Crise diplomatique algéro-française : la course à l’échalote de l’exécutif français

Un nouveau palier dans l’escalade: le président Emmanuel Macron a officiellement demandé à son gouvernement la suspension formelle de l’accord de 2013 concernant l’exemption de visa pour les passeports officiels et diplomatiques algériens. Il a également chargé le ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, de trouver des moyens pour expulser les ressortissants algériens en situation irrégulière.

Cette décision, rendue publique le 6 août par plusieurs médias, marque une nouvelle étape dans la dégradation des relations franco-algériennes.

Dans sa lettre, le chef de l’État français évoque « une série d’obstacles persistants à une relation apaisée », tout en insistant sur la nécessité d’« adopter une ligne claire et ferme ». Une posture qui, sous des dehors de fermeté, interroge sur ses motivations réelles.

Un durcissement en réponse à une diplomatie algérienne souveraine

Au-delà de la réponse officielle, ferme et argumentée, du ministère algérien des affaires étrangères, il n’en demeure pas moins que, ces derniers mois, l’Algérie a affiché une diplomatie souveraine, refusant les injonctions françaises sur plusieurs sujets sensibles : la libération de Boualem Sansal et Christophe Gleizes, les dossiers mémoriels, migratoires ou encore sécuritaires.

Mais au-delà de ces différends conjoncturels, ce qui dérange Paris, c’est la fermeté tranquille du pouvoir algérien, qui refuse désormais les accommodements diplomatiques issus de l’ère postcoloniale.

Clairement, c’est la diplomatie algérienne qui dérange le Président français

En effet, Macron cherche à contraindre l’Algérie à s’aligner sur la politique néo-impérialiste de la France (ou pour le moins à ne pas l’entraver), notamment en Afrique, où la position algérienne fait obstacle au retour de l’influence française.

Paris aimerait également voir Alger infléchir sa position historique sur la question palestinienne, afin de ne pas gêner la décision de la France d’accepter une reconnaissance conditionnelle de l’État palestinien, subordonnée à la normalisation avec Israël et au désarmement de la résistance, une logique que rejette fondamentalement la diplomatie algérienne.

Une France isolée face à une Algérie courtisée

Alors que Paris multiplie les tensions, plusieurs partenaires européens entretiennent des relations apaisées avec Alger : l’Italie, l’Allemagne, la Slovénie ou encore l’Espagne.

L’Union européenne elle-même a récemment validé son engagement dans le projet Medilink, prévoyant l’installation d’un câble sous-marin haute tension entre l’Algérie et l’Italie.

Ce décalage isole la France, à la fois sur la scène européenne et sur le continent africain, où l’Algérie joue un rôle central, notamment au Sahel.

Une stratégie électoraliste à courte vue

Ce durcissement diplomatique intervient dans un contexte politique français tendu, à quelques mois des élections municipales de 2026 et à moins de deux ans de la présidentielle de 2027.

Face à une extrême droite en progression, une opinion fracturée sur l’immigration et un mécontentement social nourri par la rigueur budgétaire annoncée, l’Algérie devient une carte électorale commode.

Ce n’est pas la première fois que Paris instrumentalise la relation bilatérale. Mais la nouveauté tient au caractère frontal et assumé de la démarche, qui relègue les mécanismes traditionnels de coopération au second plan, au profit d’un affichage de fermeté destiné à une opinion intérieure.

Des conséquences à ne pas sous-estimer

Cette décision pourrait alourdir considérablement les mécanismes de dialogue institutionnel entre les deux pays. La suspension de l’accord sur les visas diplomatiques (finalement, abrogé purement et simplement par l’Algérie), risque de freiner les échanges au plus haut niveau. Quant à la coopération migratoire, déjà complexe, elle pourrait se gripper durablement. Mais Alger dispose de nombreux leviers de réponse, y compris dans les domaines économiques et sécuritaires. Dans un contexte multipolaire où la France recule au profit de la Chine, de la Russie ou de la Turquie par exemple, une rupture prolongée avec l’Algérie aurait des effets stratégiques lourds.

Une logique de confrontation symptomatique d’un affaiblissement

Il apparaît aussi que ce durcissement n’est pas un choix géopolitique rationnel, mais un repli sur une posture de confrontation dictée par des impératifs internes à la France (crises économique, financière, sociale, democratique… et de confiance).

L’Algérie, de son côté, ne cherche pas la rupture. Elle réclame une relation d’égal à égal, fondée sur le respect mutuel.

En cédant à la tentation de l’instrumentalisation, l’exécutif français sacrifie une relation stratégique sur l’autel d’une communication de crise. Une fois encore, l’Algérie est projetée dans le débat public français non comme un partenaire, mais comme un problème à gérer.
Ali Ben Dris

Source: Forum des libertés Algérie

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