Mohammed Omar Baio a appelé à la « paix froide » plutôt qu’au « voisinage chaud » – décryptage d’une relation tourmentée
Dans un article publié sur sa page Facebook et relayé par divers médias, Mohammed Omar Baio, directeur de la Corporation médiatique libyenne, pose une question qui fâche, et qui résume à elle seule des décennies de méfiance entre Tripoli et Alger : « Que veut l’Algérie de la Libye ? »
Sous le titre « La déconcertante question libyenne : que veut l’Algérie ? », Baio ne se contente pas d’une analyse géopolitique classique. Il livre un récit personnel et engagé, nourri par des années d’observation des relations bilatérales, de l’indépendance libyenne en 1951 à celle de l’Algérie en 1962, en passant par le soutien historique des Libyens aux révolutionnaires algériens.
Un voisinage subi, non choisi
L’un des passages les plus frappants de son texte est une métaphore politique : le voisin d’un pays n’est pas comme un voisin de palier. On peut déménager pour fuir un résident insupportable. Mais on ne déplace pas son pays. « Une patrie et ses voisins relèvent du destin », écrit Baio. Dès lors, la seule issue rationnelle, selon lui, est la paix – quitte à ce qu’elle soit « froide », mais toujours préférable à un « voisinage chaud ».
Cette formule, qui n’est pas sans rappeler la « guerre froide » entre puissances, résume l’état d’esprit libyen tel qu’il est exprimé par Baio : mieux vaut une distance polie et sans illusions qu’une proximité explosive.
Des contentieux anciens et jamais soldés
Baio rappelle que les tensions libyo-algériennes ne datent pas d’hier. Les différends frontaliers, les rivalités autour de la région pétrolière de Hassi Messaoud, et les fluctuations de la politique étrangère algérienne à l’égard de la Libye ont créé un climat de suspicion réciproque. Ce qui surprend Baio, c’est l’absence de reconnaissance par Alger du soutien libyen à la révolution algérienne (1954-1962). « Les dirigeants algériens auraient dû rendre la pareille, mais cela n’est jamais arrivé », regrette-t-il.
Une hostilité inexpliquée
L’auteur va plus loin : aucune théorie des relations internationales, dit-il, ne justifie l’hostilité algérienne envers la Libye. Aucune nécessité de voisinage ne vient non plus éclairer ce qu’il perçoit comme un manque chronique de clarté de la part d’Alger. Or, insiste Baio, la Libye ne représente aucune menace stratégique ou sécuritaire pour l’Algérie. Au contraire, les intérêts des deux pays convergeraient face à la montée du terrorisme au Sahel et à la propagation des groupes armés du Mali vers les pays du Sahara.
Et si la clé était à Benghazi ?
L’une des positions les plus remarquables de l’article est l’insistance de Baio sur le rôle du Commandement général des forces armées libyennes, et plus particulièrement du maréchal Khalifa Haftar et de son adjoint, le lieutenant-général Saddam Haftar. Selon lui, ces acteurs sont les garants de la sécurité des frontières libyennes, donc de la sécurité de l’Algérie. Il semble suggérer qu’Alger gagnerait à coopérer directement avec eux, plutôt que de cultiver une méfiance devenue contre-productive.
Une patience libyenne à l’épreuve
Baio termine sur une note presque existentielle : la question « Que veut l’Algérie ? » restera probablement sans réponse. En attendant, la Libbie n’a, selon lui, qu’une attitude raisonnable à adopter : la patience. Il précise toutefois que cette patience n’est ni naïve ni complaisante. La Libye, écrit-il, ne demande rien d’autre que la paix, la sécurité, la construction de l’État, la stabilité et le progrès – des objectifs qui, ajoute-t-il, « bénéficieraient également à l’Algérie ».
Conclusion : un cri du cœur plus qu’une note diplomatique
Loin du langage policé des chancelleries, la tribune de Mohammed Omar Baio a la valeur d’un témoignage politique assumé. Elle révèle une frustration libyenne qui n’ose pas dire son nom : celle de se heurter, depuis des décennies, à un partenaire algérien perçu comme opaque, distant et parfois hostile, sans raison apparente.
Reste à savoir si ce message – dont on peut discuter les partis pris pro-Haftar – sera entendu à Alger. En attendant, la « question déconcertante » demeure posée, comme un silence entre deux voisins qui ne se parlent plus vraiment, mais qui ne peuvent pas déménager.
Source : Libya update, 12/05/2026
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