Macron à l’ONU : indignation pour Gaza, égards pour Netanyahu ? Amar Belani dénonce le « double discours » français

D’un côté, Emmanuel Macron affirme à l’ONU que les droits des Palestiniens sont bafoués et appelle la communauté internationale à agir face à la situation à Gaza. De l’autre, Paris continue de maintenir des canaux institutionnels avec le gouvernement israélien et justifie juridiquement les facilités accordées au déplacement de son Premier ministre.

Alors qu’Emmanuel Macron dénonçait devant l’Assemblée générale de l’ONU la situation à Gaza et appelait à ne pas rester inactif face aux souffrances des Palestiniens, l’ancien diplomate algérien Amar Belani pointe une contradiction dans l’attitude de Paris. Il met en cause l’autorisation accordée à l’avion de Benyamin Netanyahu pour survoler le territoire français, alors que le Premier ministre israélien fait l’objet d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale (CPI).

À la tribune de la 81ᵉ Assemblée générale des Nations unies, le 22 septembre 2026, Emmanuel Macron a consacré une partie importante de son intervention à la situation au Proche-Orient. Le président français a notamment déclaré que les droits fondamentaux des Palestiniens continuaient d’être bafoués et s’est interrogé sur la crédibilité de la communauté internationale face à Gaza. Il a également affirmé : « Devons-nous contempler ce spectacle qui nous fait honte à tous ? Jamais. »

C’est précisément ce contraste entre le discours présidentiel et certaines décisions françaises qui est au cœur de la réaction d’Amar Belani.

Dans un message publié sur les réseaux sociaux, l’ancien diplomate algérien accuse le président français de tenir, selon lui, un double discours. Il écrit que Macron « pousse des cris d’orfraie sur la honte infligée à Gaza », tout en soulignant que la France a autorisé l’avion de Benyamin Netanyahu à traverser son espace aérien alors que celui-ci est visé par un mandat d’arrêt de la CPI.

L’avion de Netanyahu autorisé à survoler la France

Le fait à l’origine de la polémique est confirmé par le ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères.

Le 24 septembre, le porte-parole du Quai d’Orsay a reconnu que la France avait autorisé le survol de son territoire par l’avion transportant le Premier ministre israélien vers New York, où il devait participer à l’Assemblée générale de l’ONU. Paris a défendu une décision conforme, selon lui, au droit international. Le ministère a notamment estimé que le Statut de Rome ne créait pas d’obligation spécifique concernant le survol du territoire par un aéronef d’État transportant une personne visée par un mandat d’arrêt.

Cette autorisation intervient alors que la CPI a délivré, le 21 novembre 2024, un mandat d’arrêt contre Benyamin Netanyahu pour des crimes de guerre et crimes contre l’humanité présumés. Le Premier ministre israélien se rendait à New York pour participer à la session annuelle de l’Assemblée générale des Nations unies.

Selon Le Monde, il s’agissait d’un nouveau survol de l’espace aérien français par l’avion de Netanyahu depuis l’émission du mandat. Le journal souligne également que l’appareil a traversé les espaces aériens de plusieurs États parties au Statut de Rome.

« Deux discours, une seule politique », accuse Belani

Pour Amar Belani, cette situation illustre une contradiction entre les déclarations françaises sur Gaza et la pratique diplomatique de Paris à l’égard d’Israël.

« Deux discours, une seule politique », écrit l’ancien diplomate algérien. Selon lui, lorsqu’il s’agit de Gaza, la France se limite à des « mots et de l’indignation », tandis qu’à l’égard de Tel-Aviv, elle accorderait « des égards et des facilités ».

Cette lecture rejoint les critiques formulées en France après le discours de Macron. Le HuffPost a notamment relevé le contraste entre le plaidoyer présidentiel contre l’inaction face à Gaza et l’autorisation accordée au même moment à l’avion de Netanyahu de traverser l’espace aérien français.

Paris invoque le droit international

La position française est toutefois différente de l’interprétation politique formulée par Belani. Le Quai d’Orsay affirme que l’autorisation de survol ne constitue pas une violation du droit international.

Le ministère français précise que le Statut de Rome ne prévoit pas d’obligation d’intercepter ou d’arrêter, en plein vol, une personne faisant l’objet d’un mandat de la CPI. Cette distinction entre le survol aérien et la présence physique d’une personne sur le territoire national constitue l’un des arguments avancés par Paris pour justifier sa décision.

Le Monde rapporte également que les juges de la CPI n’ont pas explicitement demandé aux États survolés par l’avion de Netanyahu de procéder à son arrestation. Le quotidien rappelle que la question juridique de l’exécution d’un mandat se pose notamment lorsque la personne recherchée se trouve effectivement sur le territoire d’un État.

Une controverse qui dépasse le seul cas de Netanyahu

Au-delà du déplacement du Premier ministre israélien, l’affaire relance le débat sur la cohérence de la politique française au Moyen-Orient.

D’un côté, Emmanuel Macron affirme à l’ONU que les droits des Palestiniens sont bafoués et appelle la communauté internationale à agir face à la situation à Gaza. De l’autre, Paris continue de maintenir des canaux institutionnels avec le gouvernement israélien et justifie juridiquement les facilités accordées au déplacement de son Premier ministre.

C’est cette apparente contradiction que Amar Belani met au centre de son intervention. Son accusation de « double discours » relève d’une appréciation politique ; les faits à l’origine de cette critique — le discours de Macron à l’ONU et l’autorisation française de survol — sont, eux, documentés par les autorités françaises et plusieurs médias.

La polémique illustre ainsi une question plus large : jusqu’où un État peut-il concilier son soutien affiché au droit international et aux droits des Palestiniens avec le maintien de relations diplomatiques et de facilités pratiques avec un dirigeant faisant l’objet d’un mandat de la CPI ?

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