Affaire Epstein : des survivantes accusent Melania Trump de « reporter le fardeau » sur les victimes

Les déclarations surprises de la première dame, qui appelle le Congrès à organiser des auditions publiques avec les victimes de Jeffrey Epstein, provoquent l’indignation de plus d’une dizaine de survivantes.

D’après un article du The Guardian, un groupe de treize survivantes de l’ancien financier Jeffrey Epstein, rejoint par le frère et la sœur de Virginia Giuffre – l’une des accusatrices les plus médiatiques –, a vivement critiqué la prise de parole de Melania Trump. Dans un communiqué, elles l’accusent de « reporter le fardeau » sur elles alors qu’elles ont déjà fait preuve d’un « courage extraordinaire » en se manifestant, en déposant plainte et en témoignant.

« Leur demander davantage aujourd’hui est un détournement de responsabilité, pas de la justice », ont-elles déclaré, citées par The Guardian.

Une première dame qui se défend

Melania Trump a créé la surprise en publiant une déclaration dans laquelle elle nie formellement avoir eu une quelconque relation avec Jeffrey Epstein et sa complice Ghislaine Maxwell. Elle affirme n’avoir jamais été une victime d’Epstein, n’avoir eu connaissance de ses crimes, et que ce dernier ne lui a pas présenté son mari, Donald Trump.

« Les mensonges qui me lient à l’infâme Jeffrey Epstein doivent cesser aujourd’hui », a-t-elle déclaré, dénonçant des années de « fausses images et déclarations » calculées sur les réseaux sociaux.

Selon son conseiller principal, Marc Beckman, cité par Reuters, elle s’est exprimée « parce qu’il y a une limite à ne pas dépasser. Les mensonges doivent cesser ».

Dans un entretien au New York Times, le président Donald Trump a assuré qu’il ignorait le contenu du discours de son épouse, mais qu’elle souhaitait répondre aux questions sur ses liens supposés avec Epstein. « Elle avait le droit d’en parler », a-t-il dit.

La proposition d’auditions publiques jugée « déplacée »

Dans sa déclaration, la première dame a également exhorté le Congrès à organiser des auditions publiques et à recueillir des témoignages sous serment des survivants d’Epstein. Une proposition qui a suscité la colère des principales concernées.

Les survivantes estiment que Melania Trump « transfère désormais le fardeau sur les victimes dans des conditions politisées qui protègent ceux qui détiennent le pouvoir » : le ministère de la Justice, les forces de l’ordre, les procureurs et l’administration Trump, « qui n’a toujours pas pleinement respecté la loi sur la transparence des fichiers Epstein ».

Elles dénoncent également une tentative de détourner l’attention de Pam Bondi, responsable de la justice, qui doit répondre de la rétention de certains documents et de l’exposition de l’identité des victimes. « Ces défaillances continuent de mettre des vies en danger tout en protégeant les complices », ajoutent-elles.

« Assez de nous retraumatiser »

Marina Lacerda, l’une des signataires, a posté une vidéo sur les réseaux sociaux, rapportée par The Guardian : « Nous devrions témoigner devant le Congrès sous serment ? Pour quoi faire ? Est-ce que cela changera quelque chose ? Est-ce que des gens seront tenus responsables ? » Elle rappelle que la loi sur la transparence a été adoptée, que des documents ont été publiés, mais que « personne n’a rien fait ».

« Vous voulez nous retraumatiser, nous demander de raconter notre histoire devant le Congrès – à certains nous l’avons déjà dite –, pour qu’ensuite il ne se passe absolument rien », a-t-elle ajouté.

Lisa Phillips, une autre survivante, a confié à Sky News que la première dame cherchait avant tout « à faire savoir au public qu’ils se trompent à son sujet, à se dissocier de son mari ». Tout en comprenant les réticences de ses pairs, elle estime qu’il faudrait « appeler son bluff » : « D’accord, montrez-nous ce que vous pouvez faire. Quelle est la prochaine étape ? »

Les survivantes demandent des actes, pas des discours

Maria et Annie Farmer, deux autres victimes d’Epstein, ont déclaré dans un communiqué séparé : « Ce que nous voulons, c’est la responsabilité, la transparence et la justice. » Elles déplorent que le gouvernement fédéral ait « mal géré l’enquête Epstein pendant des années en ignorant les survivants, en violant leur vie privée et en refusant de publier les dossiers restants ».

De son côté, le président de la commission de surveillance de la Chambre, le républicain James Comer, a affirmé sur Fox News avoir « toujours prévu d’organiser des auditions avec les victimes », une fois les dépositions terminées. Il a reconnu que certaines victimes sont prêtes à témoigner, mais que la plupart ne le souhaitent pas – ce qu’il dit comprendre.

La Maison-Blanche n’a pas immédiatement répondu aux demandes de commentaire de The Guardian.

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