Le Maroc est-il en train d’obtenir gain de cause ? Quel rôle jouent les États-Unis ? Est-ce bientôt la fin de ce conflit ? Pour répondre à ces questions, TV5 Monde a réuni grand connaisseurs de la question : Djilali Ben Chabane, consultant en stratégie et géopolitique. Bonsoir, merci d’avoir accepté notre invitation. Vous êtes également directeur de CEO Stratégie Conseil. Khadija Mohcine-Finan, bonsoir, politologue, spécialiste du Maghreb. Merci d’être avec nous. Et François Dubuisson, professeur de droit international à l’Université Libre de Bruxelles.
Sahara occidental : reprise du dialogue à Madrid sous l’impulsion américaine
Cinquante ans après le début du conflit du Sahara occidental, une réunion qualifiée de « rare » s’est tenue cette semaine à Madrid. Organisée sous l’égide des États-Unis, à l’ambassade américaine, elle a réuni autour de la même table des représentants du Maroc, du Front Polisario, de Algérie et de Mauritanie. Une première depuis sept ans en matière de négociations directes.
Cette initiative relance les interrogations : le Maroc est-il en passe d’obtenir gain de cause ? Quel rôle jouent les États-Unis ? Et surtout, assiste-t-on aux prémices d’une sortie de crise ?
Washington en chef d’orchestre
Pour Djilali Ben Chabane, consultant en stratégie et géopolitique, cette rencontre confirme « le rôle essentiel » de Washington. Selon lui, l’implication américaine s’inscrit dans la continuité des Accords d’Abraham, qui avaient conduit en 2020 à la reconnaissance par Washington de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, en contrepartie de la normalisation des relations entre Rabat et Israël.
L’expert estime que cette dynamique marque un basculement géopolitique : « L’action américaine bouscule le jeu diplomatique, avec un effacement relatif de l’Europe et un affaiblissement de la position française au Maghreb. Les États-Unis apparaissent désormais comme l’acteur capable d’imposer une reprise du dialogue entre des parties aux positions longtemps irréconciliables. »
Cette stratégie s’inscrit également dans la posture revendiquée par Donald Trump, qui se présente comme un « faiseur de paix » sur plusieurs dossiers internationaux.
Une volonté d’accélération
La politologue Khadija Mohcine-Finan voit dans cette médiation une volonté américaine d’aller « jusqu’au bout ». Trois motivations principales seraient à l’œuvre : consolider la posture diplomatique américaine, « récompenser » le Maroc pour son engagement dans les Accords d’Abraham, et lever les incertitudes qui freinent les investissements économiques dans la région.
« Les États-Unis souhaitent investir davantage au Maroc et au Sahara occidental. Or, l’instabilité liée au conflit constitue un frein pour les entreprises américaines », souligne-t-elle.
Une victoire diplomatique marocaine à l’ONU
Le contexte international semble favorable à Rabat. Le 31 octobre dernier, le Conseil de sécurité des Nations Unies a adopté une résolution mettant en avant le plan d’autonomie proposé par le Maroc en 2007. Le texte a été approuvé par onze voix, sans opposition, malgré les abstentions de Russie, Chine et Pakistan. L’Algérie, soutien du Polisario, n’a pas pris part au vote.
Pour François Dubuisson, professeur de droit international à l’Université Libre de Bruxelles, ce résultat est « l’aboutissement d’une diplomatie marocaine extrêmement offensive ». Il rappelle que Rabat dispose d’arguments économiques et stratégiques majeurs : accès aux ressources (pêche, phosphates), coopération migratoire avec l’Europe et rôle clé dans la lutte antiterroriste.
Face à cela, « le Polisario apparaît politiquement affaibli », note-t-il, malgré son ancrage dans le principe du droit à l’autodétermination.
Autonomie contre indépendance
Le plan d’autonomie reste au cœur des discussions. Il prévoit notamment un chapitre sensible sur le retour des exilés, conditionné à leur désarmement et à leur « dépolitisation ». Une perspective qui suscite des tensions.
Des divergences persistent également sur la gouvernance locale. Le Front Polisario plaide pour un exécutif élu, tandis que Rabat privilégie un modèle aligné sur les autres régions du royaume, avec des responsables nommés.
Droit international et réalités politiques
François Dubuisson souligne un « décalage complet » entre le droit international et les dynamiques politiques actuelles. Juridiquement, rappelle-t-il, le Sahara occidental demeure un territoire non autonome en attente d’autodétermination.
« L’autodétermination peut prendre différentes formes, y compris l’intégration à un État existant avec un statut particulier », précise-t-il. Mais il pointe une difficulté majeure : le mécanisme envisagé d’approbation ne reposerait pas exclusivement sur le peuple sahraoui, comme le voudrait l’interprétation stricte du droit international.
Même si la résolution onusienne ne mentionne plus explicitement un référendum, le mandat de la MINURSO demeure officiellement lié à cette perspective.
L’Algérie sous pression ?
L’évolution du rapport de force pose enfin la question d’un possible isolement d’Alger. Djilali Ben Chabane évoque une diplomatie algérienne « en difficulté » depuis la fin de l’ère Abdelaziz Bouteflika, ainsi qu’un soutien international moins affirmé qu’auparavant.
Les abstentions de Moscou et Pékin lors du vote à l’ONU illustreraient, selon lui, cette recomposition.
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