Maroc : Mohamed VI fragilisé, Moulay Hassan en première ligne d’une succession sous tension (El Independiente)

Mohammed VI, roi du Maroc
Près de trois décennies après l'intronisation du roi Mohammed VI, El Independiente décrit un Maroc confronté à une situation sociale difficile, marquée notamment par le coût de la vie, les difficultés économiques et un mécontentement particulièrement perceptible chez les jeunes.

Alors que Mohamed VI apparaît de plus en plus diminué publiquement, les interrogations sur l’avenir de la monarchie marocaine se multiplient. Dans une analyse publiée le 27 septembre 2026, le quotidien espagnol El Independiente s’intéresse à la succession du souverain alaouite et au rôle appelé à être joué par son fils, le prince héritier Moulay Hassan.

La succession de Mohamed VI, longtemps considérée comme un sujet lointain, revient désormais au centre des spéculations au Maroc. C’est le constat dressé par El Independiente, qui consacre une analyse à l’état du roi, à la préparation de son fils et aux équilibres de pouvoir susceptibles d’émerger au sein du Palais royal.

Le journal espagnol relève notamment l’image récente du souverain devant la tombe de son père, Hassan II, lors d’une cérémonie commémorative. Selon El Independiente, l’apparence particulièrement fatiguée du monarque a alimenté de nouvelles interrogations sur son état de santé et sur la perspective d’une transition dynastique.

Un règne de près de trois décennies

Mohamed VI avait accédé au trône en 1999, à l’âge de 35 ans, après la mort de Hassan II. À cette époque, il incarnait pour une partie de l’opinion l’espoir d’une modernisation du royaume.

Près de trois décennies plus tard, El Independiente décrit un Maroc confronté à une situation sociale difficile, marquée notamment par le coût de la vie, les difficultés économiques et un mécontentement particulièrement perceptible chez les jeunes.

Le quotidien espagnol souligne également que la santé du souverain fait régulièrement l’objet de spéculations. El Independiente rappelle qu’il a subi plusieurs interventions médicales au cours des dernières années et évoque, en citant des informations circulant publiquement, différentes hypothèses médicales. Le journal prend toutefois soin de présenter ces éléments comme des informations rapportées et non comme un diagnostic médical établi.

À 63 ans, Mohamed VI reste officiellement sur le trône. Mais, selon El Independiente, l’hypothèse d’une succession anticipée n’est plus totalement absente des discussions, certains allant jusqu’à évoquer une éventuelle abdication au profit de son fils.

Moulay Hassan, un héritier encore inexpérimenté

Au cœur de ces spéculations figure le prince Moulay Hassan, âgé de 23 ans.

El Independiente rappelle que le jeune prince suit progressivement les étapes qui avaient précédé l’accession au trône de son père. En mai dernier, il a notamment été nommé officiellement coordinateur de l’état-major des Forces armées, après avoir été promu au grade de colonel.

Pour le journaliste et professeur marocain Omar Brouksy, cité par El Independiente, le principal handicap du prince demeure son manque d’expérience. À 23 ans, Moulay Hassan n’a encore jamais exercé de responsabilité politique comparable à celles qui l’attendraient en cas d’accession au trône.

Le prince poursuit actuellement ses études à l’Université Mohammed VI Polytechnique, à Rabat, où il étudie les relations internationales. Son père avait, de son côté, étudié le droit public et les sciences politiques.

Cette formation internationale pourrait constituer un élément important de sa future image de souverain, mais El Independiente souligne que son exposition diplomatique reste encore limitée.

La rencontre avec Xi Jinping, une première démonstration

Un épisode a néanmoins attiré l’attention : fin 2024, le président chinois Xi Jinping avait été accueilli à Casablanca par Moulay Hassan lors d’une escale au Maroc.

Selon El Independiente, la presse marocaine avait alors largement mis en avant cette apparition du prince héritier, présentée comme une démonstration de ses capacités diplomatiques et de sa préparation aux responsabilités futures.

Depuis cet épisode, toutefois, le prince n’aurait pas reçu de mission internationale de même importance.

Un diplomate occidental à Rabat cité dans l’ouvrage Le roman d’un roi, de Christophe Ayad et Frédéric Bobin, estime que les apparitions publiques du prince sont soigneusement calibrées afin de ne pas donner l’impression d’un transfert de pouvoir entre Mohamed VI et son fils.

Le poids du Majzén dans la future monarchie

L’un des enjeux majeurs de la succession concerne également l’entourage du futur souverain.

El Independiente revient longuement sur le rôle du Majzén, terme couramment utilisé pour désigner les réseaux de pouvoir gravitant autour de la monarchie marocaine. Selon Omar Brouksy, cette structure joue un rôle considérable dans les décisions du royaume sous le règne actuel.

Le quotidien espagnol rappelle que plusieurs membres de l’entourage du prince ont été sélectionnés dès son passage au Collège royal, établissement dans lequel sont formés de nombreux membres de la famille royale.

D’après Brouksy, certains de ces camarades pourraient à terme intégrer l’entourage du futur monarque et exercer une influence sur les décisions de la prochaine génération au pouvoir.

Une partie de la future architecture du pouvoir pourrait donc dépendre moins du seul passage de Mohamed VI à Moulay Hassan que de la composition de l’entourage qui accompagnera le prince devenu roi.

Le retour progressif de Lalla Salma

Autre élément relevé par El Independiente : la réapparition progressive de Lalla Salma, mère de Moulay Hassan.

Depuis sa séparation avec Mohamed VI en 2018, l’ancienne épouse du roi est restée largement absente de la scène publique marocaine. Le quotidien espagnol rappelle qu’elle avait alors pratiquement disparu des médias, au point d’être surnommée la « princesse fantôme » par certains tabloïds.

Des images de Lalla Salma en Grèce avec ses enfants avaient toutefois circulé en 2024. Elle avait également été aperçue plus récemment lors d’un match de football de la Coupe d’Afrique.

El Independiente cite à ce sujet l’analyse développée par Christophe Ayad et Frédéric Bobin dans Le roman d’un roi. Pour les deux auteurs, cette réapparition progressive constitue l’un des indices des transformations en cours au sein de la famille royale.

Omar Brouksy décrit pour sa part Lalla Salma comme une personnalité forte et affirme que la relation entre la mère et son fils est particulièrement étroite.

La question de son éventuelle influence politique demeure cependant ouverte. El Independiente souligne qu’il est impossible, à ce stade, de déterminer quel rôle elle pourrait jouer dans une future monarchie dirigée par son fils.

Une jeunesse marocaine de plus en plus éloignée du pouvoir

Au-delà des intrigues de palais, le principal défi du futur souverain pourrait être social.

Selon El Independiente, le Maroc que Moulay Hassan serait appelé à diriger est confronté à une forte pression économique et sociale. La hausse des prix, les difficultés d’accès à l’emploi et le niveau des revenus alimentent un sentiment de frustration, particulièrement chez les jeunes.

Le quotidien espagnol affirme que plus de la moitié des moins de 30 ans souhaiteraient quitter le Maroc à la recherche de meilleures perspectives.

Cette donnée, si elle constitue un indicateur important du malaise évoqué par le journal, souligne surtout l’ampleur du défi auquel serait confronté un éventuel futur règne de Moulay Hassan.

Omar Brouksy estime, cité par El Independiente, que le prince pourrait être confronté à une génération différente de celle de son père et de son grand-père. Cette jeunesse serait davantage tournée vers l’autonomie individuelle et l’indépendance.

L’idée selon laquelle Moulay Hassan reproduirait nécessairement le modèle politique de Hassan II est ainsi contestée par le journaliste marocain. Selon lui, le prince appartient à une autre génération et évolue dans un environnement social, économique et politique différent.

Ceuta et Melilla : une succession sans changement annoncé

El Independiente aborde également la question de Ceuta et Melilla, deux villes espagnoles revendiquées par le Maroc.

Certains analystes ont avancé l’idée que la fin du règne de Mohamed VI pourrait préparer le terrain à une nouvelle offensive politique autour de ces deux territoires.

Omar Brouksy rejette cette hypothèse dans des termes catégoriques, affirmant, selon El Independiente, que les deux villes sont espagnoles et que le Palais ne pourrait pas les récupérer, ni à court ni à long terme.

Cette position constitue une analyse attribuée au chercheur et ne préjuge évidemment pas de l’évolution future de la politique marocaine ou espagnole sur cette question.

Une transition encore au stade des spéculations

Pour El Independiente, le scénario d’une succession à court terme demeure donc entouré d’incertitudes.

Le roi continue d’exercer ses fonctions et aucune abdication n’a été annoncée. Parallèlement, son fils poursuit sa formation et reçoit progressivement certaines responsabilités, notamment dans le domaine militaire.

Mais le véritable enjeu réside dans la capacité du futur souverain à construire son propre entourage et à répondre aux attentes d’une société qui a profondément changé depuis l’accession de Mohamed VI au trône en 1999.

Comme le souligne El Independiente, Moulay Hassan devra, s’il accède un jour au trône, évoluer dans une logique de consolidation de son pouvoir et de construction de son propre environnement politique.

La succession marocaine ne serait donc pas seulement une question de transmission dynastique. Elle pourrait également ouvrir une nouvelle phase dans les rapports entre le Palais, les réseaux du pouvoir et une génération de Marocains dont les attentes économiques et sociales sont très différentes de celles qui prévalaient au début du règne de Mohamed VI.

Source : El Independiente, 27 septembre 2026.

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