
Notre société se voit dans les Epstein Files comme un fêtard se voit le lendemain matin dans sa salle de bain au spot cruel. Cet Occident si fier de sa supériorité morale découvre sur sa tête même une gangrène jusqu’alors invisible, comme une illustration de l’adage « le poisson pourrit par la tête ».
Il y a des moments où les sociétés se voient soudain sous une lumière crue, bien trop crue. Ce qu’on croyait être une simple éclaboussure, un pédo-criminel, de plus un fait divers, expression insupportable, quand elle sert à détourner le regard, devient tout à coup une déflagration morale. Non pas parce que les faits sont complètement nouveaux, mais parce qu’ils cessent enfin d’être invisibles.
Notre société se voit dans les Epstein Files comme un fêtard se voit le lendemain matin dans sa salle de bain au spot cruel. Cet Occident si fier de sa supériorité morale découvre sur sa tête même une gangrène jusqu’alors invisible, comme une illustration de l’adage « le poisson pourrit par la tête ».
Car ce que nous découvrons autour du suicidé de la prison de New York, inscrit à la liste des délinquants sexuels depuis 2009, c’est un immense réseau, comme une vue en coupe d’une caste. Non pas l’aristocratie qui croyait justifier ses privilèges par ses manières et ses services militaires.
Non pas la bourgeoisie qui croyait asseoir son pouvoir sur son esprit d’entreprise, ses diplômes ou sa morale au moins apparente. Mais une caste fondée uniquement sur l’argent et les renvois d’ascenseurs. Une internationale de passe-droit, constellation d’acteurs intouchables, coalition d’impunité.
Une classe littéralement mondialisée, circulant de jet privé en hôtel discret, de dîner mondain en week-end sur l’île privée de tous les abus. De palais royaux en palais présidentiels, car aucun régime ne semble résister à la corruption. Parlant une langue où les mots « devoir », « responsabilité », « honneur » ont disparu.
Il y a ceux qui ont participé, ceux qui ont regardé ailleurs, ceux pour qui la question ne se posait même pas car les règles pour le commun des mortels ne s’appliquent pas à ceux qui en sont. Un peu comme pour les dieux de l’Olympe. Ce qui est permis à Jupiter n’est pas permis à Adolf.
Le ministère de la justice américain a publié des millions de documents, mais largement caviardés. Pas toujours comme prétendu dans l’intérêt des victimes.
De ce microcosme, à part Ghislaine Maxwell, aucun client d’Epstein n’est à ce jour inquiété pénalement. L’indéboulonnable Jack Lang et sa fille, qui nie désormais tout mais démissionne hier, la future reine de Norvège, la directrice juridique de Goldman Sachs, l’ex-commissaire européen Lord Mandelson, le grand philanthrope Bill Gates, Bill Clinton et tant d’autres. Mais concentrons-nous sur le volet français, car Epstein aimait beaucoup Paris, son appartement avenue Foch. Et même le palais de l’Elysée, où il organise grâce à Jack une fiesta pour son ami Thomas Pritzker en 2019.
Les médias feront-ils leur travail autour des 67 000 occurrences de Paris, du rôle de M. Brunel, suicidé à la santé ? Frustration magazine a déjà commencé, mais d’autres journaux n’en parlent que pour répéter en chœur, comme chaque fois que quelque chose embarrasse le pouvoir, c’est les Russes. On rirait si on n’avait pas envie de pleurer.
Tous les membres de cette caste n’ont pas les goûts criminels d’Epstein et de ses complices, mais elle les tolère. Elle ne croit plus aux nations, ce sont pour elle des marchés. Elle ne croit plus à la démocratie, c’est un simulacre. Et par-dessus tout, elle ne croit plus à la loi, cette vieille fiction qui n’a d’intérêt que pour ceux qu’on surveille. Elle est démunie même de l’instinct le plus basique, celui qui protège l’enfance, l’innocence.
Elle vit dans la juridiction de l’impunité, une patrie sans frontières où on voyage léger, car le seul passeport qu’il faut, c’est l’argent. L’argent et ce vaste réseau d’intérêts, de chantage, de compromissions, qui tient lieu de ciment moral.
Alors que reste-t-il de nos dirigeants nationaux ? Des concierges de grands hôtels. Qu’a donné Bruno Le Maire, alors ministre des Finances, en échange de son séjour dans la résidence d’Epstein à New York en 2018 ?
Ils se prennent pour les maîtres du monde, mais ils sont les serviteurs de ce genre de méphistophélès de caniveau. Et pourtant, ce serait une erreur de s’en remettre uniquement à l’indignation. L’indignation est confortable, elle nous dispense d’agir et de comprendre. Le véritable danger n’est pas la corruption profonde de quelques-uns.
Elle a toujours existé, elle existera toujours, mais l’habitude que nous en prenons. La résignation tranquille, l’idée sournoise que tout cela est normal, que ça va de soi, que nous n’y pouvons rien. C’est cette abdication intime, cette fatigue morale qui transforme le terreau des tyrannies sans tyran, des dominations sans visage. Et c’est pourquoi il faut retrouver cette colère froide, ce refus intérieur, ce sursaut, la dernière liberté des hommes humiliés. Non pas une fureur aveugle, non pas la violence, mais l’insurrection de l’esprit. Ce refus obstiné de consentir à ce que l’on sait injuste. On a le sentiment qu’on passe à côté de l’essentiel.
Alors que tant de voix médiatiques traquent en permanence des influences étrangères supposées, en fait massifs, documentées, demeurent étrangement ignorées. Les premiers éléments déjà accessibles des Epstein Files mettent en lumière non pas des rumeurs diffuses, mais des proximités troublantes, avec des responsables politiques français de tous bords.
Ce qui apparaît, c’est une forme d’emprise et d’intervention américaine tangible, consignée, presque administrative. Et pourtant, aucun nombre de chocs, aucun débat, comme si tout cela devait rester hors champ. Il est pourtant évident qu’un tel système ne peut pas être sans conséquences. Lorsqu’un réseau de cette nature gravite autour des élites, il devient un levier potentiel sur les carrières, les élections, les choix stratégiques et même certaines décisions économiques ou industrielles.
Ce type de dispositif relève du chantage à grande échelle, d’un mécanisme de compromission capable d’alimenter des chaînes entières de corruption au sommet de l’État. Et ce qui rend cette affaire encore plus insupportable, c’est qu’elle touche à la dimension la plus abjecte de ses pratiques, l’exploitation pédocriminelle comme instrument ultime de domination et de silence.
Par Natacha Polony
Source : Facebook
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