Hydrogène : l’Algérie au cœur du grand corridor énergétique vers l’Europe

Le tracé envisagé passerait par la Tunisie et l’Italie, avant de rejoindre l’Autriche et l’Allemagne. Des stations de compression, de mesure et éventuellement de stockage devront cependant être adaptées ou construites afin de permettre le transport de l’hydrogène.

Alger devient cette semaine le centre des discussions européennes sur le futur de l’hydrogène renouvelable. L’Algérie accueille le deuxième sommet ministériel consacré au projet SoutH2 Corridor, un gigantesque corridor énergétique destiné à acheminer l’hydrogène produit en Afrique du Nord vers l’Italie, l’Autriche et l’Allemagne.

Le projet, qui réunit l’Algérie, la Tunisie, l’Italie, l’Autriche et l’Allemagne, ambitionne de créer une nouvelle chaîne d’approvisionnement énergétique entre l’Afrique du Nord et l’Europe centrale. Selon les informations publiées par Tadamsa News, le corridor devrait s’étendre sur environ 3 300 kilomètres et viser une capacité d’importation pouvant atteindre 4 millions de tonnes d’hydrogène renouvelable par an.

Alger au centre des négociations

La réunion ministérielle organisée le 1er octobre 2026 à Alger intervient à un moment clé pour le projet. Le ministre italien de l’Environnement et de la Sécurité énergétique, Gilberto Pichetto Fratin, s’est rendu en Algérie pour participer aux discussions et rencontrer son homologue algérien, le ministre de l’Énergie et des Énergies renouvelables, Mohamed Arkab.

Les discussions portent notamment sur les aspects techniques, financiers et réglementaires du corridor. L’objectif est désormais de dépasser le stade des déclarations politiques et des études préliminaires pour parvenir à une véritable chaîne d’investissement reliant la production d’hydrogène renouvelable en Afrique du Nord aux grands centres industriels européens.

Le projet prévoit notamment de s’appuyer largement sur les infrastructures gazières existantes. Plus de 65 % du réseau pourrait être réutilisé après adaptation technique, ce qui permettrait de limiter une partie des coûts liés à la construction de nouvelles infrastructures.

Le tracé envisagé passerait par la Tunisie et l’Italie, avant de rejoindre l’Autriche et l’Allemagne. Des stations de compression, de mesure et éventuellement de stockage devront cependant être adaptées ou construites afin de permettre le transport de l’hydrogène.

Une capacité de 4 millions de tonnes, mais encore des volumes à sécuriser

L’un des principaux défis du projet concerne désormais la différence entre la capacité théorique du corridor et les volumes effectivement annoncés par les producteurs.

La capacité cible est estimée à 4 millions de tonnes d’hydrogène renouvelable par an. Les lettres de soutien actuellement réunies par les développeurs représenteraient toutefois environ 2,5 millions de tonnes annuelles.

Cela signifie qu’une partie importante de la capacité projetée reste encore à remplir. Les partenaires doivent donc identifier de nouveaux projets de production, sécuriser les investissements nécessaires et surtout trouver des acheteurs européens prêts à s’engager sur des contrats d’approvisionnement à long terme.

Cette question est déterminante pour le financement du corridor. Les banques et les investisseurs devront disposer de garanties suffisantes concernant à la fois les volumes produits, les prix de vente et la demande industrielle européenne.

Des investissements de plusieurs milliards d’euros

Le coût des infrastructures du corridor est évalué à plus de 4 milliards d’euros, auxquels devront s’ajouter les investissements considérables nécessaires à la production de l’hydrogène.

La production à grande échelle nécessitera en effet le développement de capacités importantes dans les énergies renouvelables, les électrolyseurs, le dessalement de l’eau, le stockage et les infrastructures de raccordement.

L’enjeu dépasse donc largement la construction d’un simple gazoduc. Il s’agit de mettre en place toute une chaîne industrielle allant de la production d’électricité renouvelable en Afrique du Nord jusqu’à la consommation d’hydrogène dans les industries européennes.

L’Algérie, futur fournisseur de l’industrie européenne ?

Pour Alger, le projet représente une opportunité de diversifier progressivement son rôle sur les marchés énergétiques européens.

L’Algérie dispose déjà d’un vaste réseau d’infrastructures gazières reliant le pays au continent européen. Le projet SoutH2 cherche précisément à exploiter une partie de cet avantage en transformant progressivement certaines infrastructures afin de permettre le transport d’hydrogène.

Le projet s’inscrit également dans une stratégie énergétique plus large. En janvier 2025, l’Algérie, la Tunisie, l’Italie, l’Autriche et l’Allemagne avaient signé à Rome une déclaration politique commune destinée à soutenir le développement du corridor. Quelques mois auparavant, en octobre 2024, Sonatrach et Sonelgaz avaient conclu une convention avec plusieurs partenaires européens, dont Snam, VNG, SeaCorridor et Verbund Green Hydrogen, afin de réaliser des études de faisabilité technique et économique.

L’Italie veut devenir la porte d’entrée de l’hydrogène africain

Dans cette architecture énergétique, l’Italie occupe une position stratégique.

Le pays entend utiliser sa proximité géographique avec l’Afrique du Nord et son réseau énergétique pour devenir une plateforme de transit vers les marchés d’Europe centrale.

L’hydrogène algérien pourrait ainsi entrer en Europe par le sud de l’Italie avant d’être acheminé vers l’Autriche et l’Allemagne. Les principaux débouchés envisagés concernent notamment la sidérurgie, les engrais, la chimie, le raffinage et d’autres secteurs industriels fortement consommateurs d’énergie.

Le ministre italien Gilberto Pichetto Fratin a d’ailleurs souligné à Alger l’importance des études consacrées au transport de l’hydrogène depuis l’Algérie et la nécessité de parvenir à des solutions techniquement réalisables et compétitives.

Un projet stratégique, mais encore loin de sa pleine réalisation

Malgré les ambitions affichées, le SoutH2 Corridor demeure encore un projet en phase de développement. La capacité annoncée de 4 millions de tonnes par an constitue une cible, et non un niveau d’exportation déjà atteint.

Plusieurs obstacles restent à résoudre : financement des infrastructures, prix de l’hydrogène, volumes de production, réglementation transfrontalière, certification de l’hydrogène renouvelable et signature de contrats d’achat à long terme.

La réunion ministérielle d’Alger doit précisément permettre d’avancer sur ces questions et de déterminer les conditions nécessaires pour passer progressivement des études aux décisions d’investissement.

Si le calendrier du projet est respecté, le corridor pourrait devenir l’un des principaux axes d’approvisionnement de l’Europe en hydrogène renouvelable au début des années 2030. Pour l’Algérie, il représente surtout la perspective de compléter son rôle traditionnel de fournisseur de gaz par une nouvelle position dans les futurs marchés européens de l’énergie décarbonée.

Avec Tadamsa News

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