Sahara occidental : La photo de l’ambassadeur Mike Waltz qui assomme tout le Maroc

C’est la dimension symbolique de la rencontre qui est placée au centre de l'argumentation. La réception d’une délégation du Front Polisario par l'ambassadeur Mike Waltz, à la veille d’une nouvelle séquence diplomatique au Conseil de sécurité sur le Sahara Occidental, est présentée comme une image difficile à concilier avec le récit d’une victoire diplomatique totale du Maroc. Cette image dit davantage que les déclarations officielles : le dossier du Sahara occidental demeure un dossier de négociation, le Front Polisario demeure un interlocuteur et Washington continue de traiter avec lui.

L’ambassadeur américain auprès de l’ONU, Mike Waltz, a rencontré à New York le ministre sahraoui des Affaires étrangères ainsi que plusieurs hauts responsables du Front Polisario. Alors que Washington maintient officiellement son soutien au plan d’autonomie marocain sous souveraineté marocaine, cette multiplication des contacts avec les représentants sahraouis traduit une volonté américaine de maintenir un dialogue direct avec les différentes parties. Un changement de méthode qui pourrait contrarier Rabat, à l’heure où les discussions sur l’avenir du Sahara occidental restent au cœur de l’agenda diplomatique à l’ONU.

Alors que Rabat affirme que la question du Sahara occidental est définitivement tranchée dans le sens de la souveraineté marocaine, la réception de responsables du Front Polisario par Mike Waltz, ambassadeur américain auprès des Nations unies, donne une tout autre image de la réalité diplomatique. Cette rencontre constitue un sérieux désaveu de la communication officielle marocaine.

À quelques semaines d’une nouvelle échéance au Conseil de sécurité sur le dossier du Sahara occidental, Mike Waltz a reçu une délégation du Front Polisario composée de Mohamed Salem Ould Salek, conseiller du président du Front Polisario chargé des affaires politiques, de Mohamed Yeslem Beissat, ministre des Affaires étrangères de la « République arabe sahraouie », et de Sidi Mohamed Omar, représentant du Front Polisario auprès des Nations unies. Une rencontre inédite et qui prend une dimension particulière au regard de la position affichée par Washington sur le Sahara occidental.

Le paradoxe américain qui dérange Rabat

Mike Waltz aurait cherché à convaincre les responsables du Front Polisario d’accepter le plan d’autonomie marocain comme solution au conflit. Mais c’est précisément le fait que Washington continue de dialoguer directement avec le Front Polisario qui est présenté comme le principal enseignement de cette rencontre. Si les États-Unis considéraient le dossier comme définitivement réglé et la revendication marocaine comme ne laissant plus de place à une négociation avec l’autre partie, pourquoi leur représentant auprès de l’ONU recevrait-il les dirigeants du Front Polisario et discuterait-il avec eux de l’avenir du territoire ? La réponse est lourde de conséquences pour la communication officielle marocaine.

Le Polisario toujours considéré comme un interlocuteur

Le commentaire voit dans cette réception la reconnaissance implicite du Front Polisario comme partie au processus diplomatique. Autrement dit, même lorsque Washington défend la proposition marocaine d’autonomie, il ne se prive pas de maintenir un dialogue avec les représentants du mouvement qui revendique l’indépendance du Sahara occidental et défend le droit à l’autodétermination. C’est cette coexistence entre la position américaine favorable au Maroc et le dialogue avec le Front Polisario qui constitue, selon l’auteur, le véritable signal politique de la rencontre. La diplomatie américaine ne se comporterait pas comme si le dossier était définitivement clos.

Un désaveu de la « victoire diplomatique » marocaine

Les Marocains devraient revoir leur perception du dossier et affirme que la version officielle marocaine ne correspondrait pas à la réalité des échanges diplomatiques. La rencontre de Mike Waltz avec la délégation sahraouie est alors présentée comme un élément concret venant contredire l’idée selon laquelle la reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine aurait définitivement marginalisé le Front Polisario sur la scène internationale. Le paradoxe est d’autant plus frappant que l’échange intervient précisément à l’approche d’une nouvelle discussion au Conseil de sécurité.

Washington dialogue avec Rabat… et avec le Polisario

La diplomatie américaine ne se limite pas à un seul interlocuteur. D’un côté, Washington maintient sa position favorable au Maroc sur le Sahara occidental. De l’autre, son ambassadeur auprès de l’ONU reçoit des responsables du Front Polisario et discute avec eux de la proposition d’autonomie marocaine. Cette situation constitue un démenti à l’idée d’une question définitivement réglée. Le véritable sujet n’est donc plus seulement de savoir quelle position Washington affiche publiquement, mais aussi avec quels acteurs américains choisissent de dialoguer lorsqu’il s’agit de rechercher une issue politique au conflit.

Le symbole qui embarrasse Rabat

C’est enfin la dimension symbolique de la rencontre qui est placée au centre de l’argumentation. La réception d’une délégation du Front Polisario par le représentant américain auprès des Nations unies, à la veille d’une nouvelle séquence diplomatique au Conseil de sécurité, est présentée comme une image difficile à concilier avec le récit d’une victoire diplomatique totale du Maroc. Cette image dit davantage que les déclarations officielles : le dossier du Sahara occidental demeure un dossier de négociation, le Front Polisario demeure un interlocuteur et Washington continue de traiter avec lui. C’est précisément cette réalité diplomatique que le commentaire présente comme le « désaveu » de la version officielle marocaine. À ses yeux, le paradoxe est désormais exposé au grand jour : même après la reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine, la diplomatie américaine continue de parler directement avec ceux qui contestent cette souveraineté.

La photo du diplomate américain a, sûrement, fait des ravages auprès de l’opinion publique marocaine, y compris chez les pseudo-démocrates dont les sentiments envers les sahraouis ne diffèrent de ceux des « ayachas » qu’ils critiquent.

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