La séquence diplomatique de ce mois de septembre 2026 laisse la diplomatie marocaine face à ses contradictions. L’entretien accordé par Massad Boulos, conseiller du président américain pour les affaires arabes et africaines, à France 24 le samedi 26 septembre, a douché les attentes les plus optimistes du Makhzen. En affirmant qu’aucune solution n’est actuellement en vue et que le destin du territoire dépend en premier lieu de la volonté des Sahraouis et du Front Polisario, l’émissaire américain a brisé le narratif d’un alignement inconditionnel de Washington sur la souveraineté marocaine.
Selon les analyses d’experts en géopolitique, cette sortie médiatique met en lumière une confusion fondamentale commise par Rabat : avoir confondu l’obtention d’un soutien diplomatique de circonstance avec un règlement définitif du conflit.
Le coût élevé d’une stratégie unilatérale
Depuis de longs mois, le royaume chérifien a multiplié les gages de bonne volonté envers les États-Unis et leurs alliés. Parmi ces actes forts figurent :
- L’élévation des bureaux de liaison avec Israël au rang d’ambassades.
- Des contributions financières au Conseil de la paix.
- Une participation active aux dynamiques de sécurité régionales.
Cependant, cette politique du « tout-donner » montre aujourd’hui ses limites structurelles. En liant sa diplomatie aux priorités de Washington sans exiger de garanties irréversibles en retour sur le dossier du Sahara occidental, le Maroc s’est retrouvé démuni face au pragmatisme de la diplomatie américaine.
L’atout stratégique d’Alger
Pour comprendre ce réajustement, il convient de regarder l’autre versant de la diplomatie américaine dans la région. Alors que Washington a vu son dispositif sécuritaire se réduire au Sahel — notamment après son retrait du Niger —, l’Algérie conserve un rôle pivot irremplaçable dans la lutte contre les réseaux jihadistes.
À cette dimension sécuritaire s’ajoute une attractivité économique majeure :
- Secteur énergétique : L’intérêt marqué de géants américains comme ExxonMobil et Chevron pour les bassins gaziers du Sud algérien.
- Ressources stratégiques : Les gisements de terres rares algériens, qui suscitent les convoitises des grandes puissances dans le cadre de la transition technologique mondiale.
Contrairement à l’offre marocaine, essentiellement fondée sur des engagements politiques, la position algérienne repose sur des leviers géopolitiques et économiques concrets que Washington ne peut ignorer.
Vers de nouveaux paradigmes de résolution
En qualifiant l’Algérie de « très bon partenaire », l’administration américaine démontre que sa politique étrangère sait superscoser des intérêts multiples. Le soutien au plan d’autonomie marocain n’est donc plus perçu comme exclusif ; il cohabite avec un dialogue nécessaire avec le Front Polisario et une coopération étroite avec Alger.
Face au constat d’échec du diktat de l’autonomie, des voix s’élèvent pour rappeler la nécessité d’explorer de nouvelles pistes dans le cadre de l’autodétermination. Des modèles d’États souverains ou autonomes organisés en libre association — tels qu’on en observe dans le Pacifique Sud — illustrent la diversité des arrangements institutionnels possibles pour bâtir une paix durable et mutuellement acceptable.
« Les États-Unis peuvent soutenir le Maroc sur le Sahara, dialoguer avec le Polisario, travailler en partenaire avec l’Algérie et continuer à rechercher un compromis qui doit absolument être mutuellement acceptable par les deux parties au conflit. »
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