dans l’hystérie générale qui s’est emparée du royaume, rien n’a été épargné à nos compatriotes qu’ils soient touristes ou résidents. Quelques-uns ont été jetés en prison sans autre forme de procès, d’autres sauvagement molestés par les «makhzen».
Des citoyens qui dormaient à l’hôtel, ont été brusquement réveillés et leurs affaires jetées dehors en pleine nuit. Pendant plusieurs semaines le régime fera une chasse sans merci aux Algériens, avec toute la brutalité qu’on lui connaît. Beaucoup seront volés, battus et insultés en public et parfois même conduits aux frontières menottes aux poings.
Le roi poussera plus loin en gelant carrément les relations avec l’Algérie non sans fermer ses frontières. C’était le point qu’il ne fallait surtout pas atteindre. En quelques jours à peine, la ville d’Oujda se vida de tous les Algériens.
Les semaines passèrent, puis les mois et rien ne changea pour les Oujdis bien au contraire.
Les clients se firent rares, les hôtels se dépeuplèrent et le commerce s’arrêta net. La cité courait à la ruine et le sinistre était pratiquement programmé. Face à une population désespérée qui réclamait de plus en plus l’ouverture des frontières, le roi céda et proposa aux Algériens la liberté de passage des biens et des personnes entre les deux pays. Ce que le gouvernement refusa estimant que le règlement du problème du Sahara occidental conditionnait la solution de tous les autres.
Le problème étant d’autant plus délicat que les Marocains s’aperçurent que l’attentat de Marrakech n’étant pas le fait des Algériens qu’ils avaient accusés à tort, mais celui de leur propre mouvance intégriste. Entre-temps, notre pays s’ouvrait largement à l’économie de marché. Ce que les Algériens allaient chercher à Oujda ils l’ont désormais sur place que ce soit les fruits exotiques, les médicaments, les boissons, le textile ou les pièces détachées. Hormis les frontaliers qui ont des familles de part et d’autre, une réouverture des frontières terrestres ne serait même pas un événement pour les Algériens.
Info-Soir, 30/05/2012
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