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Un des hommes les plus puissants du Maroc, convoqué par la justice pour une fuite de secrets d’État. Un expert qualifie la démarche de « totalement vaine ».
Le tribunal de Rotterdam souhaite entendre un proche du roi du Maroc Mohammed VI en tant que témoin dans une affaire impliquant un espion présumé de l’Autorité nationale de la sécurité et du contre-terrorisme (NCTV). Selon des experts, cette requête pourrait avoir des conséquences diplomatiques, a rapporté mercredi NRC.
L’affaire de la taupe présumée de la NCTV, le fonctionnaire arrêté en 2023 pour avoir divulgué des secrets d’État, s’étend jusqu’au plus haut niveau au Maroc. Le tribunal de Rotterdam veut entendre Yassine Mansouri, chef de la Direction générale des études et de la documentation (DGED) et proche du roi Mohammed VI, en tant que témoin.
Selon des experts, cette requête pourrait avoir des conséquences diplomatiques et mettre sous tension les relations entre les Pays-Bas et le Maroc, précise le quotidien néerlandais.
Selon le ministère public, le fonctionnaire suspecté, Abderrahim el M., qui travaillait comme analyste pour le coordinateur de la lutte contre le terrorisme NCTV, aurait eu des contacts directs avec Mansouri. C’est pourquoi le tribunal a déjà décidé d’entendre quatre employés des services de renseignement marocains, à qui El M. aurait transmis des documents classifiés. L’un de ces quatre protagonistes, il s’avère maintenant, est Mansouri. La tentative du tribunal d’entendre Mansouri et d’autres officiers du renseignement sur la fuite de secrets d’État est considérée par De Mas comme « totalement vaine ». Selon lui, cela pourrait avoir des répercussions sur les liens avec le Maroc. « Une affaire similaire en France a déjà entraîné un refroidissement temporaire de la relation. » Quant à savoir si, et pourquoi, El M. avait des contacts avec le chef de l’espionnage marocain, son avocat Bart Nooitgedagt ne souhaite pas faire de commentaire. « Nous ne communiquons pas sur les témoins potentiels à entendre. » Ces dernières années, Mansouri est apparu plus fréquemment dans diverses affaires d’espionnage européennes. Son nom est notamment mentionné dans l’enquête pénale sur l’ingérence au Parlement européen à Bruxelles. Selon l’enquête, des eurodéputés qui, d’après le parquet belge, se seraient laissé corrompre pour influencer des décisions en faveur du Maroc, auraient rencontré Mansouri. En tant qu’analyste du terrorisme, il occupait une position cruciale de collecte d’informations aux Pays-Bas. C’est le rêve de tout chef du renseignement de pouvoir recruter une telle personne. Paolo de Mas, expert du Maroc Il s’agit de l’un des hommes les plus puissants du Maroc, déclare l’expert du Maroc Paolo de Mas. « Il fait partie du cercle le plus proche du roi. » De Mas qualifie de « très surprenant » le fait que le fonctionnaire du NCTV ait eu des conversations avec Mansouri, mais ne l’exclut pas. « En tant qu’analyste du terrorisme, il occupait une position cruciale de collecte d’informations aux Pays-Bas. C’est le rêve de tout chef du renseignement de pouvoir recruter une telle personne. » Mais il est surtout lié au scandale Pegasus, ajoute l’expert Paolo de Mas. Le service de renseignement de Mansouri est accusé d’avoir utilisé des logiciels espions pour écouter des journalistes, des militants et des politiciens au Maroc et à l’étranger. Le président français Macron aurait été l’une des cibles. Le Maroc a fermement nié ces accusations. Les Pays-Bas entretiennent une relation ambivalente avec le Maroc. D’une part, les Pays-Bas dépendent de la coopération avec le Maroc en matière de lutte contre la criminalité et de migration. Des accords ont été conclus avec le pays concernant le rapatriement des étrangers expulsés. D’autre part, les activités du service de renseignement marocain aux Pays-Bas suscitent des inquiétudes. L’année dernière, dans un rapport, l’AIVD (Service général de renseignement et de sécurité) a désigné le Maroc comme l’un des pays qui espionne et approche sa propre diaspora aux Pays-Bas en tant qu’informateurs. Cela se ferait pour exercer une répression et à des fins d’espionnage économique.